Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2217299

mardi 16 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2217299
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I- Par une requête enregistrée le 22 octobre 2022, sous le n° 2214468, M. D C, représenté par Me Kessentini, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 octobre 2022 du préfet des Hauts-de-Seine portant remise aux autorités espagnoles et rétention de ses documents d'identité ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de rétention des documents d'identité est illégale, dès lors qu'il ne représente pas une menace à l'ordre public ;

- l'arrêté est entaché d'un défaut d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier ;

- il est entaché d'erreurs de fait ;

- il viole le principe du contradictoire garanti notamment par l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;

- il est entaché d'une erreur de droit en ce qu'il méconnaît le règlement 187/2006 du parlement européen et du conseil du 20 décembre 2006 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen ainsi que le règlement 2016/399 du parlement européen et du conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes ;

- il viole la présomption d'innocence.

Par un mémoire enregistré le 24 janvier 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

II- Par une requête enregistrée le 21 décembre 2022, sous le n° 2217299, M. D C, représenté par Me Kessentini, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 décembre 2022 du préfet des Hauts-de-Seine portant remise aux autorités espagnoles et obligation de quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de l'admettre au séjour dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour ;

3°) de condamner l'État à verser à son conseil la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'un défaut d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier ;

- il est entaché d'erreurs de fait ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;

- il est entaché d'une erreur de droit au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 24 janvier 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement 187/2006 du parlement européen et du conseil du 20 décembre 2006 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen ;

- le règlement 2016/399 du parlement européen et du conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Viain, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien né le 10 juin 1982 en Algérie déclarant être entré en France en 2014, a été interpellé une première fois le 19 octobre 2022 pour des faits de violences volontaires en réunion et avec arme par destination et une seconde fois le 19 décembre 2022 pour menaces verbales et placé en garde-à-vue. L'intéressé étant titulaire d'un titre de séjour espagnol, le préfet des Hauts-de-Seine a pris à son encontre deux arrêtés du 20 octobre 2022 et du 19 décembre 2022, portant tous deux obligation de quitter le territoire français et remise aux autorités espagnoles. Par les requêtes susvisées, M. C demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n°2214468 et n°2217299, présentées par M. C, concernent la situation d'un même étranger. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 20 octobre 2022 :

3. En premier lieu, l'arrêté litigieux a été signé par Mme B, adjointe au chef du bureau des examens spécialisés et de l'éloignement de la préfecture des Hauts-de-Seine, qui disposait d'une délégation de signature aux fins de signer, notamment, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et remises aux autorités d'un pays membre de l'Union européenne, consentie par un arrêté PCI n° 2022-090 du 4 octobre 2022 et régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture des Hauts-de-Seine le 5 octobre 2022. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions légales et conventionnelles sur lesquelles il se fonde, notamment l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il décrit la situation de M. C, en particulier le fait qu'il soit entré en France muni d'un titre de séjour espagnol et qu'il s'y soit maintenu plus de trois mois sans justifier de ressources suffisantes. Dans ces conditions, la décision portant refus de titre de séjour, qui comporte la mention des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, et qui n'avait pas à indiquer que le requérant disposait de ressources suffisantes pour visiter son frère, ce qui n'est au demeurant pas établi, est suffisamment motivée et ne méconnaît pas les stipulations des articles L.211-2 et L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration, dont le respect s'apprécie indépendamment des motifs retenus. Par ailleurs, il ressort de cette motivation que le préfet des Hauts-de-Seine s'est livré à un examen particulier de la situation de l'intéressé.

5. En troisième lieu, si l'arrêté attaqué mentionne que le requérant s'appelle " Mohamed " C écrit avec un seul " m " et qu'il dispose d'un titre de séjour italien, il est manifeste, au vu de l'ensemble de la motivation de l'acte en cause, que ces mentions constituent des simples erreurs de plume qui, pour regrettables qu'elles soient, sont sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué, qui porte bien, au surplus, remise aux autorités espagnoles et non italiennes.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ".

