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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2301198

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2301198

lundi 1 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2301198
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème Chambre
Avocat requérantAARPI ANDOTTE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés les 28 janvier 2023, 10 février 2023, 16 février 2023, 19 avril 2023 et 14 juin 2023, M. A B, représenté par Me Crusoé, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 décembre 2022, par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté en litige :

- il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière en méconnaissance méconnait les dispositions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale ;

En ce qui concerne les décisions portant refus de renouvellement de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

- elles ont été prises par une autorité incompétente ;

- elle sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation, dès lors qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il contribue à l'entretien et à l'éducation de son enfant ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnait les 3° et 5° des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement :

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et manifeste.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 juin 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. d'Argenson, président ;

- et les observations de Me Crusoé, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 20 juillet 1990, est entré en France le 25 août 2009 sous-couvert d'un visa étudiant et a obtenu par la suite des titres de séjour en cette qualité puis en tant que conjoint de français jusqu'en 2015 et de parent d'enfant français, le dernier titre expirait le 23 août 2021. Il a sollicité le 2 juillet 2021 le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 28 décembre 2022, dont il demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement.

Sur le moyen commun à l'arrêté attaqué :

2. Aux termes de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale : " I. - Dans le cadre des enquêtes prévues à l'article 17-1 de la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995, () les données à caractère personnel figurant dans le traitement qui se rapportent à des procédures judiciaires en cours ou closes, à l'exception des cas où sont intervenues des mesures ou décisions de classement sans suite, de non-lieu, de relaxe ou d'acquittement devenues définitives, ainsi que des données relatives aux victimes, peuvent être consultées, sans autorisation du ministère public, par : 1° Les personnels de la police et de la gendarmerie habilités selon les modalités prévues au 1° et au 2° du I de l'article R. 40-28 ; / () / 5° Les personnels investis de missions de police administrative individuellement désignés et spécialement habilités par le représentant de l'Etat. L'habilitation précise limitativement les motifs qui peuvent justifier pour chaque personne les consultations autorisées. Lorsque la consultation révèle que l'identité de la personne concernée a été enregistrée dans le traitement en tant que mise en cause, l'enquête administrative ne peut aboutir à un avis ou une décision défavorables sans la saisine préalable, pour complément d'information, des services de la police nationale ou des unités de la gendarmerie nationale compétents et, aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires, du ou des procureurs de la République compétents. Le procureur de la République adresse aux autorités gestionnaires du traitement un relevé des suites judiciaires devant figurer dans le traitement d'antécédents judiciaires et relatif à la personne concernée. Il indique à l'autorité de police administrative à l'origine de la demande si ces données sont accessibles en application de l'article 230-8 du présent code () ".

3. Dès lors que les dispositions citées ci-dessus prévoient la possibilité que certains traitements automatisés de données à caractère personnel soient consultés au cours de l'enquête conduite par l'administration dans le cadre de ses pouvoirs de police, préalablement à la décision portant refus de titre de séjour, la circonstance que l'agent ayant procédé à cette consultation n'aurait pas été, en application des dispositions également citées ci-dessus du code de procédure pénale, individuellement désigné et régulièrement habilité à cette fin, si elle est susceptible de donner lieu aux procédures de contrôle de l'accès à ces traitements, n'est pas, par elle-même, de nature à entacher d'irrégularité la décision prise. Il en va de même de l'absence d'information par le procureur de la République sur les suites judiciaires. Dès lors, le moyen tiré de ce que le préfet aurait entaché son arrêté d'un vice de procédure et méconnu l'article R. 40-29 du code de procédure pénale ne peut qu'être écarté.

Sur les décisions portant refus de renouvellement de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

4. Les décisions attaquées ont été signées par Mme E D, cheffe de la section contentieux à la préfecture du Val-d'Oise, qui bénéficiait en vertu de l'article 8 de l'arrêté n°22-181 du préfet du Val-d'Oise du 30 novembre 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'État, d'une délégation à l'effet de signer notamment " tout arrêté de refus de délivrance de titre de séjour notifié aux ressortissants étrangers, toute obligation de quitter le territoire français, toute décision fixant le pays de destination. ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions en litige doit être écarté.

