Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2217329
mardi 2 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2217329 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème Chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête, enregistrée le 20 décembre 2022 sous le numéro 2217329, M. B A, représentée par Me Pacheco, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision implicite par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin à ses conditions matérielles d'accueil à compter septembre 2022, révélée par l'arrêt des versements de l'allocation pour demandeur d'asile à compter de cette date ;
3°) d'enjoindre à l'OFII de le rétablir dans ses droits aux conditions matérielles d'accueil avec effet rétroactif, dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'OFII le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à son bénéfice, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative si le bénéfice de l'aide juridictionnelle ne lui était pas accordée.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été prise en méconnaissance des dispositions des articles L. 551-15, L. 551-16, D. 551-17 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il ne s'est pas vu notifier une décision expresse de cessation des conditions matérielles d'accueil ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 551-6, L. 522-1, L. 522-8 et D. 551- 18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que son état de vulnérabilité n'a pas été pris en compte ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 511-16, L. 522-1 à L. 522-4 et D. 551.18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'un vice de procédure, dès lors que l'OFII n'a pas procédé à une évaluation de sa vulnérabilité.
La requête a été communiquée à l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Les parties ont été informées, par un courrier du 7 juin 2024, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête à fin d'annulation de la décision implicite mettant fin aux conditions matérielles d'accueil dont M. A bénéficiait ainsi que sur les conclusions accessoires à fin d'injonction sous astreinte, dès lors que par une décision du 17 janvier 2023, la directrice territoriale de Montrouge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a expressément mis fin aux conditions matérielles d'accueil dont M. A bénéficiait, laquelle s'est ainsi substituée à la décision implicite contestée.
Par une décision du 5 juin 2023 du bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
II. Par une requête enregistrée le 3 février 2023 sous le numéro 2301474, et deux mémoires complémentaires, enregistrés les 18 mars et 9 mai 2024, M. B A, représentée par Me Pacheco, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision en date du 17 janvier 2023 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin à ses conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre au directeur de l'OFII de le rétablir dans ses droits aux conditions matérielles d'accueil avec effet rétroactif, dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'OFII le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à son bénéfice, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative si le bénéfice de l'aide juridictionnelle ne lui était pas accordée.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que celles de l'article 20.1 de la directive " Accueil " n°2013/33/UE du 26 juin 2013 s'agissant du non-respect des " exigences des autorités chargées de l'asile " et des obligations consenties lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle au regard de sa vulnérabilité, d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions des articles L. 551-6, L. 522-1, L. 522-8 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'un vice de procédure en l'absence d'évaluation de sa vulnérabilité et méconnaît les dispositions des articles L. 511-16, L. 522-1 à L. 522-4 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 14 et 21 mars 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par une décision du 26 juin 2023 du bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la directive n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Saïh a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant guinéen né le 16 août 1999, a présenté une demande d'asile qui a été enregistrée en procédure dite " Dublin " par les services de la préfecture de police de Paris le 22 avril 2022. Le 27 avril suivant, il a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et en a bénéficié à compter de cette date. Par un arrêté en date du 20 mai 2022, le préfet de police a décidé son transfert aux autorités espagnoles, responsables de l'examen de sa demande d'asile. Au cours du mois de septembre 2022, la directrice territoriale de Montrouge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a implicitement mis fin à son droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 17 janvier 2023, la direction territoriale de Montrouge de l'OFII a mis fin à son droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par la requête, enregistrée sous le numéro 2217329, M. A demande l'annulation de la décision par laquelle la directrice territoriale de Montrouge de l'OFII a implicitement mis fin au bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil. Par la requête, enregistrée sous le numéro 2301474, M. A demande au tribunal d'annuler la décision du 17 janvier 2023 portant cessation de ses conditions matérielles d'accueil.
2. Les requêtes n°s 2217329 et 2301474 présentées par M. A présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul et même jugement.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
3. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décisions des 5 et 26 juin 2023. Il n'y a pas lieu, par suite, de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle dans chacune des deux requêtes.
Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction de la requête n°2217329
4. Par une décision du 17 janvier 2023, la directrice territoriale de Montrouge de l'OFII a expressément mis fin aux conditions matérielles d'accueil dont M. A bénéficiait. Cette décision expresse s'est substituée, postérieurement à l'introduction de la requête n°2217329, à la décision implicite mettant fin aux conditions matérielles d'accueil dont l'intéressé bénéficiait, laquelle était révélée par l'arrêt des versements de l'allocation pour demandeur d'asile à compter de septembre 2022. Dans ces conditions, les conclusions de la requête aux fins d'annulation de cette décision implicite et d'injonction sous astreinte sont devenues sans objet. Il n'y a, dès lors, plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de l'OFII du 17 janvier 2023 :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale. ". Aux termes de l'article R. 522-1 du même code : " L'appréciation de la vulnérabilité des demandeurs d'asile est effectuée par les agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en application de l'article L. 522-1, à l'aide d'un questionnaire dont le contenu est fixé par arrêté des ministres chargés de l'asile et de la santé. / (). ". Aux termes de l'article L. 551-16 du même code : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 3o Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. () ". Aux termes de l'article L. 551-18 du même code : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ".
6. Il résulte de ces dispositions que l'entretien personnel au cours duquel l'Office français de l'immigration et de l'intégration évalue la vulnérabilité du demandeur d'asile est effectué au moment du dépôt de la demande et que, le cas échéant, si des besoins particuliers se manifestent à une étape ultérieure de la procédure, ils sont pris en compte.
7. En l'espèce, d'une part, il ressort des pièces du dossier, notamment du formulaire d'offre de prise en charge de l'OFII signé par le requérant le 27 avril 2022 que le requérant a certifié avoir été évalué par un agent de l'OFII, dans une langue qu'il comprend et avec le concours d'un interprète et qu'ainsi, un entretien s'est tenu lorsque sa demande d'asile a été enregistrée en guichet unique en vue de l'évaluation de sa vulnérabilité. D'autre part, si l'article L. 522-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit qu'un entretien doit se tenir avec l'étranger qui a déposé une demande d'asile afin d'évaluer sa vulnérabilité et de déterminer ses besoins avant que l'OFII ne statue sur son éligibilité aux conditions matérielles d'accueil, ces dispositions ne sauraient être lues comme imposant qu'un nouvel entretien ait lieu pour l'instruction d'une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil lorsque celles-ci ont été suspendues ou retirées. Enfin, il ne ressort ni des termes de la décision contestée, ni des pièces du dossier, que la directrice territoriale de l'OFII à Montrouge se serait abstenu d'examiner la situation de vulnérabilité de M. A avant de refuser de rétablir les conditions matérielles d'accueil dont il avait antérieurement bénéficié. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle au regard de sa vulnérabilité, qu'elle méconnaitrait les dispositions des articles L. 551-6, L. 522-1, L. 522-8 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à son état de vulnérabilité.
8. En deuxième lieu, M. A ne produit aucun élément permettant de le regarder comme étant dans une situation de vulnérabilité particulière. Par suite, les moyens tirés du vice de procédure et de ce que la décision attaquée méconnaitrait les dispositions des articles L. 511-16, L. 522-1 à L. 522-4 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
9. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes () ".
10. Il ressort des mentions de la décision attaquée que, pour mettre fin aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficiait M. A, l'OFII s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités. Le directeur général de l'OFII produit une fiche renseignée par les services de la préfecture de police, qui mentionne qu'il ne s'est pas présenté à une convocation du 6 septembre 2022 et une convocation du 13 septembre 2022, et qu'en raison de ces deux absences à des convocations, il a été déclaré en fuite le 13 septembre 2022. Au regard de ces éléments produits par le directeur général de l'OFII, en se bornant à soutenir qu'il n'était absent qu'au seul entretien du 13 septembre 2022 pour des raisons médicales en produisant un certificat médical daté du 16 septembre 2022 et qu'il a respecté l'ensemble de ses obligations, M. A n'établit pas qu'il aurait respecté les exigences des autorités en charge de l'asile. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 doivent être écartés.
11. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée du 17 janvier 2023
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. A doivent être rejetées.
Sur les frais des instances :
En ce qui concerne la requête n°2217329 :
13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la sommes réclamée par M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
En ce qui concerne la requête n°2301474 :
14. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'OFII, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais liés à cette instance.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire dans les requêtes n°2217329 et 2301474.
Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction sous astreinte de la requête n°2217329.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête n°2217329, ensemble la requête n°2301474, sont rejetés.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Pacheco et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 12 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Bertoncini, président,
Mme Saïh, première conseillère,
M. Eustache, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.
La rapporteure,
signé
Z. Saïh
Le président,
signé
T. BertonciniLa greffière,
signé
N. Magen
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2 et 2301474
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