Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2216390

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2216390
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er décembre 2022, la SARL Le Coq Doré, représentée par Me Samba, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 juillet 2022 par laquelle le directeur général de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis à sa charge la somme de 37 600 euros au titre de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail ainsi qu'une somme de 4 618 euros au titre de la contribution forfaitaire prévue aux articles L. 822-2 à L. 822-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ensemble la décision du 4 octobre 2022 de rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 22 juillet 2022 est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle a agi de bonne foi ;

- l'employeur est de bonne foi et son entreprise de taille modeste, de sorte que le montant des contributions est disproportionné.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 avril 2023, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.

Par une ordonnance du 13 juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 14 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bourragué,

- et les conclusions de M. Lebdiri, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. A l'issue d'un contrôle effectué le 8 mars 2022 dans un restaurant à Argenteuil dans le Val-d'Oise, les services de police ont constaté la présence d'un ressortissant bangladais, et d'un ressortissant turc, employés par la SARL Le Coq Doré, tous deux dépourvus de titres les autorisant à séjourner et à travailler en France. Après avoir, par une lettre du 31 mai 2022, invité la société à formuler des observations, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a, par une décision du 22 juillet 2022, mis à la charge de celle-ci la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail pour l'emploi d'un étranger non muni du titre les autorisant à travailler pour un montant de 37 600 euros et la contribution forfaitaire prévue par l'article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 4 618 euros. La société requérante demande l'annulation de ces décisions.

2. En premier lieu, il ressort d'une décision du 19 décembre 2019, régulièrement publiée, que Mme A, cheffe du service juridique et contentieux de l'OFII et signataire de la décision du 22 juillet 2022, s'est vue déléguer la signature du directeur général de l'OFII aux fins de signer notamment " l'ensemble des décisions relatives aux contributions spéciale et forfaitaire ". Par suite, le moyen tiré de son incompétence doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France ". L'article L. 8253-1 du même code dispose que : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. ". Aux termes de l'article L. 5221-8 de ce code : " L'employeur s'assure auprès des administrations territorialement compétentes de l'existence du titre autorisant l'étranger à exercer une activité salariée en France, sauf si cet étranger est inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi tenue par l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1 ". Enfin, aux termes de l'article R. 5221-41 de ce même code : " En application de l'article L. 5221-8, l'employeur vérifie que l'étranger qu'il se propose d'embaucher est en situation régulière au regard du séjour. A cette fin, l'employeur saisit le préfet du département dans lequel l'établissement employeur a son siège ou le particulier employeur sa résidence ".

4. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 8253-1 du code du travail et des articles L. 822-2 à L. 822-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les contributions qu'ils prévoient ont pour objet de sanctionner les faits d'emploi d'un travailleur étranger séjournant irrégulièrement sur le territoire français ou démuni de titre l'autorisant à exercer une activité salariée, sans qu'un élément intentionnel soit nécessaire à la caractérisation du manquement. Toutefois, un employeur ne saurait être sanctionné sur le fondement de ces dispositions lorsque tout à la fois, d'une part, il s'est acquitté des obligations qui lui incombent en vertu de l'article L. 5221-8 du code du travail et, d'autre part, il n'était pas en mesure de savoir que les documents qui lui étaient présentés revêtaient un caractère frauduleux ou procédaient d'une usurpation d'identité.

5. Au cas particulier, la sanction en litige est fondée sur l'existence d'une situation d'emploi d'un ressortissant bangladais et d'un ressortissant turc, tous deux dépourvus de titre les autorisant à séjourner et à travailler en France. La matérialité des faits résulte des constatations mentionnées dans le procès-verbal établi le 8 mars 2022 par les services de police, qui font foi jusqu'à preuve du contraire. La société requérante se prévaut de sa bonne foi, et de la circonstance que le salarié turc avait présenté un récépissé de demande de titre de séjour, un passeport, et était déclaré. Elle fait également valoir que le salarié bangladais avait été embauché dans un contexte particulier lié à la crise sanitaire. Toutefois, il résulte de l'instruction que le salarié turc a été engagé sur la base de son passeport turc, sans autre vérification, et que le salarié bangladais travaillait dans le restaurant depuis une semaine sans avoir présenté aucun document d'identité ou autorisation de travail. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise le directeur de l'OFII doit être écarté.

6. En troisième lieu, si la société requérante soutient que la sanction qui lui a été appliquée est disproportionnée dès lors qu'elle risquerait de mettre en péril sa situation financière, elle ne l'établit pas. Par ailleurs, la société requérante ne fait état d'aucune circonstance particulière pour justifier qu'elle soit, au regard de la nature et de la gravité des agissements sanctionnés, à titre exceptionnel, déchargée des sommes mises à sa charge.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la SARL Le Coq Doré tendant à l'annulation des décisions du 22 juillet et du 4 octobre 2022 ne peuvent qu'être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La requête de la SARL Le Coq Doré est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Le Coq Doré et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2024, à laquelle siégeaient

Mme Bories, présidente,

M. Bourragué, premier conseiller,

Mme Goudenèche, conseillère,

Assistés de Mme Nimax, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.

Le rapporteur,

signé

S. BourraguéLa présidente,

signé

C. BoriesLa greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.