Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2302394

lundi 25 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2302394
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationPole Social (JU)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 février 2023, Mme A B demande au tribunal d'annuler la décision du 25 janvier 2023 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales du Val-d'Oise a refusé de faire droit à sa demande de remise de dette au titre d'un indu d'aide personnalisée au logement de 311,15 euros.

Elle soutient que :

- la décision est mal motivée, ne permettant pas de comprendre les motifs du refus ;

- elle n'a effectué aucune déclaration trimestrielle tardive et est en situation de surendettement.

Par un mémoire enregistré le 27 septembre 2023, la caisse d'allocations familiales du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Monteagle, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision par laquelle le rapporteur public a été, sur sa proposition, dispensé de prononcer ses conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Le rapport de Mme Monteagle, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par deux décisions des 10 et 25 novembre 2022, la CAF du Val-d'Oise a mis à la charge de Mme B la somme totale de 311,15 euros correspondant à un indu d'aide personnalisée au logement (APL). Après que la requérante a sollicité une remise de sa dette, le directeur de la CAF du Val-d'Oise a rejeté sa demande le 25 janvier 2023. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de cette dernière décision.

2. Aux termes de l'article L. 351-1 du code de la construction et de l'habitation : " () Une aide personnalisée au logement est instituée. ". Aux termes de l'article L. 351-3 de ce même code : " Le montant de l'aide personnalisée au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. Ce barème est établi en prenant en considération : () / 2. Les ressources du demandeur et, s'il y a lieu, de son conjoint et des personnes vivant habituellement à son foyer () ". Aux termes de l'article L. 823-9 de ce code : " Les articles L. 161-1-5 et L. 553-2 du code de la sécurité sociale sont applicables au recouvrement des montants d'aide personnelle au logement indûment versés. ". Le premier alinéa de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale dispose : " Tout paiement indu de prestations familiales est récupéré, sous réserve des dispositions des quatrième à neuvième alinéas de l'article L. 133-4-1, par retenues sur les prestations à venir ou par remboursement intégral de la dette en un seul versement si l'allocataire opte pour cette solution. () ". Aux termes du cinquième alinéa de ce même article L. 553-2, la créance de l'organisme peut toutefois être réduite ou remise " en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausses déclarations ".

3. D'une part, il résulte de ces dispositions qu'un allocataire ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives.

4. D'autre part, lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu d'allocation, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a manqué à ses obligations déclaratives, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des éléments dépourvus d'incidence sur le droit de l'intéressé à l'allocation en cause ou sur son montant, de tenir compte de la nature des éléments ainsi omis, de l'information reçue et notamment, le cas échéant, de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les éléments omis.

5. En premier lieu, si Mme B peut être regardée comme soutenant que la décision est entachée d'un défaut de motivation, un tel moyen, qui a trait aux vices propres de la décision attaquée, est inopérant. Il ne pourra qu'être écarté.

6. En second lieu, il résulte de l'instruction que l'indu d'APL en litige a pour origine des déclarations erronées de ressources de la part de Mme B, qui a omis de déclarer le montant de la pension alimentaire dont elle a bénéficié en 2021. Il résulte également de l'instruction que ces omissions ont été détectées par la CAF, dans le cadre d'échanges d'informations avec l'administration fiscale et ne résultent pas d'une déclaration spontanée de Mme B. Cette dernière ne se prévaut d'aucune circonstance qui aurait pu expliquer cette omission. Dès lors et sans qu'il soit besoin d'examiner si la requérante est en situation de précarité, Mme B ne saurait être regardée comme étant de bonne foi. Par suite, la CAF était fondée à refuser de lui remettre sa dette.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la caisse d'allocations familiales du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mars 2024.

La magistrate désignée,

signé

M. MonteagleLa greffière,

signé

C. Mas

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière