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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2300077

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2300077

lundi 20 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2300077
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPole Social (JU)
Avocat requérantSELARL VERPONT AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 1er janvier, 8 février, 23 octobre et 2 novembre 2023, ainsi que des pièces complémentaires, enregistrées les 5, 6 et 9 janvier 2023, Mme B A, représentée par Me Toihiri, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 12 décembre 2022, par laquelle la caisse d'allocations familiales (CAF) des Hauts-de-Seine a confirmé, sur recours administratif préalable obligatoire, un indu d'aide personnalisée au logement (APL) pour la période du 1er janvier 2021 au 31 août 2022 pour la somme totale de 5 288,23 euros ;

2°) de la décharger du paiement de cette somme ;

3°) d'annuler la décision du 24 janvier 2023 par laquelle la caisse d'allocations familiales (CAF) des Hauts-de-Seine a confirmé, sur recours administratif préalable obligatoire un indu de prime exceptionnelle de fin d'année pour 2021 d'un montant de 152,45 euros ;

4°) de mettre à la charge de la CAF des Hauts-de-Seine la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

s'agissant de la décision du 12 décembre 2022 :

- la décision est entachée d'un vice d'incompétence en méconnaissance des dispositions de l'article R. 825-2 du code de la construction et de l'habitation, dès lors que le directeur de la CAF s'est borné à notifier une décision de la commission de recours amiable du 17 novembre 2022, sans statuer sur sa demande ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors que le logement pour lequel elle bénéficiait de l'APL était, sur la période considérée, sa résidence principale en France, alors qu'elle ne s'est absentée que 9 jours en 2021 et 23 jours en 2022 ;

s'agissant de la décision du 24 janvier 2023 :

- la décision mettant l'indu à sa charge ne lui a jamais été notifiée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors qu'elle disposait bien d'une résidence stable et effective en France, justifiant qu'elle bénéficie de cette prime.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 octobre 2023, la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu :

- la décision du 17 avril 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise par laquelle Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Monteagle, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision par laquelle le rapporteur public a été, sur sa proposition, dispensé de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2021-1657 du 15 décembre 2021 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Monteagle, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique le 6 novembre 2023.

A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. A l'issue d'un contrôle de sa situation, la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine a notifié à Mme A, notamment, un indu d'APL de 5 288,23 euros sur la période allant du 1er janvier 2021 au 31 août 2022. Mme A a formé un recours préalable contre cette décision le 4 octobre 2022, qui a été rejeté le 12 décembre 2022. Par la présente requête, la requérante doit être regardée comme demandant l'annulation de cette décision. En outre, la caisse d'allocations familiales lui a également notifié, par une décision du 5 octobre 2022, un indu de prime exceptionnelle pour l'année 2021 d'un montant de 152,45 euros. Par une décision du 24 janvier 2023, prise après recours préalable de Mme A, la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine a confirmé cet indu. Mme A demande également l'annulation de cette seconde décision.

Sur l'indu d'aide personnalisée au logement :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 825-1 du code de la construction et de l'habitation : " L'introduction d'un recours contentieux dirigé contre des décisions prises par un organisme payeur en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement est subordonnée à l'exercice préalable d'un recours administratif auprès de la commission de recours amiable prévue à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale constituée auprès du conseil d'administration de l'organisme auteur de la décision contestée. ". Et aux termes de l'article R. 825-2 du même code : " Le directeur de l'organisme payeur statue sur les recours administratifs mentionnés à l'article R. 825-1, après l'avis de la commission de recours amiable. () ".

3. Si la requérante soutient que la décision de rejet de son recours préalable obligatoire a été prise par une autorité incompétente, en l'espèce la commission de recours amiable au lieu du directeur de la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine, il résulte des termes mêmes du courrier du 12 décembre 2022, signé par le directeur de l'organisme compétent, qui doit être regardé comme s'étant approprié l'avis de la commission, a statué sur la demande de l'intéressée. Le moyen tiré du vice de compétence doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 351-1 du code de la construction et de l'habitation : " () Une aide personnalisée au logement est instituée. ". Aux termes de l'article L. 821-1 de ce même code : " Les aides personnelles au logement comprennent :

1° L'aide personnalisée au logement ; () ". Aux termes de l'articles L. 821-2 du code précité :

" I. Les aides personnelles au logement sont accordées au titre de la résidence principale ". Aux termes de l'article R. 822-23 de ce code : " Est considéré comme résidence principale, pour l'application du premier alinéa du II de l'article L. 822-2, le logement effectivement occupé soit par le bénéficiaire de l'aide personnelle au logement, soit par son conjoint, soit par une des personnes à charge au sens de l'article R. 823-4, au moins huit mois par an, sauf obligation professionnelle, raison de santé ou cas de force majeure. "

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 823-9 du même code : " Les articles L. 161-1-5 et L. 553-2 du code de la sécurité sociale sont applicables au recouvrement des montants d'aide personnelle au logement indûment versés ". Aux termes de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale : " Tout paiement indu de prestations familiales est récupéré () par retenues sur les prestations à venir ou par remboursement intégral de la dette en un seul versement si l'allocataire opte pour cette solution () ".

