Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2216882
mardi 6 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2216882 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 décembre 2022, Mme B A, née D, représentée par Me Dikor, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 novembre 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir, et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision contestée est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet aurait du saisir la commission du titre de séjour ;
-elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Par un mémoire en défense du 19 octobre 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante camerounaise, née le 18 mai 1948, est entrée en France le 25 novembre 2011 sous couvert d'un visa schengen. Par un arrêté du 28 novembre 2022, dont l'intéressée demande au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " doivent être motivées les décisions qui: / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police; " L'article L.211-5 du même code dispose que " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
3. L'arrêté du 28 novembre 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme A mentionne le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le fondement duquel il a été pris et vise les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il précise également les circonstances relatives à la situation personnelle et familiale de la requérante, et notamment que si l'intéressée déclare séjourner en France depuis 2011, les documents produits ne sont pas de nature à justifier de façon probante sa présence habituelle en France depuis 10 ans, notamment pour les périodes de 2013 à 2016 et de 2018 à 2020. Il mentionne, en outre, que la requérante ne justifie d'aucune considération humanitaire ni d'aucun motif exceptionnel de nature à permettre la régularisation de sa situation au titre de la vie privée et familiale. Il relève que la requérante ne peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 423-23 du code précité dès lors qu'entrée en France d'un visa C " ascendant non à charge ", elle ne démontre pas être démunie de ressources. Enfin, il précise que la requérante, veuve, sans charge de famille, n'établit pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 63 ans. Ainsi, cet arrêté, qui n'avait pas à faire état de l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressée, comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté contesté doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".
5. D'une part, si Mme A soutient qu'elle réside habituellement sur le territoire français depuis l'année 2011, les documents qu'elle produit à l'appui de cette assertion, notamment pour les années 2013 à 2016, et 2018 à 2020, ne permettent pas d'établir l'ancienneté et le caractère habituel de sa résidence en France. En particulier, au titre des années 2013, 2014 et 2015, l'intéressée se borne à produire des ordonnances médicales du 10 mai 2013, du 7 octobre 2014 et du 2 avril 2015 ainsi qu'un courrier du 2 octobre 2014. Pour l'année 2018, elle ne produit que le relevé de son livret A. Une ordonnance médicale du 25 juillet 2019 et le relevé de son livret A 2019/2020 ne permettent pas d'établir la continuité de sa résidence sur le territoire français pour ces deux autres années. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que l'intéressée est hébergée et ne justifie pas d'un domicile propre. En tout état de cause, la circonstance qu'elle justifierait d'une résidence habituelle sur le territoire français depuis 2021, soit depuis un an à la date de l'arrêté attaqué, ne constitue pas, à elle-seule, un motif d'admission exceptionnelle au séjour en application des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. D'autre part, si la requérante fait également valoir qu'elle a trois enfants ressortissants français et surtout quatre petits-enfants et plusieurs arrières petits-enfants dont elle s'occupe, elle n'établit ni même n'allègue qu'elle vivrait près de chez eux et n'apporte aucun élément justifiant des liens qu'elle entretient avec eux. Elle n'établit pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine. En outre, elle ne justifie d'aucune insertion sociale en France. Dans ces conditions, le préfet du Val-d'Oise, en estimant que l'admission exceptionnelle au séjour de l'intéressée au titre de la vie privée et familiale ne répondait pas à des considérations humanitaires ou ne se justifiait pas au regard de motifs exceptionnels, n'a ni méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni commis d'erreur manifeste dans son appréciation de la situation personnelle de l'intéressée au regard de ces dispositions.
7. En troisième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 5, si l'intéressée, qui a déclaré être entrée en France le 25 novembre 2011, soutient à l'appui de son recours qu'elle réside en France depuis plus de dix ans à la date de l'arrêté attaqué, elle ne justifie pas, par les pièces qu'elle produit, de sa résidence habituelle en France depuis cette date. Dès lors, l'autorité préfectorale n'était donc pas tenue de soumettre sa demande d'admission exceptionnelle au séjour à la commission du titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de ce que, faute de consultation de cette commission, l'arrêté contesté portant refus de titre de séjour aurait été édicté au terme d'une procédure irrégulière doit être écarté.
8. En quatrième lieu, il n'est pas établi que Mme A ait sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, le préfet du Val-d'Oise ne s'est pas fondé, pour rejeter sa demande de titre de séjour, sur ces dispositions. Par suite, la requérante ne saurait utilement les invoquer à l'encontre de la décision en litige.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, parent à charge d'un français et de son conjoint, se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans sous réserve de la production du visa de long séjour prévu au 1o de l'article L. 411-1 et de la régularité du séjour. " Toutefois, si la requérante allègue être financièrement dépendante de ses enfants, elle n'apporte aucun élément à l'appui de cette assertion. En outre, elle n'établit ni même n'allègue s'être vue délivrer un visa de long séjour. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
10. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".
11. Mme A, qui se prévaut de la durée de son séjour sur le territoire français depuis l'année 2011, soutient qu'elle est pleinement intégrée en France où elle possède des attaches familiales. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 5, la requérante ne justifie pas de l'ancienneté et de la continuité de son séjour sur le territoire français depuis 2011. Elle n'apporte pas de précisions suffisantes sur les relations affectives qu'elle y aurait nouées. Si elle réside chez son fils et que ses deux autres enfants résident en France ainsi que ses petits-enfants et arrières petits-enfants, elle n'établit toutefois pas être dépourvue de toute attache dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 63 ans au moins. Si elle indique s'occuper de ses petits-enfants et arrières petits-enfants, elle n'apporte aucune pièce ni aucun élément permettant d'établir des liens affectifs anciens et intenses avec eux. En outre, elle ne justifie pas d'une insertion professionnelle stable et ancienne sur le territoire. Ainsi, eu égard à l'ensemble des circonstances de l'espèce, l'arrêté attaqué n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, cette décision n'a pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué du 28 novembre 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction et d'astreinte, et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 10 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Bertoncini, président,
M. Amazouz, premier conseiller,
Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.
La rapporteure,
signé
S. Cuisinier-HeisslerLe président,
signé
T. BertonciniLa greffière,
signé
M. C
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
N°221688
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