Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2301507

vendredi 22 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2301507
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 février 2023, M. B A, représenté par Me Sow, avocat, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 novembre 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a retiré sa carte de résident ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui restituer sa carte de résident dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que l'arrêté attaqué :

- est insuffisamment motivé ;

- méconnaît l'article L. 432-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 novembre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Le préfet des Hauts-de-Seine fait valoir que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Villette, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant sénégalais, demande l'annulation de l'arrêté du 24 novembre 2022, par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a retiré sa carte de résident, valable du 26 avril 2019 au 25 avril 2029 et lui a remis une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête :

2. Il ressort des pièces du dossier que pour prendre l'arrêté litigieux, le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé sur la circonstance que M. A aurait été déféré, le 9 avril 2022, devant le Procureur de la République pour des faits violence sans incapacité, en présence d'un mineur, par une personne ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, et que sa présence sur le territoire français constituerait ainsi une menace pour l'ordre public. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé aurait fait l'objet d'une quelconque condamnation à raison de ces faits et, en tout état de cause, aucune disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne permettait, à la date de la décision attaquée, le retrait d'une carte de résident pour un motif d'ordre public. Par ailleurs, il n'est pas contesté que le requérant réside régulièrement sur le territoire français depuis 2014 et qu'il est père d'un enfant, prénommé Thiendella, de nationalité française. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que l'arrêté litigieux est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

3. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine, en date du 24 novembre 2022 doit être annulé.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

4. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".

5. Eu égard au motif d'annulation énoncé ci-dessus, le présent jugement implique nécessairement que le préfet des Hauts-de-Seine restitue à M. A sa carte de résident, dans un délai qu'il convient de fixer à trente jours à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à M. A d'une somme de 1 000 (mille) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine, en date du 24 novembre 2022, est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de restituer à M. A sa carte de résident dans un délai de trente jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à M. A une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 4 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, Mme Louazel, conseillère, et M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mars 2024.

Le rapporteur,

signé

G. VILLETTE

Le président,

signé

K. KELFANILa greffière,

signé

A. CHANSON

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.