jeudi 20 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2217205 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 10ème Chambre (JU) |
| Avocat requérant | MOUTOUSSAMY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés le 16 décembre 2022 et les 5 et 12 juillet 2023, M. B A D, représenté par Me Moutoussamy, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler les décisions implicites, ou expresse à venir, par lesquelles le président du conseil départemental des Hauts-de-Seine a rejeté son recours préalable obligatoire formé le 23 mai 2022 à l'encontre d'un indu de revenu de solidarité active (RSA), d'un trop perçu de prime exceptionnelle de fin d'année 2019, un trop perçu de prime exceptionnelle de fin d'année 2020, une retenue de 2 625,98 euros, effectuée le 1er décembre 2021, des décisions de fin de droit de RSA et un refus d'ouverture des droits au RSA ;
2°) d'enjoindre au département des Hauts-de-Seine de lui rembourser les montants prélevés et de le rétablir dans ses droits au RSA depuis le mois d'avril 2022, dans un délai de deux mois ;
3°) de prononcer la décharge de payer le montant réclamé ;
4°) de mettre à la charge du département des Hauts-de-Seine et de la caisse d'allocations familiales (CAF) des Hauts-de-Seine la somme de 1 300 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision rejetant le recours administratif préalable obligatoire a été prise suivant une procédure irrégulière ;
En ce qui concerne les décisions d'indus de prime exceptionnelle de fin d'année 2019 et 2020 :
- elles sont entachées d'un défaut de signature ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- un indu de prime exceptionnelle de fin d'année n'est pas fondé en l'absence de décision remettant en cause le bien-fondé du droit au RSA au titre des mois de novembre et décembre des années en cause ;
En ce qui concerne la décision d'indu de RSA :
- elle est illégale dès lors que la commission de recours amiable n'a pas été saisie ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elles méconnaissent les règles relatives à l'exercice du droit de communication et à la protection des données personnelles en application des articles L. 114-19 et L. 114-21 du code de la sécurité sociale ;
- elles sont illégales, dès lors que l'agent ayant effectué le contrôle ne dispose ni d'un agrément ni d'une assermentation ;
- le bien-fondé de l'indu est contesté dès lors que le motif invoqué par la CAF des Hauts-de-Seine n'est pas de nature à justifier un indu compte tenu du manque total de précision de la notification de dette et du rejet ;
- la décision de procéder au recouvrement par la voie de retenues en l'absence de notification de dette est illégal ;
- les deux décisions du 27 août 2021 et du 1er décembre 2021 par lesquelles la CAF des Hauts-de-Seine a décidé de mettre fin à son droit au RSA et celle du 17 mai 2022 lui refusant le bénéfice du RSA sont infondées et illégales dès lors qu'il a respecté les conditions prévues à l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles pour percevoir le RSA et que le département des Hauts-de-Seine était en situation de compétence lié pour lui allouer le RSA.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juin 2023, le président du conseil départemental des Hauts-de-Seine demande au tribunal de le mettre hors de cause pour le recouvrement de l'indu de la prime exceptionnelle de fin d'année et conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir, à titre principal, que la requête est irrecevable pour tardiveté et en raison de la tardiveté du recours préalable obligatoire et de la requête et, à titre subsidiaire, que les moyens du requérant sont infondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juin 2023, le directeur de la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine demande au tribunal de le mettre hors de cause pour les réclamations portant sur le revenu de solidarité active et conclut au rejet de la requête.
Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n° 2018-1150 du 14 décembre 2018 ;
- le décret n° 2019-1323 du 10 décembre 2019 ;
- le code de justice administrative.
Le rapporteur public a été dispensé, sur proposition du président de la formation de jugement, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Poyet a été entendu au cours de l'audience publique.
