mardi 16 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2300481 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème Chambre |
| Avocat requérant | DE SEZE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 janvier 2023, M. A C B, représenté par Me de Seze, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision du 16 décembre 2022 par laquelle le directeur territorial de Cergy de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'OFII de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, de manière rétroactive à compter du 16 décembre 2022 dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision contestée est entachée d'une insuffisance de motivation ;
-elle a été prise selon une procédure irrégulière, dès lors qu'il n'a pas été mis en mesure de présenter des observations au préalable, qu'il a été privé de la garantie de pouvoir bénéficier d'un examen de santé gratuit, que sa vulnérabilité n'a pas été prise en considération et que l'entretien d'évaluation de sa vulnérabilité n'a pas été mené par un agent ayant reçu une formation spécifique à cette fin ;
- elle est illégale, le questionnaire d'évaluation de la vulnérabilité des demandeurs d'asile annexés à l'arrêté du 23 octobre 2015 étant lui-même illégal, dès lors qu'il ne permet pas d'apprécier la vulnérabilité d'un demandeur d'asile au regard des articles L. 522-3 et R. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il ne contient pas de questions visant à identifier les demandeurs d'asile visés à l'article L. 522-3 ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle est dépourvue de base légale, entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que sa demande d'asile a été requalifiée en procédure normale et qu'il pouvait donc bénéficier des conditions matérielles d'accueil.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 août 2023, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- Si le tribunal devait juger qu'il ne pouvait pas être mis fin aux conditions matérielles d'accueil au motif que le requérant n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, le 3° de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile devrait se substituer au 3° de l'article L. 551-16 du même code ;
- aucun des moyens invoqués n'est fondé.
M. C B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 avril 2023 du bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Cuisinier-Heissler a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C B, ressortissant soudanais né le 10 octobre 1998, a présenté une demande d'asile qui a été enregistrée le 6 juillet 2021 en procédure dite " Dublin ". De retour en France après avoir été transféré vers l'Italie le 8 mars 2022, il a déposé une nouvelle demande d'asile le 28 mars 2022 en procédure dite " Dublin ", requalifiée en procédure normale le 25 octobre 2022. Par courrier du 21 novembre 2022, l'office français de l'immigration et de l'intégration l'a informé de son intention de mettre fin aux conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 16 décembre 2022, dont l'intéressé demande l'annulation, le directeur de l'office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin aux conditions matérielles d'accueil.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Par une décision du 3 avril 2023, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise a admis M. C B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Ainsi, les conclusions tendant à l'admission du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 551-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, comprennent les prestations et l'allocation prévues aux chapitres II et III ". Aux termes de l'article L. 551-9 du même code : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente ". Aux termes de l'article L. 551-16 du même code : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret () ". En application de l'article D. 551-18 du même code : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature ".
4. En premier lieu, la décision en litige, qui vise notamment les articles L. 551-16 et R. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne que M. C B n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en présentant une nouvelle demande d'asile en France après avoir été transféré vers l'Etat membre responsable de l'instruction de sa demande, l'Italie, le 8 mars 2022. Elle précise également sa situation personnelle et familiale et précise que ses besoins ont été examinés. Ainsi, la décision attaquée comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, alors que l'exigence de motivation n'implique pas qu'elle mentionne l'ensemble des éléments particuliers de la situation du requérant. En outre, le caractère suffisant de la motivation ne dépend pas du bien-fondé des motifs retenus par l'autorité administrative et des éventuelles erreurs qu'elle pourrait contenir. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.
5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 21 novembre 2022 qu'il a reçu le 28 novembre 2022, M. C B a été informé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration de son intention de mettre un terme aux conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait en raison du non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile en présentant une nouvelle demande d'asile en France après avoir été transféré vers l'Italie responsable de l'instruction de sa demande. Ce courrier l'informait qu'il disposait d'un délai de quinze jours pour présenter des observations. La décision portant cessation des conditions matérielles d'accueil ayant été prise le 16 décembre 2022, M. C B a disposé d'un délai suffisant pour présenter ses observations, ce qu'il n'a pas fait. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure au regard des dispositions précitées ne peut qu'être écarté.
