Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2217110
lundi 29 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2217110 |
| Type | Décision |
| Formation | 9ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires enregistrés le 16 décembre 2022, 27 janvier, 21 février 2023, M. A B, représenté par Me Zennou, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 décembre 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour ou de le munir d'une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail dans un délai de deux mois à compter de la décision à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle. En cas de non admission à l'aide juridictionnelle de M. B, de verser cette somme à celui-ci sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'un défaut de motivation qui révèle un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de la saisine de la commission du titre de séjour alors qu'il réside en France depuis 10 ans ;
- elle est entachée d'erreurs de fait dès lors qu'il réside en France depuis 10 ans et qu'il exerce un emploi salarié depuis plusieurs années ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi :
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 février 2023, le préfet du Val-d'Oise produit les pièces constitutives du dossier et conclut au rejet de la requête.
Des pièces ont été enregistrées le 1er mars 2023 pour le requérant et n'ont pas été communiquées.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 juillet 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de présenter des conclusions sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Colin, rapporteure.
Considérant ce qui suit :
1. M. B ressortissant bangladais, né le 6 décembre 1978, est entré irrégulièrement en France le 25 décembre 2010 selon ses déclarations. Le 4 janvier 2022, il a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 6 décembre 2022 attaqué, le préfet du Vald'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, et a fixé le pays de son renvoi.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
3. Il ressort des termes de la décision attaquée qu'après avoir rappelé les textes applicables notamment l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le fondement duquel M. B a formé sa demande, l'arrêté énonce les éléments de fait relatifs à sa situation personnelle et familiale. Il indique en particulier l'état civil du requérant et sa nationalité, la date alléguée de son arrivée en France. Il expose par ailleurs les circonstances de fait propres à sa situation ayant justifié le rejet de sa demande de titre de séjour. Ainsi, contrairement à ce que fait valoir l'intéressé, et alors même que les motifs de l'arrêté attaqué ne reprennent pas l'ensemble des éléments caractérisant sa situation, la décision refusant l'admission au séjour répond aux exigences de motivation posées par les dispositions citées au point précédent. Le moyen tiré du défaut de motivation doit, dès lors, être écarté.
4. En deuxième lieu, les mentions de l'arrêté attaqué, motivé ainsi qu'il vient d'être dit, ne révèlent aucun défaut d'examen, lequel ne ressort d'aucune autre pièce du dossier.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / () ".
6. D'une part, pour l'application des dispositions du dernier alinéa de l'article précité et l'appréciation de la condition de résidence habituelle en France depuis plus de dix ans qui, lorsqu'elle est remplie, fait obligation à l'administration de consulter la commission du titre de séjour, seule doit être prise en considération la présence effective du ressortissant étranger en France. Il n'y a donc pas lieu de tenir compte de la circonstance que le ressortissant étranger aurait résidé en France pendant tout ou partie de cette période irrégulièrement, notamment à la suite d'un refus de titre de séjour, ou d'une mesure d'éloignement à laquelle il se serait soustrait.
7. Pour refuser de saisir la commission du titre de séjour, le préfet soutient que le requérant ne justifie pas de façon probante sa présence sur le territoire au titre des années 2016 et 2020. Si M. B établit sa présence au titre de l'année 2016 par des justificatifs variés et concordants, deux ordonnances médicales de février et mai 2016, une attestation de présence à une formation de juillet à octobre 2016 délivrée par l'association " français avec Rabani ", un courrier émanant du Conseil d'Etat, ainsi qu'un relevé de constat d'infraction commise le 20 décembre 2016, et au titre des six derniers mois de l'année 2020 par un relevé de son abonnement navigo et trois relevés de transfert d'argent, en revanche, le relevé bancaire mentionnant un retrait au guichet automatique le 6 janvier, le relevé de transfert d'argent du mois de mars et l'avis d'imposition au titre de l'année 2020 comportant un montant nul ne sont pas suffisants pour établir la réalité de sa présence de janvier à juin 2020. Par suite le requérant, qui n'établit pas sa durée de présence sur le territoire depuis dix ans, n'est pas fondé à soutenir que la commission du titre de séjour aurait dû être saisie. Les moyens tirés du vice de procédure et de l'erreur de fait quant à sa durée de présence doivent dès lors être écartés.
8. D'autre part, M. B se prévaut de sa présence en France depuis 2010, de son insertion personnelle et professionnelle et de ses fortes attaches sur le territoire. Toutefois, et ainsi qu'il vient d'être dit, l'intéressé n'établit pas la réalité de sa présence sans discontinuité sur le territoire français depuis 2010. Par ailleurs, l'expérience professionnelle de deux ans et demi dont se prévaut le requérant en produisant 32 bulletins de salaire au titre des années 2017 et 2018 émis par la SARL SAM, la société générale du bâtiment et la société Nouveau Bat n'est pas stable et continue. En outre, il ne justifie pas travailler depuis le mois de janvier 2018. Enfin, s'il soutient qu'il a développé des liens privés intenses sur le territoire français où résident l'un de ses frères et ses neveux en situation régulière, il est sans charge de famille et n'apporte aucun début de preuve à l'appui de ses allégations. Les éléments ainsi exposés de la situation du requérant ne constituent pas une considération humanitaire ou un motif exceptionnel de nature à permettre à M. B d'obtenir un titre de séjour au titre de l'admission exceptionnelle tant au regard du travail que de la vie privée et familiale sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, en refusant l'admission exceptionnelle au séjour de M. B, le préfet du Val-d'Oise n'a pas méconnu les dispositions précitées ni commis d'erreur de fait quant à sa situation.
9. En quatrième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales prévoit que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
10. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 7 et 8, et alors que M. B, n'allègue pas être dépourvu d'attaches au Bangladesh où il a vécu jusqu'à l'âge de 32 ans, le préfet du Val d'Oise n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels la décision de refus de titre de séjour a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance par cette décision des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales susvisées, doit être écarté.
11. En cinquième lieu, il résulte des énonciations précédentes que M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué procèderait d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation, ce moyen devant être également écarté.
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi :
12. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 7, 8 et du présent jugement, le préfet du Val d'Oise n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels les décisions ont été prises. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance par ces décisions des stipulations susvisées, doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction et de celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 2 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Le Griel, présidente ;
Mme Colin, première conseillère ;
M. Jacquelin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 avril 2024.
La rapporteure,
signé
C. Colin
La présidente,
signé
H. Le Griel
La greffière,
signé
E. Pradel
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation, la greffière.
N°2217110
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