Par des ordonnances du 28 juin 2023 et du 12 juillet 2023, la clôture de l'instruction a été différée au 5 juillet 2023 à 12h00 puis au 17 juillet 2023 à 12h00, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A D, marié et père de trois enfants, bénéficiaire du revenu de solidarité active à compter du mois de juillet 2014, a déclaré percevoir aucune ressource pour son foyer au titre des déclarations trimestrielles. Le requérant a déménagé dans le département de l'Oise, à compter du 1er septembre 2016, et est revenu dans son précédent logement situé dans le département des Hauts-de-Seine, à compter du 28 mars 2018. Durant les années 2018, 2019 et 2020, le requérant a confirmé sa situation familiale et son lieu de résidence en précisant que son enfant prénommé Ismaël, né en 2014, était scolarisé depuis l'année 2020, dans ses déclarations de situations. A la suite de la réception par la CAF des Hauts-de-Seine de deux déclarations trimestrielles effectuées depuis le Maroc et en raison d'une suspicion de fraude, une enquête aux fins de vérification de la résidence en France de la famille a été menée par les services de la CAF, le 26 octobre 2021. Par un premier courrier du 1er décembre 2021, un indu de prestations familiales d'un montant de 36 653,53 euros, dont 14 649,06 euros d'indus de RSA, au titre de la période du mois de décembre 2018 au mois de novembre 2021, lui a été notifié. Par un second courrier du même jour, la CAF des Hauts-de-Seine lui a notifié une fin de droit au RSA au motif qu'il ne remplissait plus les conditions pour en bénéficier. Par un courrier du 4 décembre 2021, la CAF des Hauts-de-Seine lui a demandé de rembourser un indu au titre de la prime d'activité de fin d'année 2020 d'un montant de 381,12 euros. Le requérant a déposé une nouvelle demande afin de bénéficier de l'allocation de RSA qui a été rejetée par une décision du président du département des Hauts-de-Seine du 3 mai 2022. Le 23 mai 2022, M. A D a formé un recours administratif préalable obligatoire contestant le bien-fondé des indus de RSA et de prime exceptionnelle de fin d'année 2019 et 2020 et d'une retenue de 2 625,98 euros, effectuée le 1er décembre 2021, des décisions de fin de droit de RSA et un refus d'ouverture des droits au RSA auquel l'administration n'a pas répondu. Par la présente requête, M. A D demande l'annulation de cette décision et de le décharger des sommes dues.
Sur la demande de mise hors de cause du département des Hauts-de-Seine :
2. Aux termes de l'article R. 134-2 du code de l'action sociale et des familles, créé par le décret n°2020-1073 du 18 août 2020, entré en vigueur le 21 août 2020 : " Les directeurs des organismes de sécurité sociale représentent l'État devant le tribunal administratif dans les litiges relatifs aux décisions qu'ils prennent pour son compte concernant les prestations, allocations ou droits attribués au titre de l'aide ou de l'action sociale en application du présent code. ". Il résulte de l'article 4 de ce décret que les dispositions de ce décret sont applicables aux instances en cours. Par ailleurs, aux termes de l'article 5 du décret du 28 décembre 2016 : " Les aides exceptionnelles régies par le présent décret sont à la charge de l'État. Elles sont versées par les organismes débiteurs des prestations mentionnées aux articles 1er et 3. ". Ainsi, il y a lieu de mettre hors de cause le département des Hauts-de-Seine s'agissant des conclusions relatives à la prime exceptionnelle de fin d'année.
Sur la demande de mise hors de cause de la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine :
3. La décision de récupération d'un indu de revenu de solidarité active a été prise par la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine qui assure la gestion de ces prestations, par délégation, pour le compte du département, lequel en assure le financement. Il s'ensuit que le président du conseil départemental a seul qualité, en l'absence de stipulation contraire de la convention de gestion prévue par l'article L. 262-25 du code de l'action sociale et des familles, pour défendre devant le tribunal administratif sur les demandes tendant à l'annulation des décisions des organismes payeurs en matière de revenu de solidarité active. Il y a lieu, dès lors, de mettre hors de cause la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine s'agissant de cet indu.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les fins de non-recevoir opposées par le département des Hauts-de-Seine :
4. D'une part, aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. ". Aux termes de l'article R. 262-88 de ce code : " Le recours administratif préalable mentionné à l'article L. 262-47 est adressé par le bénéficiaire au président du conseil départemental dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision contestée. Il motive sa réclamation. ".
5. Si l'administration fait valoir que le recours formé par M. A D le 23 mai 2022 auprès du président du conseil départemental des Hauts-de-Seine contre les décisions contestées, était irrecevable, toutefois le recours administratif à l'encontre des dites décisions, laissé sans réponse, a généré les décisions implicites de rejet contestées. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir tirée de l'irrecevabilité du recours administratif préalable obligatoire formé contre les décisions contestées doit être écartée.
