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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2301387

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2301387

lundi 22 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2301387
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPole Social (JU)
Avocat requérantLANDOLSI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 31 janvier 2023 et 17 octobre 2023, Mme A B, représentée par Me Landolsi, demande au tribunal :

1°) de condamner l'État à lui payer la somme de 300 euros par mois à compter du 23 décembre 2020 en réparation des préjudices qu'elle a subis du fait de son absence de relogement et ce jusqu'à ce qu'elle soit relogée ;

2°) de mettre à la charge de l'État les entiers dépens.

Elle soutient que la responsabilité pour faute de l'État est engagée dès lors qu'elle n'a reçu aucune proposition de logement, alors qu'elle a été reconnue prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable le 8 novembre 2017.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 janvier 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que Mme B a fait obstacle, par son comportement, à l'exécution de la décision, dès lors qu'elle a bénéficié de deux propositions de logement en 2021 mais qu'elle n'a pas fourni de dossier complet et cohérent à la commission d'attribution chargée d'examiner son dossier et que, par ailleurs, elle ne met pas à jour toutes les rubriques de sa demande de logement social.

Vu :

- le jugement n° 1906626 du 22 décembre 2020 par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a condamné l'État à payer à Mme B la somme de 2 000 euros ;

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Monteagle, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Monteagle, magistrate désignée,

- les observations de Me Landolsi, représentant Mme B, maintenant les conclusions et développant les moyens, précisant que Mme B demande également au tribunal le versement à son bénéfice de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. La commission de médiation des Hauts-de-Seine a, par une décision du 8 novembre 2017, désigné Mme B comme prioritaire et devant être logée en urgence. N'ayant pas reçu de proposition de logement, Mme B a saisi le préfet d'une demande indemnitaire préalable par un courrier du 2 juin 2021. Cette demande a été implicitement rejetée. Mme B demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 300 euros par mois depuis le 23 décembre 2020 et jusqu'à son relogement en réparation des préjudices subis.

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement. Dans le cas où le demandeur a été reconnu prioritaire au seul motif que sa demande de logement social n'a pas reçu de réponse dans le délai réglementaire, son maintien dans le logement où il réside ne peut être regardé comme entraînant des troubles dans ses conditions d'existence lui ouvrant droit à réparation que si ce logement est inadapté au regard, notamment, de ses capacités financières et de ses besoins.

4. D'une part, la commission de médiation a reconnu le caractère urgent et prioritaire de la demande de Mme B au motif qu'elle n'avait pas reçu de proposition de logement dans le délai fixé en application des dispositions de l'article L. 441-1-4 du code de la construction et de l'habitation. La persistance de cette situation, à compter du 8 mai 2018, caractérise une carence fautive de l'État.

5. Toutefois et d'autre part, pour établir l'existence de préjudices en ayant résulté, Mme B fait valoir que cette situation l'a contrainte à s'acquitter d'un loyer mensuel de 764 euros. Toutefois, il résulte de l'instruction que Mme B bénéficie d'une aide au logement de plus de 500 euros par mois, ramenant son loyer à la somme de 257 euros, ce qui, au regard de ses ressources sur la période, n'est pas manifestement disproportionné à ses capacités financières. Par ailleurs, si Mme B soutient que cette attente l'a contrainte à vivre dans un logement de 28 m² avec ses deux enfants, nés en 2011 et 2012, une telle surface pour trois personnes ne caractérise pas une sur-occupation au sens de l'article R. 822-25 du code de la construction et de l'habitation. Ainsi, il ne résulte pas de l'instruction que le maintien de la requérante dans son logement aurait entraîné des troubles dans ses conditions d'existence lui ouvrant droit à réparation.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires de Mme B doivent être rejetées. Il y a lieu de rejeter également, par voie de conséquence et en tout état de cause, les conclusions relatives aux frais liés au litige.

Par ces motifs, le tribunal décide:

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 janvier 2024.

La magistrate désignée

signé

M. MonteagleLa greffière

signé

C. Mas

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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