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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2302636

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2302636

lundi 29 septembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2302636
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCABINET DELPEYROUX

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté les requêtes de M. C... contestant des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux pour 2017 et 2018. Le requérant soutenait être résident fiscal brésilien et invoquait la convention fiscale franco-brésilienne de 1971, mais le tribunal a estimé qu'il n'apportait pas la preuve de sa résidence fiscale au Brésil. La majoration de l'article 1729-0 A du code général des impôts a été jugée fondée, le requérant n'ayant pas déclaré ses comptes détenus au Brésil. Les conclusions visant à corriger un dégrèvement d'office ont été déclarées irrecevables.

Texte intégral

Par une requête et un mémoire enregistrés les 20 février 2023 et 23 juillet 2024,
M. A... C..., représenté par Me Henry-Stasse, avocate, demande au Tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d’impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre des années 2017 et 2018 ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l’État la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C... soutient que :

- il apporte la preuve de ce qu’il était résident fiscal brésilien au titre des années 2017 et 2018 ;
- il peut se prévaloir des prévisions des paragraphes 70, 80, 90 des instructions administratives référencées BOI-IR-CHAMP-10 du 28 juillet 2016 ;
- la majoration prévue à l’article 1729-0 A du code général des impôts n’est pas fondée dès lors que, n’étant pas résident fiscal français au titre des années 2017 et 2018, il n’avait pas l’obligation de déclarer les comptes qu’il détenait au Brésil.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 septembre 2023, le directeur départemental des finances publiques du Val-d’Oise conclut au rejet de la requête.

Le directeur département des finances publiques du Val-d’Oise fait valoir que :
- la demande de correction du dégrèvement prononcé le 3 mars 2023 est irrecevable dès lors qu’elle n’a pas fait l’objet d’une réclamation préalable ;
- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu, II, la procédure suivante, enregistrée sous le n° 2306659 :

Par une requête et enregistrée le 2 mai 2023, M. A... C..., représenté par Me Henry-Stasse, demande au Tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d’impôts sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles il a été assujetti au titre des années 2017 et 2018 ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) d’ordonner à l’administration de procéder à la correction du dégrèvement d’office qu’elle a prononcé le 3 mars 2023 ;

3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761 1 du code de justice administrative.

M. C... soutient que :

- il apporte la preuve de ce qu’il était résident fiscal brésilien au titre des années 2017 et 2018 ;
- il peut se prévaloir des prévisions des paragraphes 70, 80, 90 des instructions administratives référencées BOI-IR-CHAMP-10 du 28 juillet 2016 ;
- la majoration prévue à l’article 1729-0 A du code général des impôts n’est pas fondée dès lors que, n’étant pas résident fiscal français au titre des années 2017 et 2018, il n’avait pas l’obligation de déclarer les comptes qu’il détenait au Brésil.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 septembre 2023, le directeur départemental des finances publiques du Val-d’Oise conclut au rejet de la requête.

Le directeur département des finances publiques du Val-d’Oise fait valoir que :

- la demande de correction du dégrèvement prononcé le 3 mars 2023 est irrecevable dès lors qu’elle n’a pas fait l’objet d’une réclamation préalable ;
- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, par courrier du 28 août 2025, en application des dispositions de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d’être fondé sur les moyens tirés de ce que :

- les conclusions tendant à ce que le Tribunal ordonne à l’administration de corriger l’imputation du dégrèvement d’office prononcé le 3 mars 2023 en application de l’article R. 211-1 du livre des procédures fiscales sont irrecevables dès lors qu’il n’appartient pas au juge de l’impôt de se prononcer sur l’usage fait par l’administration d’accorder un tel dégrèvement d’office ;
- l’administration a méconnu le champ d’application de la loi dès lors que la majoration prévue à l’article 1729-0 A du code général des impôts ne s’applique qu’aux droits supplémentaires résultant de la réintégration dans le revenu imposable des sommes figurant ou ayant figuré sur un ou plusieurs comptes qui auraient dû être déclarés en application du deuxième alinéa de l'article 1649 A du même code et non pas à l’ensemble des droits notifiés au contribuable qui a manqué à ses obligations déclaratives de comptes bancaires détenus à l’étranger.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :
- la convention entre la République française et la république fédérative du Brésil tendant à éviter les doubles impositions et à prévenir l’évasion fiscale en matière d’impôts sur le revenu signée à Brasilia le 10 septembre 1971 ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Chichportiche-Fossier, conseiller ;
- et les conclusions de Mme B..., rapporteuse publique.



Considérant ce qui suit :

À la suite d’une demande de l’administration de mettre à jour sa situation au regard de l’étendue de ses obligations en matière de comptes financiers, contrats d’assurance-vie et trusts détenus à l’étranger, M. C... a déposé le 19 juin 2020 des déclarations rectificatives au titre des années 2017 et 2018. Conformément à ces déclarations, M. C... a été assujetti, par un courrier du 10 novembre 2020, à des cotisations supplémentaires d’impôt sur le revenu et de prélèvement sociaux au titre de ces deux années. Le requérant demande de prononcer la décharge des impositions supplémentaires dont il a fait l’objet au titre des années 2017 et 2018 et les pénalités dont elles ont été assorties.

Les requêtes n°s 2302636 et 2306659 concernent la situation de M. C..., présentent à juger des questions semblables et ont fait l’objet d’une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l’étendue du litige :

Par une décision du 3 mars 2023, la directrice départementale des finances publiques des Hauts-de-Seine a prononcé un dégrèvement, pour un montant de 1 798 euros, correspondant à la décharge partielle des cotisations supplémentaires d’impôt sur le revenu auxquelles M. C... a été assujetti au titre de l’année 2018. Par suite, les conclusions aux fins de décharge de la requête n° 2302636 sont, à concurrence de la somme de 1 798 euros, devenues sans objet.

