mercredi 17 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2217332 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre (JU) |
| Avocat requérant | LEFAURE |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête, enregistrée le 20 décembre 2022 sous le numéro 2217332, et des mémoires enregistrés le 22 décembre 2023 et le 8 janvier 2024, M. B A, représenté par Me Lefaure, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 24'788,72 euros en réparation des préjudices résultant du refus du préfet des Hauts-de-Seine de lui prêter le concours de la force publique pour l'exécution de la décision de justice du 24 janvier 2022 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) de condamner l'Etat aux entiers dépens.
Il soutient que :
- la responsabilité de l'Etat est engagée en raison du refus du préfet de lui accorder le concours de la force publique pour procéder à l'expulsion des occupants sans titre du logement dont il est propriétaire à compter du 16 août 2022 et jusqu'au 29 novembre 2023, date de constatation de la libération des lieux ;
- le préjudice subi s'élève à 24'788,72 euros comprenant les loyers et charges dus pendant la période allant du 16 août 2022 au 29 novembre 2023 pour un montant de 11 612,90 euros, les frais de remise en état de l'appartement pour un montant de 10 538 euros, les frais de procédure pour un montant de 2 157,82 euros et les honoraires d'avocat pour un montant de 480 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 janvier 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut à la limitation de l'indemnisation à 3 096,78 euros.
Il soutient que la période de responsabilité de l'État s'établit du 16 août au 19 décembre 2022, date d'arrêt des comptes mentionnée dans la requête initiale.
II. Par une seconde requête, enregistrée le 20 septembre 2023 sous le numéro 2312715, M. B A, représenté par Me Lefaure, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite du 21 août 2023 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui octroyer le concours de la force publique suite à sa demande itérative enregistrée le 21 juin 2023 en vue de l'expulsion des occupants sans droit ni titre du logement sis 11 rue Haute à Rueil-Malmaison ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer l'exécution de la décision de justice du 24 janvier 2022, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle méconnait les dispositions des articles L. 153-1 et R. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution ;
- elle porte une atteinte excessive à son droit de propriété ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine qui n'a pas produit de mémoire.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des procédures civiles d'exécution ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Chaufaux en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Chaufaux, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A est propriétaire d'un logement situé dans un immeuble sis 11 rue Haute à Rueil-Malmaison, qui a été loué à deux particuliers en vertu d'un contrat de bail à usage d'habitation en date du 1er novembre 2016. Par une ordonnance du 24 janvier 2022, le tribunal de proximité de Puteaux a notamment constaté l'acquisition de la clause résolutoire de ce contrat à compter du 16 septembre 2021 et ordonné l'expulsion des locataires ainsi que celle de tous les occupants de leur chef, au besoin avec le concours de la force publique, à l'expiration d'un délai de deux mois suivant la signification d'un commandement de quitter les lieux. Un commandement de quitter les lieux a été émis le 21 mars 2022. Le concours de la force publique en vue de l'exécution de ce jugement a été requis le 15 juin 2022, demande réitérée par voie d'huissier le 29 août 2022 et par courriel le 21 juin 2023. A défaut de réponse à sa demande initiale dans le délai de deux mois, M. A a formulé le 2 septembre 2022 auprès du préfet des Hauts-de-Seine une demande indemnitaire préalable. Par un procès-verbal en date du 29 novembre 2023, la libération des lieux a été constatée par huissier de justice. Par une première requête enregistrée sous le n°2217332, M. A demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 24'788,72 euros en réparation de l'ensemble des préjudices résultant du refus d'octroi de la force publique pour la période allant du 16 août 2022 au 29 novembre 2023. Par une seconde requête enregistrée sous le n°2312715, M. A demande l'annulation de la décision implicite du préfet des Hauts-de-Seine refusant l'octroi de la force publique en date du 22 août 2023.
2. Les requêtes susvisées enregistrées sous les numéros 2217332 et 2312715 présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un seul et même jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 21 août 2023 :
3. Aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " L'État est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'État de prêter son concours ouvre droit à réparation ". Aux termes de l'article R. 153-1 du même code : " Si l'huissier de justice est dans l'obligation de requérir le concours de la force publique, il s'adresse au préfet. / () / Toute décision de refus de l'autorité compétente est motivée. Le défaut de réponse dans un délai de deux mois équivaut à un refus. / () ".
4. Il résulte de ces dispositions que le représentant de l'État, saisi d'une demande en ce sens, doit prêter le concours de la force publique en vue de l'exécution des décisions de justice ayant force exécutoire. Seules des considérations impérieuses tenant à la sauvegarde de l'ordre public, ou des circonstances postérieures à une décision de justice ordonnant l'expulsion d'occupants d'un local, faisant apparaître que l'exécution de cette décision serait de nature à porter atteinte à la dignité de la personne humaine, peuvent légalement justifier, sans qu'il soit porté atteinte au principe de la séparation des pouvoirs, le refus de prêter le concours de la force publique.
5. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a, à plusieurs reprises, demandé au préfet des Hauts-de-Seine le concours de la force publique en vue de l'exécution de la décision de justice du 24 janvier 2022. A défaut de réponse du préfet dans un délai de deux mois, des décisions implicites de refus sont nées, la dernière en date du 21 août 2023, dont M. A demande l'annulation. Ainsi que le soutient M. A, et faute de toute défense de la part du préfet des Hauts-de-Seine, une telle décision doit être regardée comme prise en méconnaissance des dispositions précitées du code des procédures civiles d'exécution dès lors qu'elle n'est justifiée par aucune considération tenant à l'ordre public ou au respect de la dignité de la personne publique.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens, que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision du 21 août 2023 doivent être accueillies.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Il résulte de l'instruction que les occupants du logement sis 11 rue Haute à Rueil-Malmaison, dont la décision du tribunal de proximité de Puteaux du 24 janvier 2022 a prononcé l'expulsion, ont libéré les lieux. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'injonction.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :
8. Aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " L'Etat est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'Etat de prêter son concours ouvre droit à réparation. () ".
9. Tout justiciable nanti d'une décision de justice exécutoire est en droit d'obtenir, si nécessaire, que l'État lui apporte l'assistance de la force publique pour son exécution. L'État ne peut légalement refuser de prêter le concours de la force publique que si l'exécution forcée de la décision de justice est de nature à porter à l'ordre public des troubles d'une exceptionnelle gravité. L'autorité de police dispose, sous réserve de l'application éventuelle de l'article L. 412-6, d'un délai de deux mois pour assurer l'exécution forcée d'un jugement d'expulsion et, passé ce délai, le justiciable nanti d'un tel jugement est en droit d'obtenir la réparation intégrale des préjudices dont l'inexécution de la décision de justice est à l'origine.
10. Il résulte de l'instruction que le concours de la force publique a été sollicité le 15 juin 2022 en vue de l'exécution de l'ordonnance du 24 janvier 2022 du tribunal de proximité de Puteaux. Il n'est pas contesté que le concours de la force publique n'a pas été octroyé. Par suite, compte tenu du délai normal de deux mois dont dispose l'administration pour exercer son action, la responsabilité de l'État s'est trouvée engagée à compter du 15 août 2022 et jusqu'au 29 novembre 2023, date de constatation par huissier de justice de la libération des lieux.
En ce qui concerne les préjudices :
S'agissant du préjudice locatif :
11. Il résulte de l'instruction que le préjudice locatif du requérant correspond à la perte du loyer mensuel, augmenté des charges incombant au locataire, au cours de la période de responsabilité du 15 août 2022 au 29 novembre 2023. Il y a ainsi lieu de fixer le montant de l'indemnité due à ce titre à la somme de 11 636,30 euros.
S'agissant des autres préjudices :
12. En premier lieu, si M. A soutient qu'il est contraint de faire réaliser des travaux de remise en état de l'appartement libéré pour un montant de 10 538 euros, il ne produit aucun élément susceptible d'établir que les dégradations du logement auraient été commises pendant la période de responsabilité de l'Etat et seraient ainsi directement imputables au refus du préfet des Hauts-de-Seine de lui accorder le concours de la force publique. Par suite, la demande de réparation de ce préjudice doit être écartée.
13. En deuxième lieu, les frais de procédure ne peuvent donner lieu à indemnisation que s'ils ont été engagés pendant la période de responsabilité de l'Etat, s'ils sont justifiés et s'ils ont été rendus nécessaires par le refus de concours de la force publique. Il s'ensuit que M. A est fondé à demander le paiement de la somme de 371,50 euros au titre des itératives réquisitions d'octroi de la force publique ordonnées par voie d'huissier instrumentaire le 29 août 2022 et le 20 juin 2023, ainsi que les relances de la préfecture ayant le même objet en date du 20 septembre 2022, du 11 avril 2023 et du 26 juillet 2023. A l'inverse, les frais engendrés pour l'établissement du procès-verbal d'expulsion et de constat d'état des lieux du bien ainsi que la citation en audience de saisie des rémunérations ne sont pas directement liés à ce refus. Enfin, dès lors que les actes effectués par huissier de justice liés directement au refus d'octroi de concours de la force publique donnent lieu à une indemnisation, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande d'indemnisation des frais de représentation de ce dernier.
14. En dernier lieu, dès lors que le requérant présente des conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le préjudice né de la rédaction de la demande indemnitaire préalable adressée au préfet des Hauts-de-Seine est intégralement réparé par la décision prise par le présent jugement sur ce fondement. Il s'ensuit que le requérant, n'est pas fondé à demander le versement d'une indemnité au titre de ces frais de procédure.
15. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'évaluer à la somme de 12'007,80 euros le préjudice subi par le requérant à raison du refus de concours de la force publique.
Sur la subrogation :
16. Il y a lieu de subordonner le versement de l'indemnité allouée à la subrogation de l'État dans les droits que détient M. A à l'encontre de l'occupant du logement en cause, à raison de l'occupation indue pendant la période de responsabilité de l'État, dans la limite du montant de l'indemnité mise à sa charge à ce titre par le présent jugement.
Sur les frais du litige :
17. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
D E C I D E:
Article 1er : La décision du 21 août 2023 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de prêter le concours de la force publique pour assurer l'exécution de l'ordonnance du tribunal de proximité de Puteaux du 24 janvier 2022 est annulée.
Article 2 : L'Etat est condamné à verser à M. A une somme de 12'007,80 euros.
Article 3 : Le paiement de cette indemnité est subordonné à la subrogation de l'Etat dans les droits de M. A à l'encontre des occupants du logement en cause, durant la période de responsabilité de l'Etat, à concurrence du montant de cette indemnité.
Article 4 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juillet 2024.
La magistrate désignée,
signé
E. ChaufauxLa greffière,
signé
S. Le Gueux
La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2 et 2312715
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026