Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2301669

vendredi 22 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2301669
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 février 2023, Mme B A demande au Tribunal d'annuler la décision, en date du 23 janvier 2023, par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande tendant à la délivrance d'un certificat de résidence algérien de dix ans.

Mme A soutient qu'elle est salariée dans le domaine de la santé depuis octobre 2019, et ce sans interruption, et qu'elle en tire des revenus suffisants qui, par ailleurs, ne cessent d'augmenter.

Le préfet des Hauts-de-Seine a été mis en demeure le 22 septembre 2023.

Les parties ont été informées le 12 février 2024, en application de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, que le Tribunal était susceptible, en cas d'annulation de la décision attaquée, de prononcer d'office une injonction adressée au préfet des Hauts-de-Seine tendant à ce qu'il délivre à Mme A un certificat de résidence algérien d'une durée de dix ans, dans le délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Villette, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante algérienne, a présenté au préfet des Hauts-de-Seine, le 16 octobre 2022, une demande tendant à la délivrance d'un certificat de résidence algérien de dix ans sur le fondement de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par une décision du 23 janvier 2023, dont Mme A demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article 5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens s'établissant en France pour exercer une activité professionnelle autre que salariée reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur justification, selon le cas, qu'ils sont inscrits au registre du commerce ou au registre des métiers ou à un ordre professionnel, un certificat de résidence dans les conditions fixées aux articles 7 et 7 bis. ". Aux termes de l'article 7 du même accord : " Les dispositions du présent article et celles de l'article 7 bis fixent les conditions de délivrance du certificat de résidence aux ressortissants algériens autres que ceux visés à l'article 6 nouveau, ainsi qu'à ceux qui s'établissent en France après la signature du premier avenant à l'Accord : () c) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent, s'ils justifient l'avoir obtenue, un certificat de résidence valable un an renouvelable et portant la mention de cette activité () ". Aux termes de l'article 7 bis de l'accord précité : " Les ressortissants algériens visés à l'article 7 peuvent obtenir un certificat de résidence de dix ans s'ils justifient une résidence ininterrompue en France de trois années. / Il est statué sur leur demande en tenant compte des moyens d'existence dont ils peuvent faire état, parmi lesquels les conditions de leur activité professionnelle et, le cas échéant, des justifications qu'ils peuvent invoquer à l'appui de leur demande. () ". Il résulte de ces stipulations qu'il appartient au ressortissant algérien qui demande la délivrance d'un certificat de résidence de dix ans, après avoir démontré entrer dans l'un des cas visés à l'article 7 de l'accord franco-algérien, d'établir, d'une part, la permanence et l'effectivité de sa résidence en France depuis trois ans, et, d'autre part, de justifier de ses moyens d'existence et notamment des conditions d'exercice de son activité professionnelle.

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme A s'est vu délivrer, le 4 novembre 2019, un certificat de résidence algérien portant la mention " salarié : technicienne étude clinique junior ", régulièrement renouvelé depuis lors. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que la requérante a travaillé de manière continue pour l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris, entre octobre 2019 et octobre 2022, en qualité de technicienne d'études cliniques et, depuis novembre 2022, pour le groupe hospitalier privé Ambroise Paré-Hartmann, sous contrat à durée déterminée, en contrepartie d'une rémunération nettement supérieure au salaire minimum de croissance. Par suite, Mme A, qui justifie tant d'une résidence interrompue en France au cours des trois années précédant la décision litigieuse que de moyens d'existence suffisants, est fondée à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un certificat de résidence algérien d'une durée de dix ans, le préfet des Hauts-de-Seine a méconnu les stipulations précitées de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

4. Il résulte de ce qui précède que la décision du préfet des Hauts-de-Seine, en date du 23 janvier 2023, doit être annulée.

Sur l'injonction d'office :

5. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".

6. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs, par application des dispositions, précitées, de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, qu'il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à Mme A un certificat de résidence algérien d'une durée de dix ans, dans un délai de trente jours à compter de la notification du présent jugement.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du préfet des Hauts-de-Seine, en date du 23 janvier 2023, est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à Mme A un certificat de résidence algérien de dix ans dans un délai de trente jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 4 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, Mme Louazel, conseillère, et M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mars 2024.

Le rapporteur,

signé

G. VILLETTE

Le président,

signé

K. KELFANI La greffière,

signé

A. CHANSON

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.