Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2217609

vendredi 31 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2217609
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantGENESIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 22 décembre 2022, le 6 janvier 2023 et le 30 août 2023, M. A B, représenté par Me Cassin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 décembre 2022 par lequel le maire de Montigny-lès-Cormeilles a refusé de lui délivrer un permis de construire une maison d'habitation comprenant deux logements sur un terrain situé 18-20 rue Lucien Boxstaël à Montigny-lès-Cormeilles ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Montigny-lès-Cormeilles de lui délivrer le permis de construire sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard;

3°) de mettre à la charge de la commune de Montigny-lès-Cormeilles une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les motifs tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article UR 2.2 du règlement du plan local d'urbanisme ne sont pas fondés ;

- la substitution de motif demandée par le maire de Montigny-lès-Cormeilles ne peut être accueillie dès lors que le projet ne méconnait pas les deuxième et quatrième alinéas de l'article UR 2.3.2.1 du règlement du plan local d'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 août 2023, la commune de Montigny-lès-Cormeilles, représentée par Me Brault, conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce que M. B lui verse une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés et fait valoir que la décision de refus peut légalement être fondée sur le motif tiré de la méconnaissance de l'article UR 2.3.2.1 du règlement du plan local d'urbanisme dès lors que le dossier de demande de permis de construire ne comportait pas un projet détaillé des aménagements de l'ensemble des espaces et supports végétalisés extérieurs et que les plantations existantes n'étaient pas remplacées par des plantations équivalentes.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Chaufaux,

- les conclusions de M. Louvel, rapporteur public,

- et les observations de Me Cassin, représentant M. B, et de Me Gasparri, substituant Me Brault, représentant la commune de Montigny-lès-Cormeilles.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a sollicité du maire de Montigny-lès-Cormeilles un permis de construire une maison d'habitation comprenant deux logements sur un terrain situé 18-20 rue Lucien Boxstaël à Montigny-lès-Cormeilles. Par un arrêté en date du 9 décembre 2022, le maire de la commune de Montigny-lès-Cormeilles a opposé un refus à la demande de permis de construire déposée par M. B au motif que le projet méconnaissait les dispositions de l'article UR 2.2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Montigny-lès-Cormeilles. Par la présente requête, M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité des motifs de l'arrêté attaqué :

2. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article UR 2.2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Montigny-lès-Cormeilles : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales (article R111-27 du code de l'urbanisme). ".

3. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage naturel ou urbain de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il appartient à l'administration d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel ou urbain sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

4. Pour refuser la demande de permis de construire déposée par M. B, le maire de Montigny-lès-Cormeilles a estimé que " la volumétrie et l'aspect visuel de la construction n'interagissent pas et ne s'intègrent pas aux particularités architecturales du quartier Lalane ", le projet méconnaissant ainsi les dispositions de l'article UR 2.2 du règlement du plan local d'urbanisme précitées. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le projet s'implante dans un quartier situé à proximité d'une zone commerciale et comportant des constructions hétérogènes et sans intérêt particulier. Par ailleurs, le projet de construction présente un gabarit sur rue similaire aux constructions voisines, s'implante, à l'instar de ces dernières, en retrait de l'alignement, et les matériaux utilisés, ainsi que les coloris retenus, sont les mêmes que ceux de la majorité des constructions sur le secteur. La circonstance que le projet présente une profondeur plus importante que les constructions voisines n'a pas, à elle seule, pour effet de porter atteinte à l'intérêt des lieux avoisinants. Il s'ensuit que le maire de Montigny-lès-Cormeilles a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en estimant que le projet de M. B est de nature à porter atteinte au caractère des lieux avoisinants, au sens des dispositions précitées de l'article UR 2.2 du règlement du plan local d'urbanisme et en lui refusant, pour ce motif, la délivrance du permis de construire sollicité.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article UR 2.2.2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Montigny-lès-Cormeilles : " () Pour éviter des masses bâties trop importantes dans le paysage, les façades de bâtiments de plus de 12 mètres de longueur sur rue sont interdites. () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que le projet de construction, objet de l'arrêté en litige, présente une façade sur rue d'une longueur de 7, 65 mètres et, en intégrant la partie située en retrait, de 10,91 mètres, conformément aux dispositions de l'article UR 2.2.2 du règlement du plan local d'urbanisme précitées. En soutenant que ces dispositions s'apprécient également selon une vue oblique, la commune de Montigny-lès-Cormeilles a entaché sa décision d'une erreur de droit. Par suite, M. B est fondé à soutenir que le motif tiré de ce que le projet méconnaissait les dispositions de l'article UR 2.2.2 du règlement du plan local d'urbanisme précitées est erroné.

