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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2216582

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2216582

mardi 28 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2216582
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL PORTELLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 décembre 2022 et le 3 juin 2024, M. et Mme A et C B, représentés par Me Laplante, demandent au tribunal :

1°) d'ordonner une expertise avec mission pour l'expert de se prononcer sur la conformité de l'installation de l'aire de jeux multisports dénommée " city stade " implantée dans la commune du Mesnil Aubry à proximité de leur propriété, de mesurer le niveau des nuisances générées par ledit ouvrage, d'évaluer la nature et le coût des mesures qui peuvent être mises en œuvre pour faire cesser les nuisances constatées ;

2°) d'annuler la décision implicite par laquelle le maire de la commune du Mesnil Aubry a rejeté leur demande préalable présentée le 4 août 2022 ;

3°) de condamner ladite commune à leur verser la somme de 30 000 euros, augmentée de 500 euros par mois supplémentaire écoulé à compter de l'introduction de la requête, en réparation des préjudices subis consécutifs à l'installation d'un " city stade " à proximité de leur habitation ;

4°) d'enjoindre à ladite commune, à titre principal, de déplacer l'équipement litigieux ou d'en interdire l'usage, dans un délai de trois mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de prendre toute mesure afin de mettre un terme aux nuisances causées par l'ouvrage litigieux dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

5°) de mettre à la charge de la commune du Mesnil Aubry la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la responsabilité sans faute de la commune du Mesnil Aubry en tant que maître d'ouvrage est engagée dès lors qu'ils subissent un préjudice anormal et spécial excédant les inconvénients normaux supportés par le voisinage de l'équipement municipal en litige ;

- leur préjudice doit être évalué à la somme de 30 000 euros, augmentée de 500 euros par mois supplémentaire écoulé à compter de l'introduction de la requête.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 5 juillet et 10 juillet 2024, la commune du Mesnil Aubry, représentée par Me Portelli, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge des requérants la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Froc, conseillère,

- les conclusions de M. Chabauty, rapporteur public,

- et les observations de Me Portelli, représentant la commune du Mesnil-Aubry.

Deux notes en délibéré ont été produites pour les requérants les 15 janvier et 20 janvier 2025.

Considérant ce qui suit :

1. M et Mme B sont propriétaires d'une habitation sise 3 rue du stade à Le Mesnil Aubry qui est riveraine d'une parcelle sur laquelle la commune du Mesnil Aubry (95) a fait aménager, en 2020, une aire de jeux et un terrain multisports, l'ensemble dénommé " city stade ". Après plusieurs démarches restées infructueuses, M. et Mme B ont présenté, le 1er août 2022, un recours préalable auprès du maire du Mesnil Aubry en vue d'être indemnisés à raison des troubles générés par l'utilisation dudit city stade. En l'absence de réponse de la commune, ils ont considéré qu'une décision implicite de rejet était née le 4 octobre 2022. Par la présente requête, ils demandent l'annulation de cette décision, la condamnation de la commune à leur verser la somme de 30 000 euros augmentée de 500 euros par mois supplémentaire écoulé à compter de l'introduction de la requête en réparation des préjudices subis, et à ce qu'il soit enjoint à cette commune de déplacer l'équipement litigieux ou d'en interdire l'usage.

Sur les conclusions indemnitaires :

Sur la responsabilité sans faute de la commune du Mesnil Aubry :

2. Un terrain multisports aménagé par une commune constitue un ouvrage public dont la présence est susceptible d'engager envers les tiers la responsabilité de la personne publique, même en l'absence de faute. Il appartient toutefois aux tiers d'apporter la preuve de l'existence d'un dommage grave et spécial et d'un lien de causalité entre la présence ou le fonctionnement de l'ouvrage et les dommages subis. Ne sont pas susceptibles d'ouvrir droit à indemnité les préjudices qui n'excèdent pas les sujétions susceptibles d'être normalement imposées, dans l'intérêt général, aux riverains des ouvrages publics.

3. Il est constant que M et Mme B ont acquis en 1977, une maison d'habitation située à proximité d'un stade, aménagé depuis 1974, auprès duquel la commune a implanté en 2020 un " city stade " composé d'une aire de jeux et d'un terrain multisports. Selon le constat d'huissier établi le 29 avril 2022, la propriété de M. et Mme B est séparée du city stade par " une simple haie " et leur maison est située à 34 mètres de l'ouvrage litigieux. Si les requérants ne pouvaient ignorer le risque de nuisances, notamment sonores, dues au fonctionnement du stade, ils ont la possibilité, en leur qualité de tiers par rapport à l'implantation du city stade de rechercher la responsabilité de la commune en raison de l'aggravation depuis son installation des sujétions résultant du voisinage d'un tel ouvrage, si de telles sujétions présentent un caractère anormal et spécial.