5. Les décisions portant refus de renouvellement de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français comportent l'énoncé suffisamment précis des circonstances de droit et de fait qui les fondent. Par conséquent, le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit être écarté.

6. Si le préfet du Val-d'Oise relève que M. B a été condamné le 22 octobre 2021 par le tribunal judiciaire de Grenoble à quatre mois d'emprisonnement et est connu défavorablement des services de police, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des autres pièces du dossier qu'il a estimé que l'intéressé constituait une menace à l'ordre public. Par suite, les moyens tirés d'une erreur de fait et d'une erreur dans l'appréciation de sa situation au regard de la menace qu'il constituerait pour l'ordre public ne peuvent qu'être écartés.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (). 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. M. B soutient être entré en France en 2009, y résider depuis lors et être le père d'une enfant française née en 2014 ainsi que d'un autre enfant né le 20 juillet 2019. Toutefois, la seule circonstance qu'il séjournerait sur le territoire français depuis la date alléguée est insuffisante pour y établir l'existence de sa vie privée et familiale. En outre, contrairement à ce qu'il soutient, il n'apporte la preuve ni de l'existence de relations avec ses enfants, dont sa fille, ni de sa contribution à leur entretien et à leur éducation. Par ailleurs, à la date de l'arrêté contesté, M. B déclarait être célibataire et non dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents, ainsi que cela ressort de la fiche de renseignements complétée et signée par ses soins le 20 décembre 2021, s'abstenant même de mentionner l'existence de son second enfant pourtant reconnu. L'intéressé ne justifie pas davantage d'une insertion particulière à la société française, notamment professionnelle. Enfin, ainsi qu'il a été précédemment, M. B a fait l'objet de plusieurs signalements depuis 2011 et a été condamné le 22 octobre 2021 par le tribunal judiciaire de Grenoble à quatre mois d'emprisonnement, dont deux avec sursis probatoire pour des faits de conduite d'un véhicule terrestre sans assurance, d'usage illicite de stupéfiants et de récidive de conduite d'un véhicule sous l'emprise de stupéfiants. Dans ces conditions, le préfet du Val-d'Oise n'a pas, en édictant les décisions attaquées, porté atteinte à sa vie privée. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

Sur la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour :

9. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Enfin, aux termes de l'article 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. () ".

10. Ainsi qu'il a été dit au point 8, M. B n'établit pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de son enfant française depuis sa naissance ou depuis au moins deux ans. Il ressort au contraire d'un courrier de la Caisse d'allocation familiales de Savoie en date du 19 octobre 2022 qu'il n'y participe pas. Dès lors, le moyen tiré des erreurs de fait et d'appréciation au regard de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

11. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

12. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 8 et 10, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations ne peut qu'être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 3° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, sauf s'il a été, pendant toute cette période, titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " ; () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ;( ). ".

14. D'une part, si M. B, se prévaut de sa présence en France depuis 2009, il ressort de l'arrêté en litige qu'il est entré en France sous-couvert d'un visa étudiant et qu'il a été muni de cartes de séjour en cette qualité, le requérant ayant obtenu à l'université de Montpellier une maitrise en sciences, technologies et santé au titre de l'année 2013-2014. Il ne peut donc utilement invoquer le bénéfice de son séjour durant la période où il a régulièrement résidé en France en qualité d'étudiant. D'autre part, ainsi qu'il a été dit au point 8, l'intéressé ne justifie pas de sa contribution à l'entretien et à l'éducation de son enfant français. Ainsi, il ne démontre pas remplir les conditions des 3° et 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays d'éloignement :

15. Le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale est inopérant à l'encontre de la décision fixant le pays d'éloignement. En tout état de cause, le moyen tiré de ce que la décision litigieuse est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, à supposer qu'un tel moyen soit soulevé, n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant au tribunal d'en apprécier la portée et le bien-fondé et ne peut qu'être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. d'Argenson, président,

M. Robert, premier conseiller,

Mme Bocquet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2024.

Le président-rapporteur,

signé

P.-H. d'ArgensonL'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

signé

D. RobertLa greffière,

signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2301198

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