6. D'autre part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ". Aux termes de l'article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Sauf dans les cas où un régime de décision implicite d'acceptation est institué dans les conditions prévues à l'article 22, le silence gardé pendant plus de deux mois par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet. / () ". Aux termes de l'article R. 421-2 du code de justice administrative : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, le silence gardé pendant plus de deux mois sur une réclamation par l'autorité compétente vaut décision de rejet. / Les intéressés disposent, pour se pourvoir contre cette décision implicite, d'un délai de deux mois à compter du jour de l'expiration de la période mentionnée au premier alinéa. () ". Aux termes de l'article R. 112-5 du code des relations entre le public et l'administration: " L'accusé de réception prévu par l'article 19 de la loi du 12 avril 2000 susvisée comporte les mentions suivantes : / 1° La date de réception de la demande et la date à laquelle, à défaut d'une décision expresse, celle-ci sera réputée acceptée ou rejetée ; / () / L'accusé de réception indique si la demande est susceptible de donner lieu à une décision implicite de rejet ou à une décision implicite d'acceptation. Dans le premier cas, l'accusé de réception mentionne les délais et les voies de recours à l'encontre de la décision. () ". Il résulte de ces dispositions, d'une part, qu'en l'absence d'accusé de réception comportant les mentions prévues par ces dernières dispositions, les délais de recours contentieux contre une décision implicite de rejet ne sont, en principe, pas opposables à son destinataire et, d'autre part, qu'un recours gracieux constituant une demande, ce principe s'applique aux décisions rejetant implicitement un tel recours gracieux.
7. Si le département des Hauts-de-Seine fait valoir que la requête est tardive en ce qu'elle a été enregistrée le 16 décembre 2022, soit cinq mois après les décisions implicites de rejet du 23 juillet 2022 du recours administratif préalable obligatoire formé le 23 mai 2022, toutefois ces décisions implicites n'ont pas fait courir le délai de recours contentieux, faute pour l'administration d'avoir délivré à M. A D un accusé de réception portant les mentions prévues à l'article R. 112-5 du code des relations entre le public et l'administration. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête doit être écartée.
En ce qui concerne les indus de revenu de solidarité active et de prime exceptionnelle de fin d'année pour 2019 et 2020 :
Sur la légalité externe des décisions contestées :
8. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil général. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 242-1 du code de la sécurité sociale. Les modalités d'examen du recours sont définies par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'article R. 262-89 du code de l'action sociale et des familles : " Sauf lorsque la convention mentionnée à l'article L. 262-25 en dispose autrement, ce recours est adressé par le président du conseil départemental pour avis à la commission de recours amiable mentionnée à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale. / Dans les cas prévus dans la convention mentionnée à l'article L. 262-25 dans lesquels la commission de recours amiable n'est pas saisie, le président du conseil départemental statue, dans un délai de deux mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. Cette décision est motivée ".
9. La convention de gestion du revenu de solidarité active conclue le 18 janvier 2021 entre le département des Hauts-de-Seine et la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine prévoit, en son article 15, que le conseil départemental examine les recours administratifs des allocataires sans soumettre au préalable les dossiers pour avis à la caisse d'allocations familiales. Dans ces conditions, la consultation de cette commission n'était pas obligatoire et le président du conseil départemental pouvait, sans priver M. A D d'une garantie, statuer sur ses recours administratifs sans les soumettre pour avis à la commission de recours amiable. En outre, la décision attaquée n'a pas été prise pour l'application de la convention de gestion et les dispositions de cette convention n'en constituent pas davantage la base légale. Par suite, M. A D n'est pas fondé à soutenir que la décision mettant un indu à sa charge a été prise au terme d'une procédure irrégulière du fait de l'illégalité des stipulations de la convention précitée. Au surplus, d'éventuels vices de procédure dans la procédure de constatation de l'indu sont sans incidence sur le bien-fondé de la créance en litige. Par suite, le moyen tiré du défaut de saisine préalable de la commission de recours amiable instituée par les dispositions précitées, qui est inopérant, doit être écarté.
10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. ".
11. Il résulte de ces dispositions qu'une décision implicite intervenue dans les cas où la décision expresse aurait dû être motivée n'est pas entachée d'illégalité du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Une telle décision ne peut être regardée comme illégale qu'en l'absence de communication de ses motifs dans le délai d'un mois par l'autorité saisie. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que M. A D ait sollicité la communication des motifs de la décision par laquelle le département des Hauts-de-Seine a implicitement rejeté son recours administratif préalable obligatoire. M. A D n'est, par suite, pas fondé à soutenir que cette décision serait illégale du seul fait de son absence de motivation. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.
