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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2216667

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2216667

jeudi 29 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2216667
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantDE SEZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 décembre 2022, M. B A, représenté par Me de Sèze, avocat, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision, en date du 24 novembre 2022, par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Cergy a rejeté sa demande tendant au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, avec effet depuis leur cessation, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros à verser, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à Me de Sèze, qui sera autorisé à en percevoir directement le recouvrement.

M. A soutient que la décision contestée :

- n'est pas suffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;

- est intervenue sur une procédure irrégulière, compte tenu de l'absence de prise en considération de sa vulnérabilité ;

- est intervenue sur une procédure irrégulière, compte tenu de l'absence de formation spécifique de l'agent ayant mené l'entretien de vulnérabilité ;

- est illégale, dès lors que le contenu du questionnaire fixé par l'arrêté du 23 octobre 2015 est illégal ;

- est entachée d'erreur de fait, d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors que son absence à l'aéroport était justifiée par une consultation médicale ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans la modulation du degré de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 novembre 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par M. A n'est fondé.

Par une décision en date du 11 avril 2023, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le Tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à M. A le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile prévu à l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Kelfani, président, a été entendu, au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, demandeur d'asile de nationalité afghane, a fait l'objet d'une décision de cessation de ses conditions matérielles d'accueil prise, en date du 6 octobre 2021, par le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Cergy sur le fondement du 3° de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la requête enregistrée sous le n° 2216667, M. A conteste la décision, en date du 24 novembre 2022, par laquelle la même autorité a rejeté sa demande, présentée le 14 novembre 2022, tendant au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il est mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes () Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil. ".

3. La décision dont l'annulation est demandée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est donc suffisamment motivée.

4. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Cergy n'aurait pas procédé à un examen particulier et suffisamment approfondi de la situation du requérant avant de prendre la décision contestée.

5. Aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " À la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables () ". Aux termes de l'article L. 522-2 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. ". Enfin, l'article L. 522-3 du code précité dispose : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. ".

6. Lorsqu'il est saisi d'une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'est pas tenu de procéder à un nouvel entretien d'évaluation de vulnérabilité avec le demandeur d'asile. L'Office français de l'immigration et de l'intégration soutient, sans être contredit, que M. A a bénéficié, le 19 mars 2021, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile au guichet unique des demandeurs d'asile, d'un entretien effectué par un agent formé spécifiquement et dans une langue qu'il comprend durant lequel sa situation a été évaluée et que cette évaluation n'a pas mis en lumière d'éléments particuliers de vulnérabilité, l'agent de l'Office ayant procédé à l'évaluation ayant estimé à 1, sur une échelle de 0 à 3, le niveau de vulnérabilité du requérant. En tout état de cause, le 26 octobre 2022, moins d'un mois avant la décision attaquée, M. A a bénéficié d'un nouvel entretien personnel d'évaluation de vulnérabilité, en présence d'un interprète en langue pachto. Il ressort de la fiche d'évaluation de vulnérabilité établie à cette occasion, que le requérant a, certes, alors déclaré " dormir à la rue à Paris " mais il n'a fait état d'aucun handicap ou problème de santé et n'a produit aucun document médical. Le requérant n'est, par suite, pas fondé à soutenir qu'il n'aurait pas été procédé à l'évaluation de sa vulnérabilité avant l'intervention de la décision en date du 24 novembre 2022.

7. Aucune pièce du dossier ne permet de tenir pour établi que l'entretien du 26 octobre 2022 n'aurait pas été mené par un agent de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin, ainsi que le prescrit l'article L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, l'Office français de l'immigration et de l'intégration fait valoir que les auditeurs " asile " qui procèdent à l'évaluation du niveau de vulnérabilité des demandeurs d'asile reçoivent, dès leur recrutement, une formation appropriée à leurs missions.

8. Aux termes de l'article R. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers : " L'appréciation de la vulnérabilité des demandeurs d'asile est effectuée par les agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en application des articles L. 522-1 à L. 522-4, à l'aide d'un questionnaire dont le contenu est fixé par arrêté des ministres chargés de l'asile et de la santé. ".

9. Le requérant ne saurait utilement exciper de l'illégalité de l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile prévu à l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pris en application des dispositions rappelées ci-dessus, la décision attaquée n'étant pas intervenue pour l'application de la décision dont il demande l'annulation.

10. Alors qu'il faisait l'objet, dans le cadre de la procédure Dublin, d'une décision de transfert à destination de la Roumanie, il est constant que le requérant ne s'est pas présenté, le 20 juillet 2021, à l'aéroport de Roissy à l'embarquement du vol Air France AF 1888 de 10 heures à destination de Bucarest sur lequel l'administration lui avait réservé une place. Toutefois, en se bornant à produire un document établi en date du 20 juillet 2021 par un médecin - en pneumo-allergologie et médecine générale - qui certifie l'avoir reçu " en consultation ce jour ", sans fournir aucune autre précision, M A ne saurait être regardé comme justifiant par un motif légitime son absence à l'aéroport de Roissy le même jour. Il suit de là que M. A doit également être regardé comme n'ayant pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil. Ce seul manquement était de nature à justifier, outre une décision de cessation des conditions matérielles d'accueil, sur le fondement du 3° de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions sont citées au point 2, une décision de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil.

11. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A, qui est né le 1er février 1996, se trouvait, lorsqu'il a présenté sa demande tendant au rétablissement de ses conditions matérielles d'accueil, dans une situation d'une particulière vulnérabilité, qui justifierait l'annulation pour erreur d'appréciation de la décision contestée.

12. Il n'en ressort pas non plus qu'en décidant d'opter pour un refus total, comme le permet l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et non partiel, de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Cergy aurait commis une erreur d'appréciation.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

14. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte de la requête de M. A ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 :

15. Les dispositions législatives visées ci-dessus font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me de Sèze et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 1er février 2024 à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, Mme Louazel, conseillère, et M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 février 2024.

Le rapporteur,

signé

K. KELFANI

La conseillère,

signé

M. LOUAZEL

Le greffier,

signé

D. HAUDE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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