Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2300734

mardi 6 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2300734
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation7ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 janvier 2023, Mme B A épouse C, représentée par Me Cujas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 décembre 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, dans un délai deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations du a) de l'article 10 de l'accord franco-tunisien ;

- il est entaché d'une erreur de fait ;

- il méconnait l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 août 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A épouse C ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 16 août 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 septembre suivant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Fléjou a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A épouse C, ressortissante tunisienne née le 13 avril 1989, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 28 décembre 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour demandé en qualité de conjointe de Français, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 10 de l'accord franco-tunisien : " Un titre de séjour d'une durée de dix ans, ouvrant droit à l'exercice d'une activité professionnelle, est délivré de plein droit, sous réserve de la régularité du séjour sur le territoire français : a) Au conjoint tunisien d'un ressortissant français, marié depuis au moins un an, à condition que la communauté de vie entre époux n'ait pas cessé, que le conjoint ait conservé sa nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état-civil français (). ".

3. Pour rejeter la demande de titre de séjour dont il était saisi, le préfet du Val-d'Oise s'est fondé sur la circonstance que Mme A épouse C, qui a épousé un ressortissant français le 18 juin 2020 à Sarcelles, ne justifiait pas d'une communauté de vie effective avec celui-ci. En particulier, il ressort de ses écritures en défense que le préfet s'est fondé sur l'adresse figurant sur la déclaration des revenus de l'année 2021 de son époux pour estimer que la communauté de vie du couple avait cessé. Toutefois, Mme A épouse C soutient que l'adresse figurant sur l'avis d'imposition dont se prévaut l'administration est celle des parents de son mari, ce qui est corroboré par les pièces du dossier, et que celui-ci avait seulement omis de signaler son déménagement à l'administration fiscale. Pour justifier de sa communauté de vie avec son époux, la requérante produit à l'instance plusieurs documents à leurs deux noms tels que leur contrat de bail daté du 1er septembre 2019 portant sur un logement situé 21 rue des Noyers à Sarcelles, leur acte de mariage, sur lequel ils ont tous deux déclaré vivre à cette adresse, des factures EDF à leurs deux noms datant de novembre 2019 et 2022, à cette même adresse, les bulletins de salaire de la requérante jusqu'au mois d'octobre 2022 ou encore les quittances du loyer du dernier trimestre 2022 de l'appartement situé 21 rue des Noyers à Sarcelles, réglées par son époux. La requérante justifie ainsi qu'elle vivait avec ce dernier à date de la décision attaquée. Dans ces conditions, en refusant de délivrer à Mme A épouse C un titre de séjour d'une durée de dix ans, le préfet du Val-d'Oise a méconnu les stipulations précitées du a) de l'article 10 de l'accord franco-tunisien.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner sur les autres moyens de la requête, que Mme A épouse C est fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué en toutes ses dispositions.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard au motif d'annulation énoncé ci-dessus, le présent jugement implique nécessairement la délivrance à Mme A épouse C d'un titre de séjour d'une durée de dix ans sur le fondement du a) de l'article 10 de l'accord franco-tunisien. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet compétent au regard du lieu de résidence actuel de la requérante, de procéder à cette délivrance dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : L'arrêté du préfet du Val-d'Oise en date du 28 décembre 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet compétent au regard du lieu de résidence actuel de Mme A épouse C, de lui délivrer un titre de séjour d'une durée de dix ans sur le fondement du a) de l'article 10 de l'accord franco-tunisien dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme A épouse C la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A épouse C et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 22 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Drevon-Coblence, présidente,

Mme Fléjou, première conseillère et Mme Moinecourt, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.

La rapporteure,

signé

V. Fléjou

La présidente,

signé

E. Drevon-CoblenceLa greffière,

signé

D. Charleston

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2300734