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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2300677

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2300677

jeudi 11 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2300677
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation4ème Chambre (JU)
Avocat requérantOLIVIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 janvier et le 26 avril 2023, l'établissement public Grand Port fluvio-maritime de l'axe Seine, dit A, demande au tribunal :

1°) d'ordonner l'évacuation du bâtiment occupé par la société Transports Gevaux sous huit jours et, à défaut, de l'autoriser à recourir aux forces de l'ordre pour son évacuation ;

2°) de mettre à la charge de la société Transports Gevaux la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 2132-9 du code général de la propriété des personnes publiques ;

Il soutient que :

- la société Transports Gevaux occupe irrégulièrement le bâtiment litigieux, dès lors que la convention d'occupation qui la lie à A est arrivée à terme le 30 juin 2022 ;

- elle a été régulièrement informée de son occupation sans titre d'un bâtiment relevant du domaine public fluvial.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 février 2023, la société Transports Gevaux, représentée par Me Olivier, demande, à titre principal, à être relaxée des faits d'occupation sans titre du domaine public, à titre subsidiaire, de moduler l'amende en la ramenant à la somme de 150 euros, et enfin, de mettre à la charge de l'établissement A une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que A a manqué à ses obligations de transparence et d'impartialité au cours de la procédure d'appel à projets.

Vu les autres pièces du dossier.

Le président du tribunal a désigné Mme Bories, vice-présidente, pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article L. 774-1 du code de justice administrative.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 14 décembre 2023, en application de l'article L. 774-4 du code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bories, magistrate désignée,

- et les conclusions de M. Lebdiri, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Le hall n°9 du bâtiment G2, situé 49 route principale du port à Gennevilliers constitue une dépendance du domaine public fluvial du Grand Port fluvio-maritime de l'axe Seine (A), occupée par la société Transports Gevaux en vertu d'une convention arrivée à terme le 30 juin 2022. L'établissement A demande au tribunal d'ordonner la remise du terrain occupé par la société Transports Gevaux, dans un délai de huit jours, à défaut, de l'autoriser à recourir aux forces de l'ordre pour son évacuation, et de condamner la société à payer une amende de 1 500 euros.

Sur l'action publique :

2. Aux termes de l'article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique () ". L'article L. 2132-9 du même code dispose que : " Les riverains, les mariniers et autres personnes sont tenus de faire enlever les pierres, terres, bois, pieux, débris de bateaux et autres empêchements qui, de leur fait ou du fait de personnes ou de choses à leur charge, se trouveraient sur le domaine public fluvial. Le contrevenant sera passible d'une amende de 150 à 12 000 euros, de la confiscation de l'objet constituant l'obstacle et du remboursement des frais d'enlèvement d'office par l'autorité administrative compétente ".

3. Il résulte de l'instruction que la société Transports Gevaux a bénéficié d'une autorisation d'occupation du bâtiment litigieux, par une convention du 2 juillet 2012 conclue avec le Port autonome de Paris, renouvelable annuellement, pour une durée maximale de dix ans, qui est arrivée à échéance le 30 juin 2022. La société Transports Gevaux ne justifie pas d'un titre l'habilitant à occuper le bâtiment litigieux après cette date. L'occupation persistante de ce bâtiment par l'intéressée est dès lors constitutive d'une contravention de grande voirie, qui a été constatée par un procès-verbal, porté à sa connaissance le 29 décembre 2022, sur le fondement de l'article L. 2132-9 précité du code général de la propriété des personnes publiques.

4. L'auteur d'une contravention de grande voirie ne peut être relaxé des fins de la poursuite exercée contre lui que s'il établit soit un cas de force majeure, soit une faute de l'administration assimilable par sa gravité à un cas de force majeure.

5. Le moyen tiré de ce que l'établissement A aurait manqué à ses obligations de transparence et d'impartialité au cours de la procédure d'appel à projets pour la prise en amodiation du bâtiment litigieux, à l'issue de laquelle la candidature de la société Transports Gevaux n'a pas été retenue, se rapporte à la régularité du contrat conclu avec le lauréat de cet appel à projets et ne peut utilement être invoqué comme circonstance constitutive soit d'un cas de force majeure, soit d'une faute de l'administration qui y serait assimilable par sa gravité.

6. Il résulte de ce qui précède que A est recevable et fondé à demander, au titre de l'action publique, que la société Transports Gevaux soit condamnée au paiement d'une amende de 1 500 euros.

Sur l'action domaniale :

7. Lorsqu'il qualifie de contravention de grande voirie des faits d'occupation irrégulière d'une dépendance du domaine public, il appartient au juge administratif, saisi d'un procès-verbal accompagné ou non de conclusions de l'administration tendant à l'évacuation de cette dépendance, d'enjoindre au contrevenant de libérer sans délai le domaine public et, s'il l'estime nécessaire et au besoin d'office, de prononcer une astreinte, sans être liée par la demande de l'administration. Il peut également, dans le cadre de l'action domaniale, autoriser le gestionnaire du domaine public fluvial à procéder d'office à cette évacuation en cas d'inexécution par le contrevenant, aux frais de celui-ci, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que les articles L. 4244-1 et R. 4244-1 du code des transports donnent par ailleurs compétence au préfet du département pour procéder d'office à son évacuation, après mise en demeure de quitter les lieux adressée au propriétaire, et, le cas échéant, à son occupant, lorsque son installation, en violation de la loi ou du règlement général de police de la navigation intérieure, compromet la conservation, l'utilisation normale ou la sécurité.

8. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 3 que le Grand Port fluvio-maritime de l'axe Seine est fondé à demander, au titre de l'action domaniale, qu'il soit enjoint à la société Transports Gevaux de procéder à l'évacuation du domaine public fluvial qu'elle occupe. Il n'est pas établi à la date du présent jugement que l'intéressée ait régularisé la situation. Dans ces conditions il y a lieu, pour autant qu'elle n'y ait pas déjà procédé, de lui enjoindre de libérer ledit domaine dès la notification du présent jugement.

9. En second lieu, l'établissement public requérant est autorisé, s'il y a lieu, à procéder d'office avec, le cas échéant, le concours de la force publique, à l'évacuation du bâtiment litigieux aux frais de la société Transports Gevaux, si elle n'y a pas procédé elle-même avant l'expiration d'un délai d'un mois à compter de la date de notification du présent jugement.

Sur les frais de l'instance :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise sur leur fondement à la charge de l'établissement public grand port fluvio-maritime de l'axe Seine, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La société Transports Gevaux versera au Grand Port fluvio-maritime de l'axe Seine la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 2132-9 du code général de la propriété des personnes publiques.

Article 2 : Il est enjoint à la société Transports Gevaux d'évacuer sans délai le hall n° 9 du bâtiment G2, situé 49 route Principale du Port à Gennevilliers.

Article 3 : En cas d'inexécution par la société Transports Gevaux à l'expiration du délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, le Grand Port fluvio-maritime de l'axe Seine est autorisé à procéder d'office à cette évacuation, aux frais de la contrevenante.

Article 4 : Les conclusions présentées par la société Transports Gevaux sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié au Grand Port fluvio-maritime de l'axe Seine et à la société Transports Gevaux.

Copie en sera transmise pour information au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 janvier 2024.

La magistrate désignée,

signé

C. BoriesLa greffière,

signé

S. Nimax La rapporteure,

M. B La présidente,

C. Van Muylder

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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