4. Il résulte de l'instruction que la commune du Mesnil Aubry a réglementé l'usage du city stade en adoptant un règlement intérieur par arrêté municipal du 2 juillet 2020, modifié le 7 septembre 2020 et le 11 mars 2021, qui en autorise l'accès tous les jours tout en limitant l'utilisation de 10 heures à 19 heures 30 et interdit, dans l'enceinte du complexe sportif, de mettre de la musique, de faire rouler un engin à deux roues, de faire un barbecue, de porter atteinte à la tranquillité des habitants demeurant aux abords dudit complexe, de pénétrer chez les riverains afin de récupérer un objet sans l'accord des propriétaires. Si les requérants produisent de nombreux courriers adressés à la mairie, des photographies, sept attestations datées d'avril et mai 2022 et un procès-verbal d'huissier établi le 29 avril 2022 faisant état de la persistance des nuisances sonores et des incivilités malgré le règlement intérieur en vigueur, toutefois, les attestations émanent de membres de la famille des requérants, les documents sont peu circonstanciés, et, à défaut pour certains de préciser les dates des événements en cause, ne permettent pas d'établir ni l'intensité ni la fréquence des nuisances alléguées, ni même pour plusieurs d'entre eux leur lien avec la présence ou le fonctionnement du city stade. Par ailleurs, il n'est pas contesté, ainsi que le relève la commune que les autres riverains de l'ouvrage litigieux n'ont émis aucune plainte.

5. Il résulte en revanche de l'instruction que le constat d'huissier qui décrit " des bruits d'impacts des ballons sur les équipements " litigieux " parfaitement audibles depuis le fonds des requérants " et " qui, connaissant des crescendos fréquents, sont entêtants et rendent pénibles une discussion sur la terrasse ", permet d'établir qu'une partie des nuisances sonores rapportées par les requérants peuvent être regardées comme étant imputables à l'existence et au fonctionnement de l'ouvrage public en litige et qu'elles ont excédé par leur intensité et leur répétition les sujétions normales inhérentes au voisinage de cet ouvrage eu égard notamment à la fréquence d'utilisation du city stade. Ainsi, les requérants sont fondés à obtenir réparation à raison de ce chef de préjudice qui revêt un caractère anormal et spécial.

En ce qui concerne le montant du préjudice :

6. M. et Mme B ont subi à compter de 2020 un préjudice anormal et spécial lié à la projection de ballons contre les pare-ballons. Eu égard à la nature et à l'importance de ce trouble, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi du fait de ces nuisances sonores en leur allouant la somme globale de 2 000 euros. Il y a lieu, dès lors et sans qu'il soit besoin d'ordonner une expertise, de condamner la commune du Mesnil Aubry à leur verser cette somme.

Sur les conclusions à fins d'injonction :

7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".

8. Lorsque le juge administratif statue sur un recours indemnitaire tendant à la réparation d'un préjudice imputable à un comportement fautif d'une personne publique et qu'il constate que ce comportement et ce préjudice perdurent à la date à laquelle il se prononce, il peut, en vertu de ses pouvoirs de pleine juridiction et lorsqu'il est saisi de conclusions en ce sens, enjoindre à la personne publique en cause de mettre fin à ce comportement ou d'en pallier les effets. Lorsqu'il met à la charge de la personne publique la réparation d'un préjudice grave et spécial imputable à la présence ou au fonctionnement d'un ouvrage public, il ne peut user d'un tel pouvoir d'injonction que si le requérant fait également état, à l'appui de ses conclusions à fin d'injonction, de ce que la poursuite de ce préjudice, ainsi réparé sur le terrain de la responsabilité sans faute du maître de l'ouvrage, trouve sa cause au moins pour partie dans une faute du propriétaire de l'ouvrage. Il peut alors enjoindre à la personne publique, dans cette seule mesure, de mettre fin à ce comportement fautif ou d'en pallier les effets.

9. En l'espèce, le préjudice subi du fait de l'utilisation du city stade est réparé au moyen d'une indemnisation. Par ailleurs, il n'est pas établi ni même allégué que le préjudice ainsi réparé trouverait sa cause au moins pour partie dans une faute du propriétaire de l'ouvrage. Dans ces conditions les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à la commune du Mesnil Aubry de déplacer l'équipement litigieux, d'en interdire l'usage ou de prendre toutes mesures propres à faire cesser les nuisances causées ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune du Mesnil Aubry la somme de 1 500 euros à verser à M. et Mme B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce qu'une somme quelconque soit mise à la charge de ces derniers, qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E:

Article 1er : La commune du Mesnil Aubry est condamnée à verser à M et Mme B la somme de 2 000 euros au titre du préjudice subi, à raison des troubles causés par le city stade.

Article 2 : La commune du Mesnil Aubry versera à M. et Mme B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A et C B et à la commune du Mesnil Aubry.

Délibéré après l'audience du 14 janvier 2025 à laquelle siégeaient :

M. Huon, président,

M. Viain, premier conseiller,

Mme Froc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 janvier 2025 .

La rapporteure,

signé

E. FROC

Le président,

signé

C. HUON La greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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