Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2215820
mardi 16 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2215820 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 22 novembre 2022 et 11 mars 2024, M. A B, représenté par Me Pacheco, demande au tribunal, dans le dernier de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 27 octobre 2022 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Montrouge a refusé de rétablir à son égard le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de le rétablir rétroactivement dans ses droits au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, jusqu'au 1er octobre 2023, dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'OFII le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, ou à lui-même en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière en l'absence d'examen de sa vulnérabilité ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 20.1 de la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 et l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il n'a commis aucun manquement aux exigences des autorités chargées de l'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 551-16, L. 522-1 et L. 522-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de sa vulnérabilité.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 mars 2024, le directeur général de lOFII conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par une décision du 26 juin 2023, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise a admis M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu :
- l'ordonnance n° 2215822 du 7 décembre 2022 du juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Huon, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant afghan né le 1er janvier 1996, a présenté une demande d'asile qui a été enregistrée le 26 novembre 2020 en procédure dite " Dublin " par les services de la préfecture des Hauts-de-Seine. Le même jour, il a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'OFII et en a bénéficié à compter de cette date. Par une décision du 9 septembre 2021, la directrice territoriale de l'OFII de Montrouge a suspendu à son égard le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter à ces autorités. Il a ensuite sollicité le rétablissement des conditions matérielles d'accueil, demande qui a été rejetée par une décision du 27 octobre 2022 de la directrice territoriale de l'OFII de Montrouge. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette décision.
2. En premier lieu, la décision en litige, qui vise notamment les dispositions de l'article 20 de la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013, l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que la décision du Conseil d'État n° 428530 en date du 31 juillet 2019, point 18, mentionne que M. B ne justifie pas des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge de l'OFII. Elle énonce également que l'examen de ses besoins et de sa situation personnelle et familiale ne permet pas de donner une suite favorable à sa demande. Ainsi, la décision attaquée comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " À la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale ".
4. Si l'article L. 522-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit qu'un entretien doit se tenir avec l'étranger qui a déposé une demande d'asile afin d'évaluer sa vulnérabilité et de déterminer ses besoins avant que l'OFII ne statue sur son éligibilité aux conditions matérielles d'accueil, ces dispositions ne sauraient être lues comme imposant qu'un nouvel entretien ait lieu pour l'instruction d'une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil lorsque l'OFII a mis fin partiellement ou totalement à celles-ci. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que postérieurement à l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure accélérée le 16 septembre 2022, à l'issue duquel l'intéressée a demandé le rétablissement des conditions matérielles d'accueil, celui-ci a bénéficié d'un entretien de vulnérabilité, le 19 septembre 2022.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes () Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil ".
6. D'une part, il ressort des pièces produites par l'OFII en défense que, le 3 août 2021, M. B a régulièrement été avisé dans une langue qu'il comprend de ce qu'en vue de son transfert vers l'Allemagne, prévu pour le 5 août suivant, il devait, d'une part, réaliser un test PCR, exigé par les autorités allemandes, et, d'autre part, se présenter en préfecture le 4 août pour obtenir communication du résultat de ce test et, en cas de résultat négatif, recevoir les informations relatives à son départ. Si M. B soutient qu'il a seulement refusé de signer le document du 3 août 2021 mais qu'il n'a nullement refusé d'effectuer le test PCR requis, il n'établit pas qu'il aurait réalisé ce test. A cet égard, il n'est pas contesté qu'il ne s'est pas présenté en préfecture le 4 août 2021, date à laquelle devait lui être communiqué le résultat du test, et, en cas de résultat négatif, les informations relatives à son départ. Par ailleurs, le document mentionné ci-dessus mentionne qu'en cas de refus, M. B serait considéré comme en fuite et pourrait perdre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Enfin, l'intéressé, qui, du reste, n'a pas exercé de recours à l'encontre de la décision du 9 septembre 2021 suspendant à son égard le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, n'apporte aucune explication propre à justifier qu'il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti, et ce alors même qu'il a été clairement informé des conséquences d'un refus. Au vu de l'ensemble de ces circonstances, le requérant n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que l'administration a estimé qu'il n'avait pas, sans motif légitime, respecté les exigences des autorités chargées de l'asile.
7. D'autre part, M. B fait valoir qu'il justifie d'une vulnérabilité particulière. Il produit à l'appui de ce moyen un certificat établi par un psychologue de l'association Aurore, daté du 18 février 2022, énonçant que l'intéressé se trouve dans une situation de vulnérabilité et qu'il présente les signes cliniques de la dépression, de troubles anxieux, et d'addictions. Il produit également une attestation de la même association, non datée, qui fait état de ses conditions de vie dégradées. Toutefois, il ne ressort ni du certificat médical, qui n'est appuyé d'aucune autre pièce et dont il ne ressort pas que M. B serait astreint à un traitement spécifique, ni de la note sociale, non contextualisée, que l'intéressé se trouvait, à la date de la décision attaquée, dans un état de vulnérabilité tel que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
8. Il résulte de tout de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision en date du 27 octobre 2022 par laquelle la directrice territoriale de l'OFII de Montrouge lui a refusé le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Huon, président ;
M. Viain, premier conseiller ;
Mme Froc, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 avril 2024.
L'assesseur le plus ancien
signé
T. VIAIN
Le président,
signé
C. HUONLa greffière,
signé
A. TAINSA
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
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