En ce qui concerne la substitution de motifs demandée par la commune de Montigny-lès-Cormeilles :

7. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

8. Dans son mémoire en défense du 17 août 2023, qui a été communiqué au requérant, la commune de Montigny-lès-Cormeilles soutient que la décision attaquée aurait pu être prise pour deux motifs supplémentaires.

9. En premier lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article UR 2.3.2.1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Montigny-lès-Cormeilles : " Les aménagements de l'ensemble des espaces et supports végétalisés extérieurs doivent faire l'objet d'un projet détaillé, annexé à la demande d'autorisation de construire. ".

10. Il ressort des pièces du dossier de demande de permis de construire que la notice du projet architectural, dite PC-4, précise la nature ainsi que la surface des différents espaces et supports végétalisés extérieurs et que ces différents espaces et supports sont localisés sur le plan masse. Ainsi, et alors qu'au surplus aucune autre information ou pièce que celles fixées par les articles R. 431-4 et suivants du code de l'urbanisme ne peut être exigée par l'autorité compétente, le dossier de demande de permis de construire satisfait aux exigences définies par les dispositions du deuxième alinéa de l'article UR 2.3.2.1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Montigny-lès-Cormeilles. Il s'ensuit que le maire de Montigny-lès-Cormeilles ne pouvait retenir le motif tiré de la méconnaissance du deuxième alinéa de l'article UR 2.3.2.1 du règlement du plan local d'urbanisme pour refuser le permis de construire sollicité par M. B.

11. En second lieu, aux termes du quatrième alinéa de l'article UR 2.3.2.1 : " Les plantations existantes doivent être maintenues ou remplacées par des plantations équivalentes. ".

12. Il ressort des pièces du dossier que le projet prévoit la suppression de cinq arbres et leur replacement par trois arbres de haute tige. Le requérant soutient, sans être contredit, que ces cinq arbres sont des rejets des souches d'anciens arbres ou des arbrisseaux. Ainsi, il ne ressort pas des pièces du dossier que les trois arbres de haute tige dont le projet prévoit la plantation ne seraient pas équivalents aux cinq arbres qui seront supprimés. Par suite, le maire de Montigny-lès-Cormeilles ne pouvait retenir le motif tiré de la méconnaissance du quatrième alinéa de l'article UR 2.3.2.1 du règlement du plan local d'urbanisme pour refuser le permis de construire sollicité par M. B.

13. Dès lors, il n'y a pas lieu de procéder à la substitution de motifs demandée par la commune de Montigny-lès-Cormeilles.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 9 décembre 2022 par lequel le maire de Montigny-lès-Cormeilles a refusé de lui délivrer un permis de construire.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

15. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution () ". Et aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6. / () ".

16. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle. L'autorisation d'occuper ou utiliser le sol délivrée dans ces conditions peut être contestée par les tiers sans qu'ils puissent se voir opposer les termes du jugement ou de l'arrêt.

17. En l'espèce, il résulte de ce qui précède que les motifs fondant l'arrêté du 9 décembre 2022 sont entachés d'illégalité. Par ailleurs, en l'état du dossier, il ne résulte pas de l'instruction que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée interdisent d'accueillir les conclusions à fin d'injonction de délivrer le permis de construire sollicité présentées par le requérant pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ni qu'un changement des circonstances de fait y fasse obstacle. Par suite, le présent jugement implique nécessairement la délivrance de l'autorisation d'urbanisme sollicitée. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre au maire de Montigny-lès-Cormeilles de délivrer à M. B le permis de construire qu'il a sollicité, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée par M. B.

Sur les frais du litige :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Montigny-lès-Cormeilles lui réclame sur ce fondement. En revanche il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sur le fondement des mêmes dispositions, de mettre à la charge de la commune de Montigny-lès-Cormeilles la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1er : L'arrêté du maire de Montigny-lès-Cormeilles du 9 décembre 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Montigny-lès-Cormeilles de délivrer le permis de construire sollicité par M. B dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Montigny-lès-Cormeilles versera à M. B une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Les conclusions de la commune de Montigny-lès-Cormeilles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Montigny-lès-Cormeilles.

Délibéré après l'audience du 7 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Edert, présidente,

Mme Chaufaux, première conseillère,

Mme Zaccaron Guérin, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2024.

La rapporteure,

signé

E. Chaufaux

La présidente,

signé

S. EdertLa greffière,

signé

S. Le Gueux

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.