lundi 22 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2301386 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Pole Social (JU) |
| Avocat requérant | SELARL VERPONT AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 31 janvier 2023, M. B A, représenté par Me Toihiri, demande au tribunal :
1°) de condamner l'État à lui payer la somme de 6 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de son absence de relogement, assortie des intérêts au taux légal capitalisés ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de le reloger dans un logement adapté à ses besoins et à ses capacités, dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle ;
4°) de mettre à la charge de l'État à son bénéfice la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la responsabilité pour faute de l'État est engagée dès lors qu'il n'a reçu aucune proposition de logement, alors qu'il a été reconnu prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable le 5 février 2020;
- il subit en conséquence des troubles de toute nature dans ses conditions d'existence dès lors qu'il est toujours dépourvu de logement, hébergé par ses parents avec sa sœur dans un logement, suroccupé, de 19,11 m².
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 janvier 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que le comportement de l'intéressé a fait obstacle à l'exécution de l'obligation de relogement, dès lors que, d'une part, deux propositions de logement lui ont été faites, mais que les commission d'attribution ont estimé que ses revenus étaient insuffisants pour faire face aux loyers, M. A n'effectuant aucune démarche pour augmenter ses revenus et que, d'autre part, il limite à quatre communes très demandées sa demande de logement social alors qu'il n'a aucune contrainte personnelle ou professionnelle.
Par un courrier du 15 décembre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à l'État de prendre les mesures nécessaires pour reloger M. A dès lors que de telles conclusions ne peuvent être présentées que dans le cadre du recours distinct prévu par le I de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation.
Vu :
- la décision du 27 septembre 2021par laquelle le président du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise lui a accordé l'aide juridictionnelle partielle à hauteur e 25% ;
- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Monteagle, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Monteagle, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été reportée, à l'issue de l'audience publique, au 15 janvier 2024 à 12h00, pour permettre aux parties d'apporter des pièces complémentaires au soutien de leurs écritures.
Un mémoire et des pièces complémentaires de M. A ont été enregistré les 9 et 11 janvier 2024 qui ont été communiqués.
M. A a produit un mémoire complémentaire le 15 janvier 2024 qui n'a pas été communiqué.
Considérant ce qui suit :
1. La commission de médiation des Hauts-de-Seine a, par une décision du 5 février 2020, désigné M. A comme prioritaire et devant être logé en urgence. N'ayant pas reçu de proposition de logement, M. A a saisi le préfet d'une demande indemnitaire préalable par un courrier reçu le 8 novembre 2022. Cette demande a été implicitement rejetée. M. A demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 6 000 euros en réparation des préjudices subis.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".
3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.
En ce qui concerne la responsabilité :
4. La commission de médiation a reconnu, le 5 février 2020, le caractère urgent et prioritaire de la demande de M. A au motif qu'il était dépourvu de logement. Il résulte de l'instruction que M. A est hébergé par ses parents, avec sa sœur, dans un logement d'une superficie de 19,11 mètres carrés, lequel est donc suroccupé. La persistance de cette situation, à compter du 5 août 2020, constitue une carence de l'État ayant revêtu un caractère fautif de nature à engager la responsabilité de l'État.
5. Par ailleurs, aux termes du septième alinéa du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " Après avis des maires des communes concernées et en tenant compte des objectifs de mixité sociale définis par les orientations mentionnées à l'article L. 441-1-5 et la convention mentionnée à l'article L. 441-1-6 ou par l'accord collectif intercommunal ou départemental, le représentant de l'État dans le département ou, en Ile-de-France, le représentant de l'État dans la région définit le périmètre au sein duquel ces logements doivent être situés et qui, en Ile-de-France, peut porter sur des territoires situés dans d'autres départements de la région après consultation du représentant de l'État territorialement compétent. Le représentant de l'État dans le département ou, en Ile-de-France, le représentant de l'État dans la région tient compte, dans des conditions fixées par décret, de la situation des quartiers prioritaires de la politique de la ville pour la définition de ce périmètre. Il fixe le délai dans lequel le demandeur doit être logé () ". Aux termes de l'article R. 441-16-2 du même code : " La commission de médiation, lorsqu'elle détermine en application du II de l'article L. 441-2-3 les caractéristiques du logement devant être attribué en urgence à toute personne reconnue prioritaire, puis le préfet, lorsqu'il définit le périmètre au sein duquel ce logement doit être situé et fixe le délai dans lequel le bailleur auquel le demandeur a été désigné est tenu de le loger dans un logement tenant compte de ses besoins et capacités, apprécient ces derniers en fonction de la taille et de la composition du foyer au sens de l'article L. 442-12, de l'état de santé, des aptitudes physiques ou des handicaps des personnes qui vivront au foyer, de la localisation des lieux de travail ou d'activité et de la disponibilité des moyens de transport, de la proximité des équipements et services nécessaires à ces personnes. Ils peuvent également tenir compte de tout autre élément pertinent propre à la situation personnelle du demandeur ou des personnes composant le foyer. / () / Le préfet, lorsqu'il définit le périmètre au sein duquel le logement à attribuer doit être situé, et le bailleur, lorsqu'il propose une offre de logement tenant compte des besoins et capacités du demandeur, apprécient ces derniers à la date à laquelle ils lui proposent un logement, en prenant en considération les changements dans la taille ou la composition du foyer portés à leur connaissance ou survenus postérieurement à la décision de la commission ". Aux termes de l'article R. 441-2-2 de ce code : " () La demande de logement social comporte les rubriques suivantes : () h) Type de logement recherché et localisation souhaitée () " ;
6. Il résulte de ces dispositions que lorsqu'un demandeur a été reconnu comme prioritaire et devant être relogé en urgence par une commission de médiation, il incombe au représentant de l'État dans le département de définir le périmètre au sein duquel le logement à attribuer doit être situé, sans être tenu par les souhaits de localisation formulés par l'intéressé dans sa demande de logement social.
