Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2300964
lundi 1 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2300964 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 11ème Chambre |
| Avocat requérant | DJAE |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance de renvoi n°2212428 en date du 17 janvier 2023, le magistrat désigné du tribunal administratif de Melun a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise la requête enregistrée le 26 décembre 2022 au greffe du tribunal administratif de Melun.
Par cette requête et un mémoire complémentaire enregistrés au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise les 24 janvier 2023 et 25 janvier 2024, M. A B, représenté par Me Djae, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 décembre 2022, par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de circuler sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un vice de procédure en l'absence de notification de l'arrêté à son tuteur ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa vulnérabilité psychologique ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard l'atteinte portée à son droit de mener une vie privée et familiale ;
- elle méconnait l'autorité de chose jugée eu égard à l'ordonnance rendue par le juge des majeurs protégés qui le place sous tutelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 mai 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et communique l'ensemble des pièces utiles en sa possession.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision en date du 12 février 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne des droits de l'homme et de sauvegarde des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Bocquet, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant italien né le 31 août 1999, déclare être entré en France en 2015. Par un arrêté du 24 décembre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de circuler sur le territoire français pendant une durée d'un an. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. L'arrêté attaqué mentionne avec suffisamment de précisions les circonstances de fait et de droit sur lesquelles il se fonde, faisant notamment état des attaches familiales de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
3. M. B soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure en l'absence de notification de l'arrêté à son tuteur. Toutefois, d'une part, il ressort des pièces du dossier que si M. B a fait l'objet d'un jugement de mise sous tutelle depuis le 29 juin 2018, il n'en a pas fait état lors de son audition par les services de police. En outre, et en tout état de cause, à supposer que le défaut de notification au tuteur soit regardé comme un vice de procédure, et ce alors même qu'elle n'est pas prévue par les textes, cette notification n'aurait pour seul objet que de permettre à M. B de faire valoir ses droits. Or en l'espèce, M. B a été en mesure de contester utilement l'arrêté en litige avec l'assistance d'un avocat. Il n'a donc été privé d'aucune garantie. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure de notification doit être écarté.
4. L'autorité relative de la chose jugée par le juge civil ne peut être utilement invoquée en l'absence d'identité d'objet, de cause et de parties. En l'espèce, le requérant ne peut se prévaloir de l'ordonnance du 12 octobre 2022 par laquelle le juge des contentieux de la protection du tribunal de proximité de Sannois a nommé un nouveau tuteur pour M. B, aucune des trois conditions tenant à l'identité d'objet, de cause ou de parties n'étant satisfaites. Par conséquent, le moyen tiré de la méconnaissance de l'autorité de chose jugée doit être écarté.
5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
6. M. B soutient qu'il réside en France depuis 2015, qu'il souffre d'un handicap, qu'il a dû, à ce titre, être placé sous tutelle et qu'il réside avec sa mère. Toutefois, le requérant est célibataire, sans enfant et ne démontre pas avoir noué des liens particulièrement significatifs au cours de son séjour en France. S'il soutient résider chez sa mère, il ressort néanmoins de l'ordonnance du 12 octobre 2022 que le requérant réside dans un foyer, que la directrice de ce foyer a adressé un signalement concernant la tutelle par sa mère et que cette tutelle a été annulée et confiée à une autre personne par cette même ordonnance. De surcroît, il ne justifie pas d'une particulière insertion au sein de la société française. Sur ce point, il ressort des pièces du dossier que M. B a été interpellé seize fois depuis 2016 pour des faits d'usage et trafic de stupéfiants, rébellion, tentative de vol en réunion, vol avec violence, violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique, vol aggravé par deux circonstances, vol par effraction, vol à la roulotte, filouterie d'aliment ou de boisson, recel de bien provenant d'un vol. Si le requérant fait valoir souffrir d'un handicap et de troubles psychologiques, ces seuls éléments ne peuvent suffire à justifier ces actes ni à minorer la menace à l'ordre public que représente son comportement. Enfin, le requérant ne démontre, ni même n'allègue, l'existence d'obstacles réels et sérieux à un retour en Italie, où il a vécu jusque l'âge de quinze ans et il ne fait état d'aucun obstacle à une semblable mise sous tutelle ou prise en charge en Italie. Dans ces conditions, le préfet des Hauts-de-Seine n'a ni porté une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale de M. B, ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en l'obligeant à quitter le territoire français.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles relatives aux frais du litige.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 13 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. d'Argenson, président,
M. Robert, premier conseiller.
Mme Bocquet, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2024.
La rapporteure,
signé
P. BocquetLe président,
signé
P.-H. d'ArgensonLa greffière,
signé
M. C
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N°2300964
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