Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2216225
jeudi 14 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2216225 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 novembre 2022, M. A B demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 octobre 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un certificat de résidence et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard.
Il doit être regardé comme soutenant que :
- les décisions attaquées sont entachées d'une insuffisance de motivation ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'accord franco-algérien, au regard de sa situation familiale et de son état de santé, qui justifient une admission au séjour ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard à leurs conséquences sur sa situation personnelle ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juillet 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir :
- que la requête est tardive,
- qu'aucun des moyens n'est fondé.
Par une décision du 29 juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 juillet 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leur famille du 27 décembre 1968 ;
- le code du travail
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Goudenèche a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant algérien né le 26 août 1987, déclare être entré en France en 2007. Il a sollicité un titre de séjour pour soins le 7 juin 2022. Par un arrêté du 24 octobre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français. M. B demande au tribunal d'annuler ces décisions.
2. En premier lieu et d'une part, aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ". Aux termes de l'article L. 613-1 de ce code : " La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour ".
4. La décision de refus de séjour énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Par ailleurs, la mesure d'éloignement se fonde sur la décision de refus de séjour de sorte que, conformément aux dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'était pas tenu de la motiver de manière distincte. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation des décisions attaquées doit être écarté comme manquant en fait.
5. En deuxième lieu, aux termes des stipulations du 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien précité : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : () 7. Au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ".
6. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
7. Pour refuser de délivrer au requérant le titre de séjour sollicité, le préfet des Hauts-de-Seine s'est notamment fondé sur l'avis du collège de médecins de l'OFII du 14 septembre 2022, qui indique que son état de santé nécessite une prise en charge dont le défaut ne devrait pas entrainer pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. En se bornant à soutenir que son état de santé justifie qu'il soit admis au séjour en France, sans produire aucune pièce justifiant de la gravité de son état, le requérant ne conteste pas utilement le bien-fondé de cet avis et n'est donc pas fondé à soutenir que le préfet a méconnu les stipulations du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien, moyen au demeurant opérant uniquement à l'encontre de la décision portant refus de séjour. Par suite, le moyen doit être écarté.
8. En troisième lieu, si le requérant soutient que la décision de refus de séjour méconnaît les stipulations de l'accord franco-algérien au motif que sa situation personnelle et familiale justifie une admission au séjour, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes de la décision contestée que le préfet ait examiné la possibilité d'admettre M. B au séjour sur le fondement des stipulations du paragraphe 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien, ni que ce dernier ait sollicité une admission au séjour sur l'un des fondements de cet accord relatif à la vie privée. Par suite, le moyen, inopérant, doit être écarté.
9. En quatrième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".
10. Pour justifier avoir établi en France le centre de sa vie privée et familiale, M. B se borne à se prévaloir de la naissance de ses deux enfants les 10 mai 2020 et 15 juillet 2022, alors qu'il ne conteste pas les termes de la décision attaquée selon lesquels ses enfants résident dans un autre département avec leur mère, dont il n'est pas établi qu'elle serait en situation régulière sur le territoire français. Par ailleurs, le requérant n'établit aucunement la réalité des liens affectifs l'unissant à ses enfants. De même, la seule production d'une promesse d'embauche ne permet pas d'attester d'une insertion professionnelle, M. B ne se prévalant d'aucune activité depuis son entrée en France. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que les décisions de refus de séjour et d'éloignement méconnaîtraient les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
11. En dernier lieu, le requérant, qui ne fait pas valoir d'autres circonstances que celles déjà évoquées aux points 7 et 10, n'est pas fondé à soutenir que les décisions attaquées sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.
12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité de la requête, que la requête de M. B doit être rejetée, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 4 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Bories, présidente,
M. Bourragué, premier conseiller,
Mme Goudenèche, conseillère,
Assistés de Mme Nimax, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 septembre 2023.
La rapporteure,
signé
C. GoudenècheLa présidente,
signé
C. Bories
La greffière,
signé
S. Nimax
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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