Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2217218

mardi 23 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2217218
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 décembre 2022, M. B A, représenté par Me Harelimana, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 juin 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a retiré sa carte de résident, valable jusqu'au 10 mai 2024, et lui a délivré une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " valable un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une carte de résident, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris au terme d'une procédure irrégulière, d'une part, en l'absence de saisine du maire de sa commune de résidence en application des dispositions de l'article L. 314-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et, d'autre part, en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur de fait sur la menace à l'ordre public que son comportement représente ;

- il méconnaît les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 décembre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Bertoncini a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant égyptien né le 24 février 1978, entré en France le 28 avril 2011, a été mis en possession d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " à compter du 11 mai 2011, laquelle a été régulièrement renouvelée, jusqu'à ce qu'il se voit délivrer une carte de résident, valable du 11 mai 2014 au 10 mai 2024. Par un arrêté du 15 juin 2022, dont M. A demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine lui a retiré sa carte de résident, valable jusqu'au 10 mai 2024, et lui a délivré une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " valable un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Si un étranger qui ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion en application des articles L. 631-2 ou L. 631-3 est titulaire d'une carte de résident cette dernière peut lui être retirée s'il fait l'objet d'une condamnation définitive sur le fondement des articles 433-3, 433-4, des deuxième à quatrième alinéas de l'article 433-5, du deuxième alinéa de l'article 433-5-1 ou de l'article 433-6 du code pénal. / Une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " lui est alors délivrée de plein droit. "

3. Pour retirer la carte de résident de M. A, le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé sur les dispositions précitées de l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sur le motif que son comportement constitue une menace pour l'ordre public dès lors que l'intéressé a été convoqué au tribunal judiciaire de Nanterre le 7 septembre 2022 pour des faits de violence sans incapacité, en présence d'un mineur, par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par une pacte civil de solidarité. Toutefois, alors que M. A produit un jugement du tribunal judiciaire en date du 7 septembre 2022 le déclarant non coupable de ces faits et le relaxant, le préfet des Hauts-de-Seine ne produit aucun élément de nature à établir la matérialité des faits reprochés à l'intéressé. Le préfet ne produit pas davantage d'éléments relatifs au comportement de l'intéressé, de nature à démontrer que sa présence en France serait de nature à représenter une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, alors au demeurant que les faits pour lesquels le requérant a été poursuivi n'ont pas donné lieu à une condamnation définitive pour les délits prévus par le code pénal auquel renvoie l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. A est fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de fait sur la menace à l'ordre public que son comportement représente. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, le requérant est fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 15 juin 2022.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

4. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement n'implique pas que le préfet des Hauts-de-Seine délivre une nouvelle carte de résident à M. A mais lui restitue sa carte de résident, expirant le 10 mai 2024. Ainsi, il y a lieu d'enjoindre au préfet de ce département de procéder à cette restitution dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens. En revanche, la présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine en date du 15 juin 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de restituer à M. A sa carte de résident, expirant le 10 mai 2024, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 27 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

Mme Saïh, première conseillère,

Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 avril 2024.

Le président-rapporteur,

signé

T. BertonciniL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

signé

Z. Saïh

La greffière,

signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.