7. Il résulte des dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution de la décision par laquelle l'autorité administrative signifie à un étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. Dès lors, l'article L. 121-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ne saurait être utilement invoqué à l'encontre d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. En tout état de cause, il n'est ni établi ni même allégué, que M. C ait sollicité, sans réponse, un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'il ait été empêché de présenter ses observations avant que ne soit pris l'arrêté en litige. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal de son audition du 20 octobre 2022 par les services de police, que le requérant a pu présenter ses observations avant l'édiction de la mesure en litige. Le moyen tiré du non-respect du principe du contradictoire posé par l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration doit donc être écarté.

8. En cinquième lieu, dès lors que pour remettre M. C aux autorités espagnoles et l'obliger à quitter le territoire français, le préfet des Hauts-de-Seine ne s'est pas fondé sur la circonstance que son comportement constituerait une menace pour l'ordre public, le moyen tiré de ce qu'il a commis une erreur d'appréciation en lui opposant un tel motif ne peut qu'être écarté.

9. En sixième lieu, si le requérant soutient que le préfet des Hauts-de-Seine aurait porté une atteinte disproportionnée à sa situation personnelle, il n'assortit cette allégation d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, le moyen doit être écarté.

10. En septième lieu, si le requérant soutient que l'arrêté méconnaîtrait le règlement 187/2006 du parlement européen et du conseil du 20 décembre 2006 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen ainsi que le règlement 2016/399 du parlement européen et du conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes, il n'assortit cette allégation d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, le moyen doit être écarté. Par ailleurs, l'arrêté n'a pas, en tout état de cause, été pris en violation du principe de présomption d'innocence, dès lors que le préfet des Hauts-de-Seine ne s'est pas fondé sur la circonstance que M. C aurait troublé l'ordre public et, en particulier, qu'il aurait commis une infraction pénale.

11. En huitième et dernier lieu, le requérant ne saurait utilement faire valoir que la décision de rétention de ses documents d'identité est illégale du fait qu'il ne représenterait pas une menace à l'ordre public, dès lors que le préfet des Hauts-de-Seine ne s'est pas fondé sur ce motif pour décider de retenir ses documents d'identité.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 20 octobre 2022 doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 19 décembre 2022 :

13. En premier lieu, l'arrêté litigieux a été signé par M. A, adjoint au chef du bureau des examens spécialisés et de l'éloignement de la préfecture des Hauts-de-Seine, qui disposait d'une délégation de signature aux fins de signer, notamment, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et remises aux autorités d'un pays membre de l'Union européenne, consentie par un arrêté PCI n° 2022-097 du 30 novembre 2022 et régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture des Hauts-de-Seine le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué ne peut qu'être écarté.

14. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions légales et conventionnelles sur lesquelles il se fonde, notamment l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il décrit la situation de M. C, en particulier le fait qu'il soit entré en France muni d'un titre de séjour espagnol et qu'il s'y soit maintenu plus de trois mois sans justifier de ressources suffisantes. Dans ces conditions, la décision portant refus de titre de séjour, qui comporte la mention des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, et qui n'avait pas à indiquer que le requérant, ce qui n'est au demeurant pas établi, disposait de ressources suffisantes pour visiter son frère, est suffisamment motivée et ne méconnaît pas les stipulations des articles L.211-2 et L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration, dont le respect s'apprécie indépendamment des motifs retenus. Par ailleurs, il ressort de cette motivation que le préfet des Hauts-de-Seine s'est livré à un examen particulier de la situation de l'intéressé.

15. En troisième lieu, si le requérant soutient que c'est à tort que l'arrêté affirme que, dépourvu de passeport, il n'est pas entré régulièrement en France, ce moyen manque en fait, une telle circonstance n'ayant pas été relevée par le préfet.

16. En quatrième et dernière lieu, si M. C soutient que l'arrêté litigieux est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, porterait une atteinte disproportionnée à sa situation et méconnaîtrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'assortit ces allégations d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Ces moyens doivent dès lors être écartés.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 19 décembre 2022 doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1 : Les requêtes de M. C sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président ;

M. Viain, premier conseiller ;

Mme Froc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 avril 2024.

Le rapporteur,

signé

T. VIAIN

Le président,

signé

C. HUON

La greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2214468 et N°2217299