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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2215754

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2215754

vendredi 11 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2215754
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation5ème Chambre
Avocat requérantVIALTO SOCIETE D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 novembre 2022, M. C B et Mme A B, représentés par Me Mathé-Ramos, avocate, demandent au Tribunal :

1°) de prononcer la décharge, à hauteur de 78 871 euros, de la cotisation d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux à laquelle ils ont été assujettis au titre de l'année 2019 ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. et Mme B soutiennent que :

- la fraction du gain de levée d'options de source française doit être calculée en prenant en compte la période d'acquisition définitive du droit d'option propre à chacune des cinq tranches de 1 200 stock-options et non sur la base d'une période de référence unique ;

- ils entendent se prévaloir de l'instruction fiscale référencée BOI-RSA-ES-ON-10-20-60.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 février 2023, le directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Le directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise fait valoir que les moyens invoqués par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la région administrative spéciale de Hong-Kong de la République populaire de Chine en vue d'éviter les doubles impositions en matière d'impôts sur le revenu et sur la fortune et de prévenir l'évasion et la fraude fiscale, signé à Paris le 21 octobre 2010 ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bergantz, conseillère ;

- et les conclusions de M. Villette, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a, le 27 mai 2010, bénéficié d'un plan d'attributions d'options sur titres dans le cadre de son activité professionnelle. Le 23 octobre 2019, il a levé ces options, réalisant un gain de levée d'options d'un montant de 427 289 euros. Le même jour, il a cédé les titres ainsi acquis. Par une réclamation du 27 décembre 2021, M. et Mme B ont demandé le dégrèvement partiel des cotisations d'impôts sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2019 pour un montant de 303 755 euros, au motif que seule la part du gain de levée d'options rémunérant son activité réalisée en France était imposable en France, l'autre part ayant déjà été déclarée auprès des autorités fiscales hong-kongaises, où M. B a exercé son activité professionnelle entre le 1er juin 2010 et le 30 septembre 2012. Par une décision du 15 septembre 2022, l'administration fiscale a partiellement fait droit à leur demande en prononçant un dégrèvement d'un montant de 193 214 euros. M. et Mme B, qui estiment que la méthode de calcul du gain de levée d'option de source française appliquée par le service est erronée, demandent au Tribunal de prononcer la décharge des cotisations d'impôt sur le revenu et de contributions sociale restant à leur charge à hauteur de 78 871 euros.

Sur les conclusions à fin de décharge :

2. D'une part, aux termes du I. de l'article 80 bis du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au litige : " L'avantage correspondant à la différence entre la valeur réelle de l'action à la date de levée d'une option accordée dans les conditions prévues aux articles L. 225-177 à L. 225-186 du code de commerce, et le prix de souscription ou d'achat de cette action constitue pour le bénéficiaire un complément de salaire imposable dans les conditions prévues au II de l'article 163 bis C. ". L'article 163 bis C du même code, dans sa rédaction applicable au litige, prévoit une dérogation au principe d'imposition du gain de levée d'option à l'impôt sur le revenu suivant les règles applicables aux traitements et salaires en soumettant cet avantage à un régime d'imposition spécifique, alors prévu au 6 de l'article 200 A du code général des impôts, lorsque le bénéficiaire respecte un délai légal d'indisponibilité avant la cession et que les actions acquises revêtent la forme nominative. Aux termes du premier alinéa du 6. de l'article 200 A de ce code, dans sa version applicable au litige : " Sauf option du bénéficiaire pour l'imposition à l'impôt sur le revenu suivant les règles applicables aux traitements et salaires, l'avantage mentionné au I de l'article 163 bis C, le cas échéant diminué du montant mentionné au II de l'article 80 bis imposé selon les règles applicables aux traitements et salaires, est imposé au taux de 30 % à concurrence de la fraction annuelle qui n'excède pas 152 500 € et de 41 % au-delà. ". Il résulte de la combinaison de ces dispositions que l'avantage égal à la différence entre la valeur réelle d'une action à la date de la levée de l'option et le prix de souscription ou d'achat de cette action, correspondant à la plus-value d'acquisition réalisée par le bénéficiaire, constitue pour celui-ci un complément de salaire imposable au titre de l'année au cours de laquelle cette action a été cédée dès lors que cette cession est intervenue avant l'expiration d'un délai de quatre ans courant à compter de la date d'attribution de l'option.

