Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2216058
mardi 25 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2216058 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | KA |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 11 novembre 2022, la présidente du tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise la requête de Mme B A, enregistrée le 26 octobre 2022.
Par cette requête, des pièces complémentaires, et un mémoire en réplique, enregistrés les 4 avril 2023 et 14 février 2024, Mme A, représentée par Me Ka, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 3 août 2022 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Montrouge a cessé de la faire bénéficier des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de la rétablir dans ses droits au bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter de l'arrêt des versements, dans un délai de cinq jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle porte atteinte à son droit à un hébergement d'urgence.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 février 2024, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête.
Par une décision du 21 décembre 2022, bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Versailles a accordé à Mme A le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu :
- l'ordonnance n° 2214639 du 1er décembre 2022 du juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Huon, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante ivoirienne née le 20 février 1992, a présenté une demande d'asile qui a été enregistrée le 7 octobre 2021 en procédure dite " Dublin " par les services de la préfecture des Yvelines. Le même jour, elle a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'OFII et en a bénéficié à compter de cette date. Après avoir invité la requérante à présenter ses observations, la directrice territoriale de l'OFII de Montrouge a, par une décision du 3 août 2022, prononcé la cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif que Mme A n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile. Par la présente requête, Mme A sollicite l'annulation cette décision.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Par une décision du 21 décembre 2022, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Versailles a accordé à Mme A le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Ainsi, les conclusions de la requérante tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet. Il n'y a donc pas lieu d'y statuer.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes () ".
4. La décision attaquée a été prise au visa de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et au motif que Mme A n'avait " pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en (s') abstenant de (se) présenter aux autorités ". Alors que la requérante soutient s'être rendue à toutes les convocations dont elle a eu connaissance, ce dont elle a fait part à la directrice territoriale de l'OFII dans son courrier d'observations reçu le 29 juillet 2022, les pièces produites en défense laissent apparaître que le manquement reproché à Mme A est son absence à sa convocation du 20 mai 2022 en vue de son transfert aux autorités italiennes. Toutefois, dès lors que l'OFII ne justifie pas de la notification régulière de cette convocation, c'est à tort que l'administration s'est fondée sur son absence au rendez-vous en cause pour édicter la décision attaquée.
5. Il résulte de ce qui précède que la décision attaquée doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
6. Eu égard au motif d'annulation retenu, sous réserve d'un changement substantiel dans la situation de droit ou de fait de Mme A, il y a lieu d'enjoindre au directeur général de l'OFII de la rétablir au bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de lui verser l'allocation pour demandeur d'asile, à compter de la date à laquelle il en a suspendu le versement et jusqu'à la date à laquelle Mme A a cessé de remplir les conditions pour en bénéficier, et ce dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais du litige :
7. L'État n'étant pas partie à l'instance, les conclusions de la requête de Mme A présentées à l'encontre de l'Etat sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ne peuvent qu'être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de Mme A tendant à son admission à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La décision du 3 août 2022 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Montrouge a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil de Mme A est annulée.
Article 3 : Il est enjoint au directeur général de l'OFII, sous réserve d'un changement substantiel dans la situation de droit ou de fait de Mme A, de rétablir cette dernière au bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de lui verser l'allocation pour demandeur d'asile à compter de la date à laquelle il en a suspendu le versement et jusqu'à la date à laquelle Mme A a cessé de remplir les conditions pour en bénéficier, et ce, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Ka, conseil de Mme A, et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 11 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Huon, président,
Mme Richard, première conseillère,
M. Viain, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juin 2024.
L'assesseure la plus ancienne,
signé
A. RICHARD
Le président,
signé
C. HUONLa greffière,
signé
A. TAINSA
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
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