Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2215453
mardi 16 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2215453 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 8ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 novembre 2022, M. B C A, représenté par Me Gonidec, demande au tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision du 14 octobre 2022 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Nanterre lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de le rétablir dans ses droits au bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que celle-ci s'engage à renoncer à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, ou, à défaut, si sa demande d'aide juridictionnelle est rejetée, de lui verser directement cette somme.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'il est arrivé sur le territoire français non pas le 28 avril 2022 mais le 29 septembre 2022 ; dès lors, il ne pouvait lui être reproché d'avoir déposé sa demande d'asile plus de quatre-vingt-dix jours après son entrée en France ;
- elle est subséquemment entachée d'une erreur de droit au regard du 4° de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa vulnérabilité.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 août 2023, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par M. C A ne sont pas fondés.
Par une décision du 26 juin 2023 du bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Bertoncini, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, ressortissant afghan né le 15 mars 1997, a présenté une demande d'asile enregistrée en guichet unique le 14 octobre 2022. Par une décision du même jour, la directrice territoriale de l'OFII de Nanterre a refusé de l'admettre au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, au motif qu'il a déposé sa demande d'asile au-delà du délai légal de quatre-vingt-dix jours. Par la présente requête, M. C A conteste cette décision.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 juin 2023 du bureau de l'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Pontoise. Il n'y a, par suite, plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant à l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : () / 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27 (). ". Selon l'article L. 531-27 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée à la demande de l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile dans les cas suivants : / () 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France ; () ".
4. En l'espèce, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé à M. C A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il n'aurait pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai de 90 jours suivants son entrée en France, qui aurait eu lieu le 28 avril 2022. Si, à cet égard, M. C A fait valoir que l'OFII a considéré par erreur qu'il était entré en France le 28 avril 2022, alors qu'il s'agissait en réalité du 29 septembre de cette même année, il ressort de la fiche d'évaluation de vulnérabilité de M. C A, signée par ses soins le 14 octobre 2022, qu'il a déclaré à l'agent de l'OFII qui l'a reçu en entretien être entré en France le 28 avril 2022. Pour justifier qu'il s'agirait en réalité d'une erreur, M. C A ne saurait utilement se prévaloir de la date du 29 septembre 2022 mentionnée sur sa demande d'asile soumise à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Dans ces conditions, la date du 28 avril 2022 mentionnée sur la fiche d'évaluation de vulnérabilité de M. C A, seule à figurer sur un document officiel faisant foi jusqu'à preuve du contraire, doit être tenue pour justifiant de la date exacte de son entrée en France. Par suite, M. C A n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée est entachée d'une erreur de fait.
5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la directrice territoriale de l'OFII n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant avant de lui refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
6. En troisième lieu, M. C A n'allègue pas qu'il n'a pas pu bénéficier d'un entretien personnel de vulnérabilité lors de l'enregistrement de sa demande d'asile au guichet unique des demandeurs d'asile. Par suite, le moyen soulevé par l'intéressé et tiré de ce que de ce que sa vulnérabilité n'aurait pas été prise en compte manque, en tout état de cause, en fait.
7. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant, qui n'apporte aucune précision à cet égard, se trouvait, à la date à laquelle il a présenté sa demande, dans une situation de particulière vulnérabilité. Le requérant ne justifie pas non plus d'un motif légitime qui expliquerait qu'il ait attendu le 14 octobre 2022, soit plus de 90 jours après son entrée sur le territoire français, le 28 avril 2022, pour présenter sa demande d'asile en méconnaissance des dispositions du 3° de l'article L. 531-27 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoyant qu'une telle demande devait être présentée dans un délai de 90 jours après l'entrée sur le territoire français. Il suit de là que M. C A n'est pas fondé à soutenir que la directrice territoriale de l'OFII à Nanterre aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en édictant la décision contestée.
8. Il résulte de tout ce qui précède que M. C A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 14 octobre 2022, par laquelle la directrice territoriale de l'OFII à Nanterre a refusé de l'admettre au bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire de M. A.
Article 2 : La requête de M. C A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 13 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Bertoncini, président,
Mme Saïh, première conseillère,
Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 avril 2024.
Le président-rapporteur,
T. BertonciniL'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
Z. Saïh
La greffière,
N. Magen
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
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