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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2217399

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2217399

mardi 28 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2217399
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantLEPETIT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 décembre 2022, M. A D, représenté par Me Lepetit, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° 2022-0631 du 8 juillet 2022 lequel le préfet du Val-d'Oise a prononcé la saisie immédiate de ses armes et munitions et lui a interdit d'acquérir des armes et munitions de toute catégorie ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de restituer les armes, munitions et accessoires à M. D ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- le préfet s'est fondé sur des faits erronés ; aucun élément ne démontre que son comportement présenterait un danger grave et immédiat pour lui-même ou pour autrui ; il produit des éléments justifiant que son état de santé est compatible avec la détention d'armes ; la décision du préfet est dès lors également entachée d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mai 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bertoncini,

- les conclusions de M. Boriès, rapporteur public,

- et les observations de Mme C représentant le préfet du Val-d'Oise.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, né le 23 avril 1975 à Bourg-la-Reine, est détenteur de treize carabines, quatre pistolets dont deux à plombs, un révolver, un canon, un fusil à pompe, ainsi que plusieurs tasers et matraques télescopiques. Suite à l'intervention des services de la police d'Ermont, le 7 juillet 2022, à son domicile, plusieurs de ces armes ont été saisies par les forces de l'ordre. Par arrêté du 8 juillet 2022, le préfet du Val-d'Oise a ordonné à M. A D de remettre à l'autorité administrative le reste des armes et munitions dont il est détenteur au motif que son comportement présentait un danger grave pour lui-même ou pour autrui. Par un courrier du 24 août 2022, le requérant a formé un recours gracieux contre cet arrêté, qui a été rejeté par une décision implicite. Par la présente requête, M. D demande au tribunal d'annuler cette dernière décision, ainsi que l'arrêté du 8 juillet 2022 dans toutes ses dispositions.

2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

3. L'arrêté attaqué du 8 juillet 2022 vise le code de la sécurité intérieure, et notamment les dispositions sur le fondement desquelles il a été édicté, en particulier ses articles L. 312-7 et L. 312-10, et mentionne les armes visées par la mesure de saisie. Cet arrêté mentionne également le rapport de la police d'Ermont établi suite à l'intervention au domicile du requérant le 7 juillet 2022 et sollicitant de la part du préfet du Val-d'Oise l'inscription de M. D au Fichier national des interdits d'acquisition et de détention d'armes (FINIADA) ainsi que la confiscation de ses armes et l'interdiction d'en détenir. L'arrêté conclut qu'il y a lieu de prononcer la saisie immédiate des armes et des munitions de l'intéressé et que cette saisie d'armes et de munitions lui interdit d'acquérir ou de détenir des armes et des munitions de toute catégorie. Ainsi, cette décision comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté doit être écarté.

4. Aux termes de l'article L. 312-7 du code de la sécurité intérieure : " Si le comportement ou l'état de santé d'une personne détentrice d'armes et de munitions présente un danger grave pour elle-même ou pour autrui, le représentant de l'Etat dans le département peut lui ordonner, sans formalité préalable ni procédure contradictoire, de les remettre à l'autorité administrative, quelle que soit leur catégorie ". Aux termes de l'article L. 312-10 : " Il est interdit aux personnes dont l'arme et les munitions ont été saisies en application de l'article L. 312-7 ou de l'article L. 312-9 d'acquérir ou de détenir des armes et des munitions, quelle que soit leur catégorie. / Le représentant de l'Etat dans le département peut cependant décider de limiter cette interdiction à certaines catégories ou à certains types d'armes. / Cette interdiction cesse de produire effet si le représentant de l'Etat dans le département décide la restitution de l'arme et des munitions dans le délai mentionné au premier alinéa de l'article L. 312-9. Après la saisie définitive, elle peut être levée par le représentant de l'Etat dans le département en considération du comportement du demandeur ou de son état de santé depuis la décision de saisie ". Il résulte de ces dispositions que pour décider, sur le fondement de l'article L. 312-7 du code de la sécurité intérieure, la saisie d'armes ou de munitions, le préfet doit apprécier si le comportement ou l'état de santé de l'intéressé présente un danger grave pour lui-même ou pour autrui.

5. Les armes de M. D, admis aux urgences du 7 au 11 juillet 2022, ont été provisoirement saisies par arrêté du préfet du Val-d'Oise en date du 8 juillet 2022, en application de l'article L. 312-7 du code de la sécurité intérieure. Le requérant fait valoir que l'arrêté se fonde sur des faits matériellement inexacts, puisqu'il n'aurait jamais fait l'objet d'une hospitalisation d'office, et que ni ses propos ni son comportement ne manifesteraient de maladie mentale incompatible avec la détention d'armes. Il ressort toutefois des pièces du dossier que, le 6 juillet 2022, des agents de la police d'Ermont ont été appelés au domicile de M. D, ce dernier ayant menacé de mettre fin à ses jours avec une arme à feu. La mère de ce dernier a alors expliqué aux agents de la police que M. D était suivi en psychiatrie pour des problèmes de bipolarité et présentait des tendances suicidaires, et qu'il prenait également des médicaments antidépresseurs couplés à l'alcool. Si le requérant conteste avoir un comportement incompatible avec la détention d'armes, il ressort notamment du compte rendu de sortie du patient établi par l'hôpital Simone Veil et du rapport des services de police d'Ermont que M. D souffre de troubles de la personnalité, et a une conduite de mise en danger à répétition, du fait notamment d'intoxications médicamenteuses volontaires ayant mené à son hospitalisation à plusieurs reprises. Par suite, le requérant n'apportant pas d'éléments précis et circonstanciés de nature à infirmer ces constatations médicales et concluant au contraire que son état de santé serait compatible avec la détention d'armes, le préfet du Val-d'Oise, qui ne s'est pas fondée sur des faits matériellement inexacts, n'a commis aucune erreur d'appréciation en estimant que M. D présentait, à la date de l'arrêté, un risque pour lui-même ou pour autrui de nature à justifier la saisie de ses armes.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. D aux fin d'annulation de l'arrêté attaqué ne peuvent qu'être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 3 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

Mme Saïh, première conseillère,

M. Eustache, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mai 2024.

Le président-rapporteur,

signé

T. BertonciniL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

signé

Z. Saïh

La greffière,

signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

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