Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2217010
mardi 6 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2217010 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 décembre 2022 et 19 mai 2023, M. A B, représenté par Me Marienne, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 novembre 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre au même préfet de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions portant de refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi ont été signées par une autorité incompétente ;
- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'un vice de procédure dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;
- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a entaché la décision portant refus de titre de séjour d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale ;
-la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- la décision fixant le pays de renvoi est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision portant refus de titre de séjour.
Par un mémoire en défense du 13 juin 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Cuisinier-Heissler a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant sénégalais né le 8 janvier 1986, est entré en France, selon ses dires, le 26 décembre 2012, dépourvu de visa. Le 30 octobre 2021, il a demandé un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 14 novembre 2022 dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.
Sur le moyen commun aux décisions attaquées :
2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme D, adjointe au directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture du Val-d'Oise, qui disposait d'une délégation de signature consentie par un arrêté n° 22-128 du 27 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Val-d'Oise le même jour, pour signer notamment toutes décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et détermination du pays d'éloignement, en cas d'absence ou d'empêchement du directeur des migrations et de l'intégration. Il n'est pas établi ni même soutenu que ce dernier n'aurait pas été absent ou empêché à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays à destination duquel l'intéressé peut être reconduit d'office du 14 novembre 2022 manque en fait et doit, dès lors, être écarté.
Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :
3. Aux termes de l'article L. 435-1 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14."
4. D'une part, si M. B soutient qu'il réside habituellement sur le territoire français depuis l'année 2012, les documents qu'il produit à l'appui de cette assertion, notamment pour les années 2012 à 2019, ne permettent pas d'établir l'ancienneté et le caractère habituel de sa résidence en France. En particulier, au titre des années 2012 à 2016, l'intéressé se borne à produire les avis d'imposition qui ne mentionnent aucun revenu, et ne peuvent attester d'une présence continue au titre de ces années. Pour les années 2017 et 2018, la seule attestation du 25 novembre 2022 de la coordinatrice à l'accueil de jour de l'association Aurore selon laquelle il fréquente l'accueil de jour depuis le 21 décembre 2017 ne permet pas d'établir la continuité de sa résidence sur le territoire français pour ces années. En tout état de cause, la circonstance qu'il justifierait d'une résidence habituelle sur le territoire français depuis 2019, soit depuis trois ans à la date de la décision attaquée, ne constitue pas, à elle-seule, un motif d'admission exceptionnelle au séjour en application des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. D'autre part, M. B soutient remplir les conditions pour obtenir un titre de séjour " salarié " dès lors qu'il détient plus de 24 fiches de paie, une attestation d'un collègue signalant qu'il travaille à temps plein malgré son contrat à temps partiel et une attestation de son employeur qui souhaite le passer à temps plein dès sa régularisation ce qui tendrait à démontrer une insertion professionnelle et une intégration sociale réussies. Cependant, l'intéressé ne produit des bulletins de paie que pour deux mois en 2019, pour les années 2020 et 2021, et pour deux mois en 2022. En outre s'il est titulaire d'un contrat à durée indéterminée, il n'est employé qu'à temps partiel ce qui ne lui permet pas d'avoir des revenus équivalant au montant minimal du SMIC comme l'a souligné l'avis défavorable de la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère de la Seine Saint Denis du 30 septembre 2022. Ainsi l'activité dont il se prévaut est récente et insuffisante à la date de la décision attaquée et ne permet pas de justifier d'une insertion professionnelle ancienne, stable et durable en France. Enfin, il a fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement le 11 octobre 2016 et le 15 mars 2018. Dans ces conditions, le préfet du Val-d'Oise, en refusant son admission exceptionnelle au séjour au regard du volet " salarié " de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'a ni méconnu ces dispositions ni commis d'erreur manifeste dans son appréciation de la situation personnelle de l'intéressé au regard de ces dispositions.
6. Ainsi qu'il a été dit au point 4, si l'intéressé, qui a déclaré être entré en France le 26 décembre 2012, soutient à l'appui de son recours qu'il réside en France depuis plus de dix ans à la date de la décision contestée, il ne justifie pas, par les pièces qu'il produit, de sa résidence habituelle en France depuis cette date. Dès lors, l'autorité préfectorale n'était donc pas tenue de soumettre sa demande d'admission exceptionnelle au séjour à la commission du titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de ce que, faute de consultation de cette commission, la décision attaquée portant refus de titre de séjour aurait été édictée au terme d'une procédure irrégulière doit être écarté.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 6 du présent jugement qu'en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et invoqué, par voie d'exception, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
Sur la légalité de la décision fixant le pays de renvoi :
8. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 7 du présent jugement qu'en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ces illégalités et invoqué, par voie d'exception, à l'encontre de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué du 14 novembre 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction et d'astreinte, et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 10 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Bertoncini, président,
M. Amazouz, premier conseiller,
Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.
La rapporteure,
signé
S. Cuisinier-HeisslerLe président,
signé
T. BertonciniLa greffière,
signé
M. C La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2217010
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