Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2300303

mardi 30 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2300303
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 janvier 2023, M. A B, représenté par Me Kwemo, avocate, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande tendant à obtenir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, née, le 7 novembre 2022, du silence gardé sur cette demande par l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à titre principal, de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à son conseil, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, de la somme de 2 000 euros.

M. B soutient que la décision contestée :

- est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- est intervenue sans que sa vulnérabilité ait été prise en compte ;

- méconnaît l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 janvier 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration fait valoir que la requête de M. B est irrecevable, l'intéressé ayant été débouté de sa demande d'asile par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides notifiée le 6 octobre 2022 et qui n'a pas été contestée.

Par une décision en date du 3 avril 2023, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le Tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à M. B le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Kelfani, président, a été entendu, au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Il ressort des pièces du dossier que, par une décision en date du 20 juillet 2022, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a, sur le fondement de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, refusé d'accorder à M. B, demandeur d'asile de nationalité érythréenne, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il n'avait " pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai de 90 jours () suivants son entrée en France ". Il en ressort également que cette décision, qui mentionne l'obligation d'un recours administratif préalable obligatoire dans les deux mois, à peine de l'irrecevabilité de tout recours contentieux, a été remise en main propre au requérant le 20 juillet 2022. Par une lettre en date du 1er septembre 2022, M. B a formé devant l'Office français de l'immigration et de l'intégration le recours administratif préalable obligatoire prévu à l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, la requête de M. B enregistrée sous le n° 2300303 doit être regardée comme dirigée contre la décision implicite de rejet de ce recours administratif préalable obligatoire et les moyens de la requête comme articulés à l'encontre de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : / 1° Il refuse la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; / 2° Il refuse la proposition d'hébergement qui lui est faite en application de l'article L. 552-8 ; / 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; / 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ". Aux termes de l'article D. 551-17 du même code : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite, motivée et prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle prend effet à compter de sa signature. / Dans un délai de deux mois à compter de la notification de cette décision, le bénéficiaire peut introduire un recours devant le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. La décision comporte la mention des voies et délais dans lesquels ce recours peut être formé. / Le directeur général de l'office dispose d'un délai de deux mois pour statuer. A défaut, le recours est réputé rejeté. Toute décision de rejet doit être motivée. ". Aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiquées dans le mois suivant cette demande () ".

3. Il résulte des dispositions de l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la décision implicite de rejet née du silence gardé par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration s'est substituée à la décision de la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge en date du 20 juillet 2022. M. B n'établit pas ni même n'allègue avoir demandé au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui communiquer les motifs de cette décision implicite, comme le permet l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré de l'absence de motivation de la décision contestée ne peut, dès lors, qu'être écarté.

4. Aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " À la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables () ".

5. Il ressort des pièces jointes au mémoire en défense de l'Office français de l'immigration et de l'intégration que, le 20 juillet 2022, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile au guichet unique des demandeurs d'asile, M. B a pu bénéficier de l'entretien personnel d'évaluation de vulnérabilité prévu à l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. S'il ressort de l'examen de la fiche d'évaluation de vulnérabilité établie à cette occasion et versée au dossier, que le requérant a alors " fait état spontanément d'un problème de santé ", il n'a pas déposé de documents à caractère médical sous pli confidentiel et il ne s'est pas vu remettre à cette occasion un certificat médical vierge pour avis " medzo ". Enfin, le requérant, qui est né le 20 décembre 1992, ne fournit dans sa requête aucune précision sur son état de santé et n'a joint à celle-ci aucun document médical. M. B n'est, dès lors, pas fondé à soutenir qu'il n'aurait pas bénéficié, avant la naissance de la décision contestée, de l'entretien prévu à l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'aurait pas procédé à l'évaluation de sa vulnérabilité.

6. Il ressort des pièces jointes au mémoire en défense, et il n'est pas contesté, que M. B a déclaré aux services du préfet des Hauts-de-Seine être arrivé en France le 15 mai 2021 alors qu'il a déposé sa demande d'asile plus de quatre-vingt-dix jours après cette date, soit le 20 juillet 2022. Le requérant ne justifie par aucune explication ou document ce retard, qui pouvait fonder, en application du 4° de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions sont précisées au point 2, une décision de refus des conditions matérielles d'accueil.

7. Le requérant fait valoir qu'il se trouve dans une situation " d'extrême précarité ". Toutefois, cette déclaration n'est étayée d'aucune précision ou justification. Dans ces conditions et compte tenu aussi de ce qui a été dit au point 5, M. B n'est pas fondé à soutenir que le refus de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil serait entaché d'une erreur d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. B doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction de la requête de M. B ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 :

10. Les dispositions législatives visées ci-dessus font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2024 à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, M. Viain, premier conseiller, et M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2024.

Le rapporteur,

signé

K. KELFANI

Le premier conseiller,

signé

T. VIAINLa greffière,

signé

A. CHANSON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.