Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2300355

mardi 30 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2300355
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 janvier 2023, M. C A, représenté par Me Benvenuto, avocate, demande au Tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision, en date du 2 septembre 2022, par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à titre principal, de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de lui verser l'allocation pour demandeur d'asile, dans un délai de huit jours à compter à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

5°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement de la somme de 1 200 euros à son conseil, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à la condition que ce dernier renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

M. A soutient que la décision contestée :

- est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- est intervenue sans que l'entretien " préalable " prévu à l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile soit intervenu ;

- est intervenue sans que sa vulnérabilité ait été prise en compte ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 juin 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration fait valoir que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Kelfani, président, a été entendu, au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Il ressort des pièces du dossier que, par une décision en date du 2 septembre 2022, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a, sur le fondement de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, refusé d'accorder à M. A, demandeur d'asile de nationalité haïtienne, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il n'avait " pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai de 90 jours () suivants (son) entrée en France ". Il en ressort également que cette décision, qui mentionne l'obligation d'un recours administratif préalable obligatoire à peine de l'irrecevabilité de tout recours contentieux dans les deux mois a été remise en main propre au requérant le 2 septembre 2022. Par un message électronique en date du 25 octobre 2022, M. A a formé devant l'Office français de l'immigration et de l'intégration le recours administratif préalable obligatoire prévu à l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, la requête de M. A enregistrée sous le n° 2300355 doit être regardée comme dirigée contre la décision implicite de rejet de ce recours administratif préalable obligatoire et les moyens de la requête comme articulés à l'encontre de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : / 1° Il refuse la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; / 2° Il refuse la proposition d'hébergement qui lui est faite en application de l'article L. 552-8 ; / 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; / 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ". Aux termes de l'article D. 551-17 du même code : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite, motivée et prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle prend effet à compter de sa signature. / Dans un délai de deux mois à compter de la notification de cette décision, le bénéficiaire peut introduire un recours devant le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. La décision comporte la mention des voies et délais dans lesquels ce recours peut être formé. / Le directeur général de l'office dispose d'un délai de deux mois pour statuer. A défaut, le recours est réputé rejeté. Toute décision de rejet doit être motivée. ". Aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiquées dans le mois suivant cette demande () ".

3. Il résulte des dispositions de l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la décision implicite de rejet née du silence gardé par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration s'est substituée à la décision de la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge en date du 2 septembre 2022. M. A n'établit pas ni même n'allègue avoir demandé au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui communiquer les motifs de cette décision implicite, comme le permet l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré de l'absence de motivation de la décision contestée ne peut, dès lors, qu'être écarté.

4. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'aurait pas procédé à un examen sérieux et suffisamment approfondi de la situation personnelle et familiale de M. A avant la naissance de la décision contestée.

5. Aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " À la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables () ".

6. Il ressort des pièces jointes au mémoire en défense de l'Office français de l'immigration et de l'intégration que, le 2 septembre 2022, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile au guichet unique des demandeurs d'asile, M. A a pu bénéficier d'un entretien personnel d'évaluation de vulnérabilité, effectué par un agent formé spécifiquement et dans une langue qu'il comprend, le français. L'Office français de l'immigration et de l'intégration verse au dossier la fiche d'évaluation de vulnérabilité établie à cette occasion. Il en ressort que le requérant n'a alors fait état spontanément d'aucun problème de santé, qu'il n'a produit aucun document médical et qu'il ne s'est pas vu remettre un certificat médical vierge pour avis " Medzo ". Par ailleurs, le requérant, qui est né le 8 juillet 1990, n'a joint à sa requête aucun document médical. M. A n'est, dès lors, pas fondé à soutenir qu'il n'aurait pas bénéficié, avant la naissance de la décision contestée, de l'entretien prévu à l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'aurait pas procédé à l'évaluation de sa vulnérabilité.

7. Il ressort des pièces jointes au mémoire en défense et il n'est pas contesté, que M. A a déclaré aux services du préfet des Yvelines être arrivé en France le 25 mars 2022, alors que sa demande d'asile a été enregistrée plus de quatre-vingt-dix jours après cette date, le 2 septembre 2022. Toutefois, en se bornant à soutenir que l'Office français de l'immigration et de l'intégration " ne prend pas en considération les raisons concrètes pouvant justifier ce " retard " de dépôt, comme par exemple l'impossibilité d'enregistrer la demande d'asile à cause de l'encombrement des spada et des préfectures ", le requérant, qui ne produit à l'appui de ses dires aucun explication ou document le concernant personnellement, ne saurait être regardé comme justifiant d'un " motif légitime " au sens du 4° de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions sont rappelées au point 2. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lui a été refusé en application de ces dispositions.

8. Il ne ressort pas des pièces du dossier, compte tenu notamment de ce qui a été dit ci-dessus au point 6, que le refus de l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'accorder à M. A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil serait entaché d'une erreur d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

10. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte de la requête de M. A ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur la demande d'admission, à titre provisoire à l'aide juridictionnelle et sur les conclusions aux fins d'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 :

11. Eu égard à l'urgence de l'affaire, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle par application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

12. Les dispositions législatives visées ci-dessus font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D É C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2024 à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, M. Viain, premier conseiller, et M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2024.

Le rapporteur,

signé

K. KELFANI

Le premier conseiller,

signé

T. VIAINLa greffière,

signé

A. CHANSON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 2300303