12. En toute état de cause, d'une part, il appartient au tribunal administratif saisi d'une demande dirigée contre une décision suspendant le versement de l'allocation de revenu de solidarité active, radiant le demandeur de la liste des bénéficiaires de cette allocation ou lui refusant l'ouverture des droits au bénéfice de cette allocation, non pas d'apprécier la légalité de cette décision, mais de se prononcer sur les droits du demandeur à cette allocation jusqu'à la date à laquelle il statue compte tenu de la situation de droit ou de fait applicable au cours de cette période. Au vu de ces éléments, il appartient au juge d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision en fixant alors lui-même les droits de l'intéressé, pour la période en litige, à la date à laquelle il statue ou, s'il ne peut y procéder, de renvoyer l'intéressé devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation sur la base des motifs de son jugement. Il en résulte que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation d'un tel acte, en tant qu'il tend à établir l'existence d'un vice propre de cette décision, est inopérant. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions par lesquelles la CAF a mis fin au droit du requérant au RSA ne peut qu'être écarté. D'autre part, la décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre du RSA est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.
13. En l'espèce, les décisions attaquées mentionnent la nature de la prestation indue, c'est-à-dire le RSA et de prime exceptionnelle de fin d'année 2019 et 2020, le montant des sommes réclamées, et le motif de l'indu, à savoir que M. A D, son épouse et ses enfants avaient résidé hors de France au moins depuis 2018. Elles sont, par suite, suffisamment motivées.
14. En troisième lieu, aucune disposition législative ou réglementaire n'imposait à l'administration de communiquer à M. A D les rapports d'enquête établis par les services de la caisse d'allocation familiale à la suite des contrôles qu'elle a diligentés. Par suite, le requérant ne peut utilement soutenir que les décisions contestées sont intervenues à l'issue d'une procédure non contradictoire faute pour lui d'avoir obtenu communication de ces rapports. En tout état de cause, le rapport d'enquête du 17 novembre 2021 précise qu'une procédure contradictoire a été adressée à l'intéressé à la même date.
15. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction que M. E C justifie de sa qualité d'agente de contrôle assermentée. Par suite, le moyen tiré de ce que le contrôleur, auteur du rapport d'enquête, n'était pas régulièrement assermenté, ne peut qu'être écarté.
16. En cinquième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 262-16 du code de l'action sociale et des familles : " Le service du revenu de solidarité active est assuré, dans chaque département, par les caisses d'allocations familiales et, pour leurs ressortissants, par les caisses de mutualité sociale agricole ". Aux termes de l'article L. 262-40 de ce code, dans sa rédaction applicable au litige : " Pour l'exercice de leurs compétences, le président du conseil général, les représentants de l'État et les organismes chargés de l'instruction et du service du revenu de solidarité active demandent toutes les informations nécessaires à l'identification de la situation du foyer : / 1° Aux administrations publiques, et notamment aux administrations financières ; / 2° Aux collectivités territoriales ; / 3° Aux organismes de sécurité sociale, de retraite complémentaire et d'indemnisation du chômage ainsi qu'aux organismes publics ou privés concourant aux dispositifs d'insertion ou versant des rémunérations au titre de l'aide à l'emploi. / Les informations demandées, que ces administrations, collectivités et organismes sont tenus de communiquer, doivent être limitées aux données nécessaires à l'instruction du droit au revenu de solidarité active, à sa liquidation et à son contrôle ainsi qu'à la conduite des actions d'insertion. / () / Les organismes chargés de son versement réalisent les contrôles relatifs au revenu de solidarité active selon les règles, procédures et moyens d'investigation applicables aux prestations de sécurité sociale. () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction applicable au litige : " Le droit de communication permet d'obtenir, sans que s'y oppose le secret professionnel, les documents et informations nécessaires : / 1° Aux agents des organismes de sécurité sociale pour contrôler la sincérité et l'exactitude des déclarations souscrites ou l'authenticité des pièces produites en vue de l'attribution et du paiement des prestations servies par lesdits organismes () ". Aux termes de l'article L. 114-21 du même code : " L'organisme ayant usé du droit de communication en application de l'article L. 114-19 est tenu d'informer la personne physique ou morale à l'encontre de laquelle est prise la décision de supprimer le service d'une prestation ou de mettre des sommes en recouvrement, de la teneur et de l'origine des informations et documents obtenus auprès de tiers sur lesquels il s'est fondé pour prendre cette décision. Il communique, avant la mise en recouvrement ou la suppression du service de la prestation, une copie des documents susmentionnés à la personne qui en fait la demande ".
