Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2302205
mardi 24 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2302205 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 10ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 février 2023, M. B A, représenté par Me Touati, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 janvier 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard du pouvoir discrétionnaire du préfet ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est entachée la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour sur laquelle elle repose.
Par un mémoire, enregistré le 16 mai 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevées par le requérant ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 5 juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 23 juin 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a décidé de dispenser le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Ouillon, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né le 16 février 1988, serait entré en France le 24 décembre 2014 selon ses déclarations sous-couvert d'un visa Schengen valable du 17 décembre 2014 au 14 juin 2015. Il a sollicité le 15 novembre 2021 un titre de séjour sur le fondement de l'article 7b de l'accord franco-algérien. Par un arrêté du 27 janvier 2023, dont M. A demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale " ". Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre d'une activité salariée, soit au titre de la vie familiale. Dès lors que ces conditions sont régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions de cet article à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, il y a lieu d'observer que ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
3. D'une part, si M. A soutient être entré en France en 2014, cette circonstance est insuffisante en elle-même pour être regardée comme constituant un motif exceptionnel ou une considération humanitaire. En tout état de cause, le requérant, par les pièces qu'il produit, n'établit pas une présence habituelle et continue depuis cette date, en particulier entre 2014 et 2018. D'autre part, le requérant est célibataire et n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents, sa fratrie et où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 26 ans. S'il se prévaut de la présence de son enfant né en 2018 à Argenteuil issu d'une relation avec une compatriote qui séjourne régulièrement sur le territoire français jusqu'en 2025, l'intéressé reconnaît ne pas vivre avec son enfant et ne démontre pas, par les éléments versés à l'instance, qu'il contribue effectivement à son entretien et à son éducation. Par ailleurs, alors même qu'il justifie de bulletins de salaire mentionnant l'exercice d'une activité professionnelle en tant qu'installateur sanitaire entre juillet 2020 et septembre 2022 au sein de la société KGK, M. A ne conteste pas sérieusement l'avis défavorable, en date du 7 novembre 2022, de la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère qui précise que son employeur n'a pas respecté les exigences liées à l'exercice d'une profession réglementée et que l'intéressé ne justifie pas d'une habilitation ou d'un diplôme permettant l'exercice de son activité dans l'entreprise. De surcroît, le requérant n'établit pas travailler à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Val d'Oise a, dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, entaché la décision portant refus de titre de séjour, d'une erreur manifeste d'appréciation. Dès lors, le moyen doit être écarté.
4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
5. Eu égard aux éléments de sa situation personnelle rappelés au point 3 du jugement, M. A, alors même que sa présence en France ne constituerait pas une menace pour l'ordre public, n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Val-d'Oise aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision en litige a été prise et aurait ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, ce moyen doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () ". Aux termes de l'article L. 613-1 de ce code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. (). ".
7. La décision obligeant M. A à quitter le territoire français, consécutive à une décision portant refus de titre de séjour, n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte dès que la décision lui refusant le titre de séjour est suffisamment motivée. Il ressort des termes de l'arrêté en litige, qui vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'accord franco-algérien modifié, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que le code des relations entre le public et l'administration, expose, avec suffisamment de précision, les éléments de la situation personnelle et familiale de l'intéressé qui a sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article 7b de l'accord franco-algérien modifié. Cette décision comporte ainsi de façon circonstanciée l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
8. En second lieu, la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas illégale, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écartée.
9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Par voie de conséquence du rejet des conclusions à fin d'annulation, les conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant doivent également être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
11. M. A étant la partie perdante à la présente instance, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 18 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Ouillon, président,
M. Goupillier, premier conseiller,
M. Dupin, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2023.
Le président-rapporteur,
signé
S. Ouillon
L'assesseur le plus ancien,
signé
C. Goupillier
La greffière,
signé
M-J. Ambroise
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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