3. D'autre part, aux termes de l'article 3 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la Région administrative spéciale de Hong Kong de la République populaire de Chine en vue d'éviter les doubles impositions en matière d'impôts sur le revenu et sur la fortune et de prévenir l'évasion et la fraude fiscales du 21 octobre 2010 : " () 2. Pour l'application de l'Accord à un moment donné par une Partie contractante, tout terme ou toute expression qui n'y est pas défini a, sauf si le contexte exige une interprétation différente, le sens que lui attribue, à ce moment, les lois en vigueur dans cette Partie concernant les impôts auxquels s'applique l'Accord, le sens attribué à ce terme ou cette expression par le droit fiscal de cette Partie prévalant sur le sens que lui attribuent les autres branches du droit de cette Partie. " Aux termes de l'article 14 du même accord : " 1. Sous réserve des dispositions des articles 15, 17 et 18, les salaires, traitements et autres rémunérations similaires qu'un résident d'une Partie contractante reçoit au titre d'un emploi salarié ne sont imposables que dans cette Partie, à moins que l'emploi ne soit exercé dans l'autre Partie contractante. Si l'emploi y est exercé, les rémunérations reçues à ce titre sont imposables dans cette autre Partie () ".

4. Il résulte de la combinaison des dispositions du code général des impôts et des stipulations de la convention fiscale franco-hongkongaise précitées que le gain de levée d'option n'est imposable en France que pour autant que l'activité que rémunère l'attribution d'options de souscription ou d'achat d'actions a été exercée sur le territoire français. Lorsque le règlement du plan d'options arrêté par l'entreprise ou le cas échéant la lettre d'attribution des options adressée au bénéficiaire soumet l'exercice de ces options à une ou plusieurs conditions, l'activité rémunérée par l'attribution de ces options est, en principe, dès lors qu'est en général prévue une condition de présence du bénéficiaire dans l'entreprise à la date à laquelle il lève l'option, celle qui a été exercée entre la date de cette attribution et la date à compter de laquelle le bénéficiaire est en droit de lever ces options.

5. Il résulte de l'instruction, en particulier de " l'accord d'attribution d'option d'achat d'actions non-qualifiée 2009 ", que les 6 000 options attribuées à M. B le 27 mai 2010 par son employeur ne pouvaient être levées, pour 20 % d'entre elles, qu'après le premier anniversaire de leur date d'attribution, pour 40 % d'entre elles, qu'après le deuxième anniversaire de leur date d'attribution, pour 60 % d'entre elles, qu'après le troisième anniversaire de leur date d'attribution, pour 80 % d'entre elles, qu'après le quatrième anniversaire de leur date d'attribution, et pour leur totalité, qu'après le cinquième anniversaire de leur date d'attribution. Il en résulte, en application des règles énoncées au point précédent, que l'activité rémunérée par l'attribution des 1 200 premières options attribuées est celle qui a été exercée entre le 27 mai 2010 et le 27 mai 2011, celle rémunéré par l'attribution des 1 200 options suivantes est celle exercée entre le 27 mai 2010 et le 27 mai 2012, celle rémunérée par l'attribution des 1 200 options suivantes est celle exercée entre le 27 mai 2010 et le 27 mai 2013, celle rémunérée par l'attribution des 1 200 options suivantes est celle exercée entre le 27 mai 2010 et le 27 mai 2014, et celle rémunérée par l'attribution des 1 200 dernières options est celle exercée entre le 27 mai 2010 et le 27 mai 2015. Dans ces conditions, les requérants sont fondés à soutenir que l'administration fiscale aurait dû, pour le calcul du gain de levée d'option imposable en France, déterminer la proportion du nombre de jours travaillés par M. B sur le territoire français pour chacune des cinq tranches de 1 200 options et non, comme elle l'a fait, pour la totalité des options levées.

6. Il résulte de ce qui précède, et en application de l'article 22 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la Région administrative spéciale de Hong Kong de la République populaire de Chine en vue d'éviter les doubles impositions en matière d'impôts sur le revenu et sur la fortune et de prévenir l'évasion et la fraude fiscales du 21 octobre 2010, que le montant des revenus de source étrangère ouvrant droit à un crédit d'impôt doit être porté à 325 486 euros.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à M. et Mme B de la somme de 1 500 (mille-cinq-cents) euros au titre des frais exposés par eux non compris dans les dépens, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Le montant des revenus de source étrangère ouvrant droit à un crédit d'impôt égal à l'impôt français est porté à 325 486 euros.

Article 2 : M. et Mme B sont déchargés de la cotisation d'impôt sur le revenu à laquelle ils ont été assujettis au titre de l'année 2019 correspondant à la rectification définie à l'article 1er.

Article 3 : L'État versera à M. et Mme B la somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus de la requête de M. et Mme B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et Mme A B, et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, Mme Schneider, première conseillère, et Mme Bergantz, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.

La rapporteuse,

signé

A. BERGANTZ

Le président,

signé

K. KELFANI

Le greffier,

signé

D. HAUDE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2215754

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