Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2301703
vendredi 22 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2301703 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 février 2023, M. D A, représenté par Me Zouba, avocat, demande au Tribunal :
1°) d'annuler la décision du 25 janvier 2023 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a procédé au classement sans suite de sa demande de regroupement familial présentée en faveur de son épouse ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, d'accorder à son épouse le bénéfice du regroupement familial dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que la décision attaquée :
- a été prise par une autorité incompétente ;
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 juillet 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Le préfet du Val-d'Oise fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord du 27 décembre 1968 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Louazel, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien, a déposé, le 18 janvier 2022, auprès de l'Office français de l'intégration et de l'immigration, une demande tendant à l'introduction en France, dans le cadre du regroupement familial, de son épouse, Mme B C. Par une décision en date du 25 janvier 2023, le préfet du Val-d'Oise a classé sans suite cette demande. M. A demande au Tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article R. 434-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui sollicite le regroupement familial présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code. ". La rubrique 65 de l'annexe 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dresse la liste des pièces à fournir à l'appui d'une demande de regroupement familial. Le point 1. relatif aux pièces à fournir pour toute demande indique " titre de séjour (recto/ verso) en cours de validité ". Aux termes de l'article R. 434-12 du même code : " Au vu du dossier complet de demande de regroupement familial, les services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration délivrent sans délai une attestation de dépôt de dossier qui fait courir le délai de six mois dont bénéficie l'autorité administrative pour statuer. ".
3. D'autre part, l'article L. 110-1 du code des relations entre le public et l'administration dispose : " Sont considérées comme des demandes au sens du présent code les demandes et les réclamations, y compris les recours gracieux ou hiérarchiques, adressés à l'administration. ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 114-5 du même code : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations. ".
4. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier de l'accusé de réception délivré le 18 janvier 2022 par le directeur territorial du Val-d'Oise de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que M. A a déposé, le 21 décembre 2020, une demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse sur le fondement de l'article 4 de l'accord franco-algérien visé ci-dessus. Par courrier du 14 avril 2022, le préfet du Val-d'Oise lui a demandé de produire, dans un délai de quinze jours, la copie de son titre de séjour comportant son adresse actuelle afin de compléter son dossier en vue de son instruction. M. A justifie avoir, d'une part, transmis sa nouvelle adresse par courriel du 22 avril 2022 aux services préfectoraux et, d'autre part, produit la pièce demandée par courrier du 26 avril 2022. Le préfet du Val-d'Oise, en se bornant à faire valoir que l'intéressé n'a pas produit la pièce justificative en litige, ne conteste pas sérieusement les éléments versés à l'instance. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que le préfet du Val-d'Oise n'a pas examiné sa demande de regroupement familial, et a, par suite, commis une erreur de droit.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :
6. Le présent jugement implique nécessairement que le préfet du Val-d'Oise procède à l'examen de la demande regroupement familial demandé par M. A en faveur de son épouse. Il y a lieu de fixer au préfet du Val-d'Oise un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement pour procéder à cet examen. Il n'y a pas lieu d'assortir, à ce stade, cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais de l'instance :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 (mille) euros à verser à M. A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du préfet du Val-d'Oise du 25 janvier 2023 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de procéder à l'examen de la demande de regroupement familial présentée par le requérant, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera une somme de 1 000 euros à M. A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 4 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Kelfani, président, Mme Louazel, conseillère, et M. Villette, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mars 2024.
La rapporteuse,
signé
M. LOUAZEL
Le président,
signé
K. KELFANI La greffière,
signé
A. CHANSON
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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