Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2217331

mardi 23 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2217331
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés respectivement les 20 décembre 2022 et 20 juillet 2023, M. A B, représenté par Me Guillou, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet résultant du silence gardé par le préfet du Val-d'Oise sur la demande qu'il a déposée le 4 mai 2022 et tendant à la délivrance d'un titre de séjour ;

2°) d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour, intervenue quatre mois après la délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour le 20 janvier 2023 ;

3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois jours à compter de cette notification et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'illégalité dès lors que le préfet du Val-d'Oise ne lui en a pas communiqué les motifs dans le délai d'un mois suivant ses demandes ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mars 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au non-lieu à statuer sur la requête.

Il fait valoir que la requête a perdu son objet dès lors que le requérant s'est vu remettre un récépissé valable du 8 février 2024 au 7 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Bertoncini a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 7 février 1981, entré en France en 2007 selon ses déclarations, a déposé, le 4 mai 2022, une demande d'admission exceptionnelle au séjour auprès des services de la préfecture du Val-d'Oise. Le 20 janvier 2023, l'intéressé s'est vu délivrer un récépissé de demande de carte de séjour. A l'appui de sa requête, M. B demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet résultant du silence gardé par le préfet du Val-d'Oise sur la demande qu'il a déposée le 4 mai 2022 et la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour, intervenue quatre mois après la délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour le 20 janvier 2023.

Sur l'exception de non-lieu :

2. Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. / () ".

3. En application de ces dispositions, le silence gardé pendant plus de quatre mois par le préfet du Val-d'Oise sur la demande de titre de séjour présenté par M. B le 4 mai 2022 a fait naître une décision implicite de rejet de cette demande, le 4 septembre suivant. A cet égard, la circonstance que, postérieurement, le préfet du Val-d'Oise a délivré un récépissé à M. B, le 20 janvier 2023, qui a été renouvelé, n'a pas eu pour effet de saisir l'autorité administrative d'une nouvelle demande de titre de séjour, qui aurait fait l'objet d'une nouvelle décision implicite de rejet au terme d'un nouveau délai de quatre mois. Ce faisant le requérant doit être regardé comme demandant l'annulation de la seule décision implicite de rejet née le 4 septembre 2022. En outre, alors même que le préfet du Val-d'Oise lui a délivré un récépissé de demande de titre de séjour le 8 février 2024 valable jusqu'au 7 mai 2024, cette décision n'a ni pour objet ni pour effet, même implicite, d'abroger le précédent refus de titre de séjour. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de la requête n'ont pas perdu leur objet et l'exception de non-lieu à statuer opposée par le préfet du Val-d'Oise doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B a demandé, par un courrier du 19 octobre 2022, reçu par les services de la préfecture du Val-d'Oise le 21 octobre suivant, la communication des motifs de la décision de rejet de sa demande de titre de séjour, née du silence gardé par le préfet du Val-d'Oise pendant plus de quatre mois sur sa demande présentée le 4 mai 2022. Dès lors que l'administration ne lui a pas communiqué les motifs de la décision implicite de rejet dans le délai d'un mois prévu par les dispositions précitées de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, cette décision est entachée d'illégalité et doit être annulée pour ce motif.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision implicite du 4 septembre 2022 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour, ainsi que, par voie de conséquence, d'une décision.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique seulement que le préfet du Val-d'Oise procède à un nouvel examen de la demande de M. B dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la requête présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La décision implicite de rejet de la demande de délivrance d'un titre de séjour présentée par M. B le 4 mai 2022, née du silence gardé pendant plus de quatre mois par le préfet du Val-d'Oise sur cette demande, est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise, de procéder au réexamen de la situation de Mme B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 27 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

Mme Saïh, première conseillère,

Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 avril 2024.

Le président-rapporteur,

signé

T. BertonciniL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

signé

Z. Saïh

La greffière,

signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.