17. Il résulte de ces dispositions que les caisses d'allocations familiales et les caisses de mutualité sociale agricole, chargées du service du revenu de solidarité active, réalisent les contrôles relatifs à cette prestation d'aide sociale selon les règles, procédures et moyens d'investigation applicables aux prestations de sécurité sociale, au nombre desquels figurent le droit de communication instauré par l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale au bénéfice des organismes de sécurité sociale pour contrôler la sincérité et l'exactitude des déclarations souscrites ou l'authenticité des pièces produites en vue de l'attribution et du paiement des prestations qu'ils servent, ainsi que les garanties procédurales qui s'attachent, en vertu de l'article L. 114-21 du même code, à l'exercice de ce droit par un organisme de sécurité sociale. Il incombe, ainsi, à l'organisme ayant usé du droit de communication, avant la suppression du service de la prestation ou la mise en recouvrement, d'informer l'allocataire à l'encontre duquel est prise la décision de supprimer le droit au revenu de solidarité active ou de récupérer un indu de revenu de solidarité active, tant de la teneur que de l'origine des renseignements qu'il a obtenus de tiers par l'exercice de son droit de communication et sur lesquels il s'est fondé pour prendre sa décision. Cette obligation a pour objet de permettre à l'allocataire, notamment, de discuter utilement leur provenance ou de demander que les documents qui, le cas échéant, contiennent ces renseignements soient mis à sa disposition avant la récupération de l'indu ou la suppression du service de la prestation, afin qu'il puisse vérifier l'authenticité de ces documents et en discuter la teneur ou la portée. Les dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale instituent ainsi une garantie au profit de l'intéressé. Toutefois, la méconnaissance de ces dispositions par l'organisme demeure sans conséquence sur le bien-fondé de la décision prise s'il est établi qu'eu égard à la teneur du renseignement, nécessairement connu de l'allocataire, celui-ci n'a pas été privé, du seul fait de l'absence d'information sur l'origine du renseignement, de cette garantie.
18. En l'espèce, M. A D soutient qu'il n'aurait pas été informé de la mise en œuvre par la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine du droit de communication prévu par les dispositions précitées. Il résulte toutefois de l'instruction, en particulier du rapport d'enquête, établi le 17 novembre 2021, par un agent assermenté de la caisse d'allocations familiales, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que le requérant a bien été informé de la mise en œuvre du droit dévolu à la caisse. En outre, le rapport mentionne les démarches réalisées, notamment les organismes contactés et les comptes bancaires consultés. S'il n'est pas établi que M. A D aurait été informé tant de la teneur que de l'origine des renseignements obtenus par la caisse via l'exercice de son droit de communication, eu égard à la teneur des renseignements, nécessairement connus de M. A D, celui-ci n'a pas été privé, du seul fait de l'absence d'information sur l'origine du renseignement, qu'il a eu, par ailleurs, la possibilité de solliciter auprès de l'agent de contrôle lors de ces échanges, de la garantie instituée par l'article L.114-21 du code de la sécurité sociale. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure résultant de la méconnaissance de son droit à communication et de l'obligation d'informer l'allocataire sur la teneur et de l'origine des informations et documents obtenus par l'administration doit être écarté.
19. En sixième lieu, Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / () / Sauf si le bénéficiaire opte pour le remboursement de l'indu en une seule fois, l'organisme mentionné au premier alinéa procède au recouvrement de tout paiement indu de revenu de solidarité active par retenues sur les montants à échoir. / () / Les retenues mentionnées aux troisième et quatrième alinéas du présent article sont déterminées en application des règles prévues au troisième alinéa de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale. / () ". Aux termes de l'article L. 553-2 du même code : " Tout paiement indu de prestations familiales est récupéré, sous réserve que l'allocataire n'en conteste pas le caractère indu, par retenues sur les prestations à venir ou par remboursement intégral de la dette en un seul versement si l'allocataire opte pour cette solution. A défaut, l'organisme payeur peut, dans des conditions fixées par décret, procéder à la récupération de l'indu par retenues sur les échéances à venir dues (), soit au titre du revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles. () ". Aux termes de l'article L. 553-4 du code la sécurité sociale : " I.- Les prestations familiales sont incessibles et insaisissables sauf pour le recouvrement des prestations indûment versées à la suite d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration de l'allocataire () ". Enfin, aux termes de l'article D. 553-4 du même code : " () En cas d'indus multiples, une seule retenue mensuelle est opérée sur les prestations à échoir. Cette retenue contribue au remboursement du montant de chaque indu, par ordre d'ancienneté, jusqu'à l'extinction de chacune des créances. En cas d'indus constatés à la même date, l'indu dont le montant est le plus faible est recouvré en priorité. ".
