Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2301313

mardi 30 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2301313
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er février 2023, M. A B, représenté par Me Hug, avocate, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision, en date du 10 juillet 2023, par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge a prononcé la cessation de ses conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, avec effet à compter du mois de janvier 2023, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 500 euros à verser, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à Me Hug, qui sera autorisée à en poursuivre directement le recouvrement.

M. B soutient que la décision contestée :

- n'est pas suffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;

- est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'aucun manquement ne peut lui être reproché ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 avril 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration fait valoir que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.

Par une décision en date du 9 mai 2023, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le Tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à M. B le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Kelfani, président, a été entendu, au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, demandeur d'asile de nationalité afghane, conteste la décision en date du 10 juillet 2023, par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge a prononcé la cessation des conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait.

Sur les conclusions aux fins d'annulation, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête :

2. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes () ".

3. Pour prendre la décision dont l'annulation est demandée, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge a retenu que M. B n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se rendre aux entretiens personnels concernant sa procédure d'asile.

4. Toutefois, si l'Office français de l'immigration et de l'intégration expose que le requérant ne s'est pas présenté aux deux rendez-vous relatifs à son hébergement des 22 et 29 novembre 2022 auxquels ses services l'avaient convoqué par " SMS ", la seule production d'une " capture d'écran " intitulée " Informations client " jointe au mémoire en défense n'établit pas que M. B aurait été effectivement convoqué à l'un ou l'autre de ces rendez-vous.

5. S'il est établi que la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge a, par une lettre en date du 2 décembre 2022, convoqué M. B à la direction territoriale de Montrouge le lundi 12 décembre 2022 à 15 heures, le requérant, qui justifie qu'il ne peut aller chercher son courrier à sa domiciliation postale - SPADA 78 - Coallia 15 rue de la Chasse à Limay (Yvelines) - qu'une fois par semaine le lundi à 15 heures, soutient qu'il a été informé de cette convocation une heure après l'heure fixée pour le rendez-vous. M. B fait également valoir qu'il a alors joint le numéro de téléphone mentionné sur la convocation mais que compte tenu de son insuffisante maîtrise de la langue française il a eu du mal à se faire comprendre de son interlocuteur et qu'il s'est ensuite rendu à la direction territoriale de Montrouge où il est arrivé après deux heures de transport en commun et où il n'a pas été reçu. Dans ces conditions, M. B doit être regardé comme justifiant, par un motif légitime, son absence à la convocation du 12 décembre 2022, ce que l'Office français de l'immigration et de l'intégration reconnaît au demeurant dans son mémoire en défense.

6. Il résulte de ce qui précède que M. B ne pouvait, dès lors, pas être regardé comme ayant méconnu ses obligations de présentation auprès des autorités. Il suit de là que le motif rappelé ci-dessus au point 3 n'était pas de nature à justifier légalement la décision portant cessation des conditions matérielles d'accueil contestée.

7. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision, en date du 10 juillet 2023, par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge a prononcé la cessation de ses conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

8. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".

9. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs, par application des dispositions législatives précitées, qu'il soit enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir le requérant dans ses droits aux conditions matérielles d'accueil, s'agissant notamment de l'allocation pour demandeur d'asile, à compter de la date à laquelle la décision de la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge en date du 10 juillet 2023 a produit ses effets. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de fixer à l'Office français de l'immigration et de l'intégration un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement pour procéder à cette opération.

10. Il n'y a pas lieu, à ce stade, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à l'avocate de M. B d'une somme de 1 000 (mille) euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Hug renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

D É C I D E :

Article 1er : La décision, en date du 10 juillet 2023, par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge a prononcé la cessation des conditions matérielles d'accueil dont bénéficiait M. B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir M. B dans ses droits aux conditions matérielles d'accueil, s'agissant notamment de l'allocation pour demandeur d'asile, à compter de la date à laquelle la décision de la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge en date du 10 juillet 2023 a produit ses effets, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Sous la réserve mentionnée au dernier point du présent jugement, l'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me Hug, avocate de M. B, la somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2024 à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, M. Viain, premier conseiller, et M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2024.

Le rapporteur,

signé

K. KELFANI

Le premier conseiller,

signé

T. VIAINLa greffière,

signé

A. CHANSON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.