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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2300295

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2300295

lundi 20 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2300295
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationPole Social (JU)
Avocat requérantEVODROIT-SCP INTER BARREAUX D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 janvier et 7 juillet 2023, M. B A, représenté par Me Dutheuil-Lécouvé, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 5 août 2022 par laquelle la commission de médiation du département du Val-d'Oise a rejeté son recours amiable tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande d'hébergement, ensemble la décision du 21 octobre 2022 rejetant son recours gracieux ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui attribuer un logement adapté à sa situation ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à la commission de médiation de réexaminer son recours amiable.

3°) de mettre à la charge de la partie défenderesse la somme de 1500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que sa situation justifie une reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande, puisqu'aucune proposition de logement ne lui a été faite dans le délai de trois années, que son logement actuel dans le parc social est inadapté à son handicap et que sa demande de changement de logement social auprès de son bailleur Val-d'Oise habitat, en date du 3 juin 2022, est restée vaine.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 avril 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que le moyen soulevé n'est pas fondé.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Monteagle, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision par laquelle le rapporteur public a été, sur sa proposition, dispensé de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Monteagle a été présenté au cours de l'audience publique le lundi 6 novembre 2023, à l'issue de laquelle la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 5 août 2022, la commission de médiation du département du Val-d'Oise a rejeté le recours amiable présenté par M. A tendant à voir reconnaitre sa demande d'hébergement comme prioritaire et devant être satisfaite en urgence. Après que l'intéressé a formé un recours gracieux contre cette décision, ce dernier a été rejeté par une décision du 21 octobre 2022. M. A demande l'annulation de ces deux décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. () Elle notifie par écrit au demandeur sa décision qui doit être motivée. Elle peut faire toute proposition d'orientation des demandes qu'elle ne juge pas prioritaires. () ".

3. Aux termes du III de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " La commission de médiation peut également être saisie, sans condition de délai, par toute personne qui, sollicitant l'accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande. () ". Aux termes du IV de l'article L. 441-2-3 du même code : " () Lorsque la commission de médiation, saisie d'une demande d'hébergement ou de logement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale dans les conditions prévues au III, estime qu'un tel accueil n'est pas adapté et qu'une offre de logement doit être faite, elle peut, si le demandeur remplit les conditions fixées aux deux premiers alinéas du II, le désigner comme prioritaire pour l'attribution d'un logement en urgence et transmettre au représentant de l'Etat dans le département ou, en Ile-de-France, au représentant de l'Etat dans la région cette demande aux fins de logement, dans le délai fixé au cinquième alinéa du II ".

4. Aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. / Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : / - ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 ; () ".

5. Les dispositions précitées permettent à la commission de médiation, saisie d'une demande d'hébergement, de prévoir une mesure de logement si elle estime qu'elle est mieux adaptée à la situation de l'intéressé.

6. Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande. Toutefois, dans le cas d'une personne se prévalant de ce qu'elle a présenté une demande de logement social et n'a pas reçu de proposition adaptée dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4, la commission peut refuser de reconnaître que la demande présente, à ce titre, un caractère prioritaire et urgent, en se fondant sur la circonstance que cette personne dispose déjà d'un logement. Elle ne peut toutefois légalement opposer ce motif que si le logement occupé est adapté à ses besoins. Pour apprécier si le logement occupé est adapté aux besoins du demandeur, il y a lieu de prendre en compte, d'une part, ses caractéristiques, le montant de son loyer et sa localisation, d'autre part, tous éléments relatifs aux occupants du logement, comme une éventuelle situation de handicap, qui sont susceptibles de le rendre inadapté aux besoins du demandeur.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A est locataire dans le parc social avec sa compagne et leurs deux enfants depuis le 19 août 2015 d'un appartement de 51 m² situé au troisième étage d'un immeuble sans ascenseur. Il a demandé, en utilisant à tort le formulaire prévu pour les demandes d'hébergement, à être accueilli dans un logement-foyer, son logement actuel n'étant pas adapté à son handicap, puisqu'il établit être produit être atteint de la maladie de Charcot-Marie-Tooth et que cette pathologie rend particulièrement difficile et périlleuse la montée et la descente des escaliers et l'utilisation d'une baignoire. Si le requérant, salarié titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée, a utilisé le formulaire " demande d'hébergement ", il a bien indiqué dans l'argumentaire libre qu'il sollicitait un logement. En conséquence, il ressort des pièces du dossier que la demande portait à l'évidence sur une demande de relogement et non d'hébergement.

8. Ainsi, la commission de médiation du département du Val-d'Oise, qui disposait de l'ensemble des éléments lui permettant d'apprécier au regard du droit au logement la situation du requérant, ne pouvait légalement rejeter, dans les circonstances de l'espèce, la demande de l'intéressé en se bornant à constater qu'il était déjà locataire dans le parc social, sans examiner, au regard du principe énoncé au point 5, si son logement actuel était adapté à son handicap. Par suite, il ressort des pièces du dossier que la commission de médiation a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en ne se prononçant pas sur le caractère prioritaire et urgent de la demande de logement de l'intéressé, au sens des dispositions précitées de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation, dont elle était en réalité saisie.

9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision de la commission de médiation du département du Val-d'Oise du 5 août 2022 et la décision du 21 octobre 2022 rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".

11. Le présent jugement implique seulement que la commission de médiation du Val-d'Oise réexamine le recours amiable de M. A, qui doit être regardé comme présenté sur le fondement du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation dans le délai de trois mois à compter de sa notification. Il y a lieu de prononcer une injonction en ce sens.

Sur les frais liés au litige :

12. Il y a lieu de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser à M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide:

Article 1er : La décision de la commission de médiation du Val-d'Oise du 5 août 2022 rejetant le recours amiable de M. A et la décision du 21 octobre 2022 rejetant son recours gracieux sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de saisir la commission de médiation à fin que cette dernière réexamine le recours amiable de M. A, dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à M. A la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 novembre 2023.

La magistrate désignée

signé

M. Monteagle

La greffière,

signé

C. Mas

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme,

La greffière

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