Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2215833

lundi 27 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2215833
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 22 novembre 2022 et 30 janvier 2023, M. A B, représenté par Me Maire, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 octobre 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un certificat de résidence ou à défaut de réexaminer sa situation et de le munir dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- il est entaché d'incompétence de son auteur ;

- il est entaché d'un défaut de motivation et d'examen de sa situation personnelle ;

- il méconnait les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir de régularisation exceptionnelle ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision refusant le renouvellement de son titre de séjour ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 mars 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- laconvention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de présenter des conclusions sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Colin, rapporteure.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, né le 13 mars 1991, est entré en France irrégulièrement le 13 juin 2021. Le 30 septembre 2022, il sollicité son admission au séjour dans le cadre du 2° de l'article 6 de l'accord-franco algérien. Par l'arrêté du 24 octobre 2022, dont M. B demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté n°22-145 du 19 septembre 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Val-d'Oise du même jour, le préfet du Val-d'Oise a donné délégation à Mme C E, adjointe au directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture, à l'effet de signer toutes décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français avec fixation d'un pays de destination. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, en vertu des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. Il ressort de l'examen de la décision attaquée que le préfet a mentionné les textes sur lesquels cette décision repose et notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'accord franco-algérien ainsi que les articles applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre , il expose de manière motivée la situation personnelle, familiale, administrative et professionnelle de l'intéressé ainsi que les motifs pour lesquels il n'a pas fait usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation. Au surplus, l'exigence de motivation n'implique pas que l'arrêté attaqué mentionne l'ensemble des éléments particuliers de la situation du requérant. Ainsi, cette décision comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision portant refus de titre de séjour doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise qui n'était pas tenu de faire mention de tous les éléments du parcours professionnel et de la vie privée et familiale de M. B, ne se serait pas livré à un examen particulier de la situation personnelle de ce dernier avant de prendre la décision attaquée. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien: " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. () ".

7. M. B se prévaut de fortes attaches personnelles sur le sol français et de son insertion professionnelle. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé ne résidait en France que depuis 16 mois à la date de la décision attaquée. En outre, si l'intéressé établit qu'il a travaillé en tant que menuisier dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée pour la société MGI, gérée par son frère Hichame, depuis le 31 août 2021, il ne justifie que d'une d'expérience de 14 mois à la date de l'arrêté attaqué. Par ailleurs, si M. B s'est marié le 26 février 2022, avec une ressortissante française, Mme D, avec laquelle il vit depuis le mois d'avril 2022, il ne justifie, à la date de la décision attaquée que d'une durée de vie commune avec son épouse de 7 mois. Dans ces conditions, nonobstant la présence sur le territoire de son frère et de quelques membres de sa famille titulaires d'une carte de résident algérien et de témoignages d'amis en sa faveur, compte tenu d'une ancienneté de séjour sur le territoire français et d'une expérience professionnelle qui ne sont pas significatives à la date de la décision attaquée, cette décision n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a donc méconnu ni l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien susmentionné.

8. En cinquième lieu, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 susvisé régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France. L'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui porte sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre d'une activité salariée, soit au titre de la vie familiale. Dès lors que ces conditions sont régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions de cet article à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, il y a lieu d'observer que ces stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7 du présent jugement, les éléments ainsi exposés de la situation personnelle et professionnelle de M. B ne peuvent être regardés comme constituant des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels susceptibles de justifier une admission exceptionnelle au séjour. M. B n'est donc pas fondé à soutenir qu'en refusant de l'admettre au séjour, le préfet du Val-d'Oise a commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir de régularisation.

En ce qui concerne décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, M. B n'établissant pas l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour, n'est pas fondé à exciper de son illégalité au soutien de ses conclusions en annulation dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français.

11. En second lieu pour les motifs exposés aux points n°7 et 9, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

12. En premier lieu, M. B n'établissant pas l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français pris à son encontre, n'est pas fondé à exciper de son illégalité au soutien de ses conclusions en annulation dirigées contre la décision fixant son pays de destination.

13. En second lieu, la décision fixant le pays de destination vise notamment les articles L. 612-12 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et énonce avec une précision suffisante les éléments de fait qui constituent le fondement en précisant que le requérant est un ressortissant algérien. Cette décision répond aux exigences de motivation prévues par l'article L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 23 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente ;

Mme Colin, première conseillère ;

M. Jacquelin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mai 2024.

La rapporteure,

signé

C. Colin

La présidente,

signé

H. Le Griel

La greffière,

signé

E. Pradel

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation, la greffière.

N°2215833