20. En l'espèce, le requérant a réalisé de fausses déclarations auprès de la CAF des Hauts-de-Seine et n'a pas rempli ses obligations déclaratives en omettant de déclarer ses séjours et ceux de sa famille hors du territoire français, ce qui a généré un indu de prestations familiales d'un montant de 36 653,53 euros, dont 14 649,06 euros d'indus de RSA, au titre de la période du mois de décembre 2018 au mois de novembre 2021, qui lui a été notifié par un courrier du 1er décembre 2021, qui a fait l'objet d'une procédure de recouvrement par voie de retenue par la CAF des Hauts-de-Seine. Cette dernière ayant procédé par voie de compensation immédiate, le moyen tiré de l'illégalité de la décision de procéder au recouvrement par la voie de retenues en l'absence de notification de dette, inopérant, doit être écarté.
Sur la légalité interne :
21. D'une part, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. () ". Aux termes de l'article R. 262-5 du même code : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. () En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire ". Aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ". Et aux termes de l'article L.121-7 du même code : " Sont à la charge de l'Etat au titre de l'aide sociale : () 3° Les aides de fin d'année qui peuvent être accordées par l'Etat aux allocataires du revenu de solidarité active ainsi qu'aux bénéficiaires de certaines allocations mentionnées à l'article L. 5423-24 du code du travail ou se substituant à ces dernières ; () ".
22. D'autre part, aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre ". Aux termes de l'article R. 842-1 du même code : " Pour l'application de l'article L. 842-1, est considérée comme résidant en France de manière stable et effective la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. Les séjours hors de France qui résultent des contrats mentionnés aux articles L. 262-34 ou L. 262-35 du code de l'action sociale et des familles ou du projet personnalisé d'accès à l'emploi mentionné à l'article L. 5411-6-1 du code du travail ne sont pas pris en compte dans le calcul de cette durée ".
23. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'enquête de la CAF des Hauts-de-Seine du 17 novembre 2021, que les décisions attaquées ont pour origine les séjours prolongés hors de France du requérant à compter de 2018, révélés à la faveur d'un contrôle de sa situation par la CAF, à raison de 308 en 2018, 284 jours en 2019, 151 jours en 2020 et 215 jours en 2021. Le requérant ne fournit aucune pièce ou justification susceptible de justifier de sa présence en France au cours des périodes litigieuses. Passant plus de trois mois par année civile à l'étranger, il ne pouvait donc prétendre au versement du revenu de solidarité active. En outre, il n'est pas contesté que l'intéressé a également omis de déclarer, alors qu'il le devait en application de l'article R. 262-8 du code de l'action sociale et des familles, la résidence à l'étranger de son épouse et de trois de ses enfants. Dans ces conditions, la caisse d'allocations familiales a pu recalculer les droits au versement du revenu de solidarité active dont bénéficiait M. A D, dans des proportions qui ne sont pas contestées, en tenant compte des mois civils complets où il était présent sur le territoire. Par suite, en application des dispositions précités aux points 21 et 22, la CAF des Hauts-de-Seine a pu légalement mettre à la charge de M. A D les indus de RSA en litige, et mettre fin à son droit à la perception de ces allocations.
24. Il résulte de l'instruction, comme de ce qui a été dit au point 21, que M. A D ne pouvant percevoir le revenu de solidarité active entre 2018 et 2022, il ne remplissait pas les conditions d'octroi de la prime exceptionnelle de fin d'année. Il s'ensuit que M. A D n'est pas fondé à demander l'annulation des indus de prime exceptionnelle de fin d'année en litige.
25. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. A D doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A D est rejetée.
Article 2 : La caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine est mise hors de cause s'agissant des conclusions relatives à l'indu de revenu de solidarité active.
Article 3 : Le département des Hauts-de-Seine est mis hors de cause s'agissant des conclusions relatives aux indus de prime exceptionnelle de fin d'année.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A D, au département des Hauts-de-Seine et au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées.
Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juillet 2020.
Le magistrat désigné,
signé
M. Poyet
La greffière,
signé
M.-J. Ambroise
La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026