7. Au cas particulier et d'une part, le préfet fait valoir que M. A limite, sans motif valable, sa demande de logement social à quatre communes des Hauts-de-Seine rendant plus difficile son relogement. Toutefois, il résulte des dispositions citées au point 5 que le préfet n'est pas tenu par les souhaits de localisation émis par M. A et qu'il doit proposer à l'intéressé un logement social dans le périmètre qu'il lui revient de déterminer et qui peut même inclure d'autres départements de la région.
8. D'autre part, le préfet soutient que M. A a bénéficié de deux offres de logement qui n'ont pu aboutir en raison de l'insuffisance de ses revenus, cette circonstance ne saurait être regardée comme témoignant de ce que l'intéressé aurait fait obstacle par son comportement à la mise en œuvre de son relogement.
9. Il résulte de ce qui précède qu'il n'existe aucune circonstance qui puisse être regardée comme une cause exonérant l'État de sa responsabilité au regard de la faute mentionnée au point 4.
En ce qui concerne le préjudice :
10. Le maintien de M. A dans son logement lui a nécessairement causé à des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence. Compte tenu de la période pendant laquelle ces troubles ont perduré, qui s'étend du 5 août 2020 à la date de lecture du présent jugement, et aux conditions de logement de M. A qui ont perduré du fait de la carence de l'État, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en évaluant l'indemnisation due à la somme totale de 800 euros.
11. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'État à verser à M. A la somme totale de 800 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Aux termes des alinéas 6 à 8 de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne, lorsqu'il constate que la demande a été reconnue comme prioritaire par la commission de médiation et doit être satisfaite d'urgence et que n'a pas été offert au demandeur un logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités, ordonne le logement ou le relogement de celui-ci par l'État et peut assortir son injonction d'une astreinte ".
13. Si une personne reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation peut, en cas de carence de l'administration à exécuter cette décision dans le délai imparti, demander au juge administratif de condamner l'État à l'indemniser des troubles dans ses conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, elle ne peut présenter dans la même demande des conclusions tendant à ce qu'il soit ordonné à l'État d'assurer son logement ou son relogement conformément à la décision de la commission de médiation ou à ce que une astreinte assortissant cette injonction soit liquidée provisoirement ou définitivement, de telles conclusions ne pouvant être portées que devant le tribunal administratif statuant dans les conditions prévues par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation.
14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à ce qu'il soit enjoint à l'État de prendre les mesures nécessaires pour le reloger sont irrecevables, dès lors que de telles conclusions ne peuvent être présentées que dans le cadre du recours prévu par le I de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation.
Sur les frais liés au litige :
15. D'une part, M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 25 %. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susmentionnée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Toihiri, conseil de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Toihiri de la somme de 270 euros.
16. D'autre part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'État le versement à M. A de la somme de 800 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par ces motifs, le tribunal décide:
Article 1er : L'État est condamné à verser à M. A la somme de 800 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.
Article 2 : L'État versera la somme de 270 euros à Me Toihiri, conseil de M. A, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : L'État versera la somme de 800 euros à M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Toihiri et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 janvier 2024.
La magistrate désignée
signé
M. MonteagleLa greffière
signé
C. Mas
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
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01/06/2026
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01/06/2026