6. L'indu en litige a été mis à la charge de Mme A au motif, d'une part, que l'intéressée ne pouvait être regardée comme ayant occupé le logement pour lequel elle bénéficiait d'une APL à titre de résidence principale au regard de la fréquence et de la durée de ses séjours à l'étranger et, d'autre part, qu'elle n'avait pas déclaré l'ensemble de ses ressources en 2020 et 2021.

7. Pour contester ce motif, Mme A soutient d'une part que son appartement à Nanterre était bien sa résidence principale dès lors qu'elle n'a jamais séjourné hors du territoire français plus de 92 jours par an sur la période litigieuse. Toutefois, il résulte de l'instruction que, la situation de Mme A a attiré l'attention de la CAF au motif que ses connexions pour actualiser sa situation avaient toutes été faites depuis l'étranger. En outre, le contrôleur assermenté de la CAF ayant enquête sur la situation de l'interessée a calculé, notamment à partir des données bancaires émanant de ses différents comptes, que Mme A s'était absentée près de 255 jours du territoire français sur l'année civile 2021 et près de 125 jours entre le 1er janvier 2022 et le 31 juillet 2022. Si Mme A se borne à produire des relevés bancaires et des relevés de remboursement de l'assurance maladie sur la période litigieuse, les mentions figurant sur ces documents n'attestent aucunement de la permanence de son séjour en France, mais seulement d'une présence très ponctuelle, et n'atteste pas en tout état de cause qu'elle résidait à titre principal dans son appartement situé à Nanterre. De même, la production de son passeport français n'est pas suffisante pour contredire les faits établis par la CAF des Hauts-de-Seine, alors qu'il est constant que Mme A peut voyager dans de nombreux pays étrangers, notamment européens, sans faire tamponner ce dernier et que Mme A a notamment effectué de multiples opérations bancaires à partir du Royaume-uni sur la période litigieuse. Enfin, Mme A, qui ne fait état d'aucune activité professionnelle ou sociale, n'apporte aucune précision sur ses activités pendant cette période, permettant de la localiser en France. Dès lors, le logement dont Mme A est locataire à Nanterre ne saurait être regardé comme sa résidence principale entre le 1er janvier 2021 et le 31 août 2022 au sens des dispositions de l'article R. 822-23 du code de la construction et de l'habitation.

8. D'autre part, Mme A soutient que les virements reçus de ses proches sont des prêts familiaux permettant de compléter ses revenus qu'elle rembourse à son rythme. Toutefois, au regard des mentions relatives aux différents virements figurant sur ses relevés bancaires aussi qu'aux termes stéréotypés dans lesquels sont rédigées les attestations de proches que Mme A présente comme ses prêteurs, établies pour les besoins de l'instance, la CAF a pu à bon droit estimer qu'il s'agissait de revenus et non de prêts dont Mme A assurerait le remboursement effectif.

9. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que l'indu d'APL n'est pas fondé doit être écarté.

Sur l'indu de prime exceptionnelle de fin d'année :

10. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. () ". Aux termes de l'article R. 262-5 du même code : " Pour l'application de l'article L. 262-2, est considérée comme résidant en France la personne qui y réside de façon permanente ou qui accomplit hors de France un ou plusieurs séjours dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n'excède pas trois mois. () En cas de séjour hors de France de plus de trois mois, l'allocation n'est versée que pour les seuls mois civils complets de présence sur le territoire ". Aux termes de l'article 3 du décret du 15 décembre 2021 : " Une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre 2021 ou, à défaut, du mois de décembre 2021, sous réserve que le montant dû au titre de ces périodes ne soit pas nul () ".

11. En premier lieu, si Mme A soutient que l'indu de prime exceptionnelle de fin d'année ne lui a jamais été notifié, cette circonstance, qui tient aux conditions de notification de la décision, est sans incidence sur sa légalité. Le moyen, inopérant, ne peut donc qu'être écarté.

12. En second lieu, il résulte des dispositions citées au point 11 que, pour bénéficier de l'allocation de revenu de solidarité active, une personne doit résider en France de manière stable et effective. Pour apprécier si cette seconde condition est remplie, il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités, ainsi que de toutes les circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d'éventuels séjours à l'étranger et ses liens personnels et familiaux.

13. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a perçu le 6 janvier 2022 la prime exceptionnelle de fin d'année au titre de 2021 car elle était allocataire du RSA à la fin de cette année. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit au point 7 que Mme A ne saurait être regardée comme ayant eu en France une résidence stable et effective en 2021 en raison du nombre et de la durée de ses absences. Par suite, l'intéressée, qui ne pouvait alors prétendre au RSA, n'avait pas droit au versement de la prime exceptionnelle de fin d'année. Le moyen tiré de ce que l'indu ne serait pas fondé doit donc être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin de décharge et celles présentes sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des dispositions de l'article 37 de la loi 10 juillet 1991.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Toihiri et à la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 novembre 2023.

La magistrate désignée,

signé

M. Monteagle La greffière,

signé

C. Mas

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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