6. En troisième lieu, il résulte des dispositions des articles L. 522-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'entretien personnel au cours duquel l'Office français de l'immigration et de l'intégration évalue la vulnérabilité du demandeur d'asile est effectué au moment du dépôt de la demande et que, le cas échéant, si des besoins particuliers se manifestent à une étape ultérieure de la procédure, ils sont pris en compte. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. C B a bénéficié de l'entretien prévu par l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au moment où il a présenté sa demande d'asile le 6 juillet 2021, ainsi que le 28 mars 2022 lors de son retour en France après son transfert en Italie. S'il fait état de problèmes dentaires pour lesquels il n'est pas suivi et de violences physiques d'une grave intensité subies dans son pays d'origine et durant son parcours d'exil, il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est pas soutenu que ces problèmes seraient survenus postérieurement à son examen de vulnérabilité et auraient justifié un réexamen de celle-ci. Il a au demeurant déclaré lui-même ne pas présenter de problèmes de santé et a refusé que lui soit remis un certificat médical vierge pour l'édiction d'un avis médical par le médecin coordonnateur de zone de l'OFII. Ce moyen ne saurait, dès lors, être acceuilli.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin ".
8. Alors que l'ensemble des auditeurs asile de l'OFII reçoivent une formation correspondant à leurs missions, dont celles d'évaluer la vulnérabilité des demandeurs d'asile, aucun élément du dossier ne permet de tenir pour établi que l'entretien dont aurait bénéficié M. C B n'aurait pas été mené par une personne ayant reçu une formation spécifique à cette fin. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure ne peut qu'être écarté.
9. En cinquième lieu, M. C B ne peut utilement exciper de l'illégalité de l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile, lequel ne constitue pas la base légale de la décision attaquée.
10. En sixième lieu, la décision de l'OFII du 16 décembre 2022 de cessation des conditions matérielles d'accueil de M. C B est fondée sur la circonstance que l'intéressé n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en présentant une nouvelle demande d'asile en France après avoir été transféré vers l'Etat membre responsable de l'instruction de sa demande d'asile. En se fondant sur ce motif, l'OFII a entendu se placer dans les prévisions du 3° de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité. Si M. C B soutient que la décision attaquée est entachée d'un défaut de base légale, d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé transféré le 8 mars 2022 vers l'Italie, est revenu sur le territoire français le 28 mars 2022, 20 jours après son départ méconnaissant ainsi les exigences de la procédure de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale, telle qu'elle résulte du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. En outre, alors que le requérant lui-même déclare ne pas avoir sollicité l'asile auprès des autorités italiennes, il n'apporte aucun élément faisant état d'un éventuel refus de ces autorités à qui, même s'il avait déposé une demande, il n'a au demeurant pas laissé le temps d'instruire son dossier compte tenu de son retour en France 20 jours après son départ. Il n'a ainsi pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile. C'est donc à bon droit que les services de l'OFII ont constaté qu'il ne s'était pas conformé aux exigences des autorités chargées de l'asile et que le directeur général de l'OFII a fondé sa décision attaquée sur les dispositions précitées, peu important que la France ait requalifiée la procédure de normale le 25 octobre 2022. Par suite, les moyens tirés du défaut de base légale, de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation dans la modulation de la sanction doivent être écartés.
11. En dernier lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier qu'avant de faire cesser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, l'OFII n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. C B. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C B à fin d'annulation de la décision du directeur territorial de l'OFII du 16 décembre 2022 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire de M. C B.
Article 2 : La requête de M. C B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 13 décembre 2023 à laquelle siégeaient :
M. Bertoncini, président,
M. Amazouz, premier conseiller,
Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 janvier 2024.
La rapporteure,
signé
S. Cuisinier-HeisslerLe président,
signé
T. BertonciniLa greffière,
signé
N. Magen
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026