Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2301800

mardi 24 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2301800
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 et 24 février 2023, Mme A B, représentée par Me Sarhane, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 28 décembre 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de délivrer un titre de séjour de procéder ou, à défaut, de réexaminer sa situation à compter de la notification de ce jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de renonciation à la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

En ce qui concerne les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

- elles ont été signées par une autorité incompétente ;

- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;

- elles ont été prises à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que le préfet n'apporte pas la preuve de la notification par la Cour nationale du droit d'asile du rejet de sa demande d'asile ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la convention de Genève, de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles violent les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement :

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière et méconnaît le principe du contradictoire ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mars 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il indique confirmer son arrêté et communique l'ensemble des pièces utiles en sa possession.

Par une ordonnance du 19 avril 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 8 mai 2023.

Par une décision du 9 mai 2023 du bureau d'aide juridictionnelle, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a décidé de dispenser le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Ouillon, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

1. Mme B, ressortissante tchadienne née le 1er octobre 1990, est entrée régulièrement en France le 11 février 2022 munie d'un visa de long séjour valant titre de séjour étudiant valable du 12 octobre 2021 au 12 octobre 2022. Elle en a sollicité le renouvellement le 12 décembre 2022 sur le fondement des dispositions des articles L. 422-1 à L. 422-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 28 décembre 2022 dont elle demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement.

Sur les conclusions au titre de l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 9 mai 2023 du bureau d'aide juridictionnelle, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à ce qu'elle soit admise à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° () constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () ". Aux termes de l'article L. 613-1 de ce code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".

4. Les décisions attaquées visent notamment les articles L. 422-1 à L. 422-3, les articles L. 721-3, L. 721-4 et L. 721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et exposent, avec suffisamment de précision, les éléments de la situation personnelle et familiale de l'intéressée. Ces décisions comportent ainsi de façon circonstanciée l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elles satisfont, dès lors, aux exigences de motivation prévues par les dispositions précitées de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions attaquées, doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à des traitements inhumains ou dégradants () ".

6. Mme B dont la demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) le 31 mai 2022, puis par une décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 8 novembre 2022, n'apporte aucun élément justifiant qu'elle serait exposée, en cas de retour dans son pays d'origine, à une menace actuelle ou à un risque à de persécution ou de torture. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne les moyens propres aux décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par Mme C, adjointe au directeur des migrations et de l'intégration du Val-d'Oise, qui disposait d'une délégation de signature consentie par un arrêté du préfet du Val-d'Oise PCI n° 22-181 du 30 novembre 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'État dans le département pour signer notamment les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays d'éloignement en cas d'absence ou d'empêchement du directeur des migrations et de l'intégration. Il n'est pas soutenu et il ne ressort pas des pièces du dossier que le directeur des migrations et de l'intégration n'aurait pas été absent ou empêché à la date des décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté en litige doit être écarté.

8. En deuxième lieu, il ressort du relevé " telemofpra " produit par le préfet en défense, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que la Cour nationale du droit d'asile a rejeté la demande d'asile de Mme B, par une décision du 8 novembre 2022 qui lui a été notifiée le 5 décembre 2022. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que les décisions en litige ont été prises à l'issue d'une procédure irrégulière. Dès lors, le moyen doit être écarté.

9. En troisième lieu, si Mme B invoque une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation au regard de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de la convention de Genève sur le statut des réfugiés et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle n'assortit pas ces moyens des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Pour ce motif, ces moyens doivent être écartés.

En ce qui concerne les moyens propres à la décision fixant le pays de renvoi :

10. En premier lieu, si Mme B soutient que la décision fixant le pays d'éloignement a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière et méconnaît le principe du contradictoire, cette décision fait suite à une demande de l'intéressée et elle a alors été en mesure de présenter toutes observations de son choix. Au demeurant, elle ne démontre pas disposer d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'elle aurait été privée de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la décision fixant le pays de renvoi et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à cette décision. Dès lors, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure et de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté.

11. En deuxième lieu, en l'absence d'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'illégalité de ces décisions soulevé à l'encontre de la décision fixant le pays à destination duquel Mme B est susceptible d'être reconduite, ne peut qu'être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme B doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Compte tenu du rejet de ses conclusions à fin d'annulation, les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme B ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

14. L'Etat n'étant pas la partie perdante, dans la présente instance, il n'y a pas lieu de mettre à sa charge la somme demandée en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er: Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à ce que Mme B soit admise à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Sarhane et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Ouillon, président,

M. Goupillier, premier conseiller,

M. Dupin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2023.

Le président-rapporteur,

signé

S. Ouillon

L'assesseur le plus ancien,

signé

C. Goupillier

La greffière,

signé

M-J. Ambroise

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.