Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2216492

jeudi 29 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2216492
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er décembre 2022, Mme A B doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 9 septembre 2022 du préfet des Hauts-de-Seine classant sans suite sa demande de naturalisation.

Elle soutient que la décision est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'âgée de 74 ans, elle est exempte de la condition d'assimilation linguistique, et d'une d'erreur d'appréciation, dès lors qu'elle maîtrise le français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 janvier 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bories,

- les conclusions de M. Lebdiri, rapporteur public,

- et les observations de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante algérienne née le 27 juin 1948, a présenté une demande de naturalisation. Par un courrier du 9 septembre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine a indiqué à l'intéressée qu'il classait sans suite sa demande, dans la mesure où elle n'avait pas produit les documents nécessaires à son instruction qui lui avaient été demandés le 9 mai 2022. Mme B demande au tribunal d'annuler cette décision.

2. Aux termes de l'article 21-24 du code civil : " Nul ne peut être naturalisé s'il ne justifie de son assimilation à la communauté française, notamment par une connaissance suffisante, selon sa condition, de la langue, de l'histoire, de la culture et de la société françaises, dont le niveau et les modalités d'évaluation sont fixés par décret en Conseil d'Etat, et des droits et devoirs conférés par la nationalité française ainsi que par l'adhésion aux principes et aux valeurs essentiels de la République. / () ".

3. Par ailleurs, l'article 37 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française prévoit que : " Pour l'application de l'article 21-24 du code civil : /1° Tout demandeur doit justifier d'une connaissance de la langue française à l'oral et à l'écrit au moins égale au niveau B1 du Cadre européen commun de référence pour les langues, tel qu'adopté par le comité des ministres du Conseil de l'Europe dans sa recommandation CM/ Rec (2008) du 2 juillet 2008. / Un arrêté du ministre chargé des naturalisations définit les diplômes permettant de justifier d'un niveau égal ou supérieur au niveau requis./ A défaut d'un tel diplôme, le demandeur peut justifier de la possession du niveau requis par la production d'une attestation délivrée depuis moins de deux ans à l'issue d'un test linguistique certifié ou reconnu au niveau international, comportant des épreuves distinctes évaluant son niveau de compréhension et d'expression orales et écrites. Le niveau d'expression orale du demandeur est évalué par l'organisme délivrant l'attestation dans le cadre d'un entretien. () ". Aux termes de l'article 37-1 du même décret, dans sa version applicable aux demandes déposées à compter du 1er avril 2020 : " Le demandeur fournit, selon les mêmes conditions de recevabilité que celles prévues par l'article 9 : () 9° Un diplôme ou une attestation, délivrée depuis moins de deux ans, justifiant d'un niveau de langue égal ou supérieur à celui exigé en application de l'article 37 et délivré dans les conditions définies par cet article. Sont toutefois dispensées de la production de ce diplôme ou de cette attestation :/ a) Les personnes titulaires d'un diplôme délivré dans un Etat dont la liste est fixée par un arrêté du ministre chargé des naturalisations à l'issue d'études suivies en français qui peuvent justifier de la reconnaissance de leur diplôme par rapport à la nomenclature française des niveaux de formation et au cadre européen des certifications (CEC) par la production d'une attestation de comparabilité délivrée dans des conditions fixées par un arrêté du ministre chargé des naturalisations ; /b) Les personnes dont le handicap ou l'état de santé déficient chronique rend impossible leur évaluation linguistique. La nécessité de bénéficier d'aménagements d'épreuves ou, à défaut l'impossibilité de se soumettre à une évaluation linguistique est justifiée par la production d'un certificat médical dont le modèle est fixé par arrêté conjoint du ministre des affaires étrangères, du ministre chargé des naturalisations et du ministre de la santé. () ". Enfin, aux termes de l'article 40 du même décret : " Sans préjudice de l'application des dispositions du dernier alinéa de l'article 35, l'autorité qui a reçu la demande peut mettre en demeure le postulant de produire les pièces complémentaires ou d'accomplir les formalités administratives qui sont nécessaires à l'examen de sa demande. / Si le postulant ne défère pas à cette mise en demeure dans le délai qu'elle fixe, la demande peut être classée sans suite. Le postulant est informé par écrit de ce classement ".

4. D'une part, pour classer sans suite la demande de naturalisation présentée par Mme B, le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé sur le motif tiré de ce que l'intéressée n'a pas produit de diplômes ou d'attestations justifiant de son niveau de connaissance de la langue française. Si la requérante soutient qu'en raison de son âge, elle n'était pas soumise à cette condition, il résulte des dispositions citées au point 3 que sont seules dispensées de produire un diplôme ou une attestation linguistique à l'appui de leur demande de naturalisation les personnes souffrant d'un handicap ou d'un état de santé déficient chronique rendant impossible l'évaluation de leur assimilation linguistique. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit ainsi être écarté.

5. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que Mme B n'a pas produit, malgré l'invitation qui lui en avait été faite, les pièces qui lui ont été demandées et n'a pas justifié de l'impossibilité de les produire. Si elle produit de nouveaux documents dans le cadre de la présente instance, ces documents sont sans incidence sur la légalité de la décision qui s'apprécie à la date à laquelle elle a été prise. Dans ces conditions, c'est à bon droit que le préfet a pu prononcer, sur le fondement des dispositions de l'article 40 du décret du 30 décembre 1993, le classement sans suite de sa demande de naturalisation qui était incomplète.

6. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de Mme B ne peut qu'être rejetée.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La requête de Mme A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 8 février 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bories, présidente,

M. Bourragué, premier conseiller,

Mme Goudenèche, conseillère,

Assistés de Mme Nimax, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 février 2024.

Le rapporteur,

signé

C. BoriesL'assesseur le plus ancien,

signé

S. Bourragué

La greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.