Sur les conclusions aux fins de correction du dégrèvement d’office :

Aux termes de l’article R. 211-1 du livre des procédures fiscales : « La direction générale des finances publiques (…) peut prononcer d’office le dégrèvement ou la restitution d’impositions qui n’étaient pas dues, jusqu’au 31 décembre de la quatrième année suivant celle au cours de laquelle le délai de réclamation a pris fin, ou, en cas d’instance devant les tribunaux, celle au cours de laquelle la décision intervenue a été notifiée (…) ».
Le requérant demande la correction d’imputation du dégrèvement d’office du
3 mars 2023 et soutient que ce dernier n’est pas effectif dès lors qu’il a été rattaché au rôle 927 du 9 septembre 2021 en lieu et place de la créance n° 00806 du rôle n° 301 mis en recouvrement le 30 juin 2021. Toutefois, il n’appartient pas au juge de l’impôt d’apprécier l’usage fait par l’administration de son pouvoir de prononcer des dégrèvements d’office. Par suite, ces conclusions sont irrecevables.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :

6. Aux termes de l’article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : « Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. / Il en est de même lorsqu'une imposition a été établie d'après les bases indiquées dans la déclaration souscrite par un contribuable ou d'après le contenu d'un acte présenté par lui à la formalité de l'enregistrement. ». Il est constant que M. C... a indiqué dans ses déclarations de revenus souscrites en France résider 10, allée des cytises à Suresnes au titre des années 2017 et 2018. Par suite, il lui appartient de justifier qu'il ne remplissait pas les conditions pour être assujetti à l’impôt en France au titre de ces années.

7. Aux termes de l’article 4 A du code général des impôts : « Les personnes qui ont en France leur domicile fiscal sont passibles de l’impôt sur le revenu en raison de l’ensemble de leurs revenus (…) ». Aux termes de l’article 4 B du même code : « 1. Sont considérées comme ayant leur domicile fiscal en France au sens de l'article 4 A : / a. Les personnes qui ont en France leur foyer ou le lieu de leur séjour principal ; / b. Celles qui exercent en France une activité professionnelle, salariée ou non, à moins qu'elles ne justifient que cette activité y est exercée à titre accessoire (…) / c. Celles qui ont en France le centre de leurs intérêts économiques (…) ». Les conditions posées au a., b. et c. du 1. de l’article 4 B sont alternatives et permettent chacune de déterminer la domiciliation fiscale en France. Pour l’application de ces dispositions, le foyer s’entend du lieu où le contribuable habite normalement et a le centre de ses intérêts familiaux, sans qu’il soit tenu compte des séjours effectués temporairement ailleurs en raison des nécessités de la profession ou de circonstances exceptionnelles.

8. Pour justifier que son foyer ne se situe pas en France, le requérant soutient que son lieu de séjour principal n’est pas la France et que le centre de ses intérêts économiques se trouve au Brésil. Toutefois, il résulte de l’instruction que l’épouse du requérant et son fils, rattaché à leur foyer fiscal, vivaient en France, dans une résidence que M. et Mme C... ont acquise le 29 aout 2016. Par suite, le requérant doit être regardé comme ayant eu, au cours des années 2017 et 2018, son foyer en France, au sens des dispositions de l’article 4 B du code général des impôts.

9. Aux termes de l’article 4 de la convention franco-brésilienne du 10 septembre 1971 susvisée : « (…) 2. Lorsque, selon la disposition du paragraphe 1, une personne physique est considérée comme résident de chacun des États contractants, le cas est résolu d'après les règles suivantes : / a) Cette personne est considérée comme résident de l'État contractant où elle dispose d'un foyer d'habitation permanent. Lorsqu'elle dispose d'un foyer d'habitation permanent dans chacun des États contractants, elle est considérée comme résidente de l'État contractant avec lequel ses liens personnels et économiques sont les plus étroits (centre des intérêts vitaux) (…) ».
10. Il résulte de l’instruction que M. C... a disposé au titre des années 2017 et 2018 d’une résidence permanente en France, à Suresnes, et au Brésil, à Rio de Janeiro. Par suite, il doit être regardé comme ayant un foyer d’habitation permanent dans chacun des deux États contractants. Il convient, dès lors, en application des stipulations précitées de la convention franco-brésilienne, de rechercher dans quel État se trouvait le centre de ses intérêts vitaux.

11. Si le requérant soutient qu’il tire l’intégralité de ses revenus du Brésil au titre des deux années litigieuses, et en particulier de salaires, de revenus tirés d’actions et parts détenus d’une société dont le siège social se trouve au Brésil et de revenus fonciers provenant de plusieurs locations de biens lui appartenant dans ce même pays, il résulte de ce qui a été dit au point 7 que son épouse et son fils résidaient en France. En outre, il résulte de l’instruction que M. C... dispose en France d’un patrimoine immobilier plus important que celui qu’il détient au Brésil. Enfin, il est constant que le requérant a créé le 2 janvier 2017, en France, la SARL PRFS Conseil et Formation dont il est gérant et unique associé. S’il est vrai que cette société n’a pas réalisé de chiffre d’affaires en 2017, il est constant que le chiffre d’affaires de 34 499 euros de cette dernière au titre de l’année 2018, a permis à M. C... de percevoir une rémunération de 19 216 euros au titre de la même année. Les liens personnels et économiques de M. C... étaient ainsi plus étroits avec la France qu’avec le Brésil. Par suite, les stipulations précitées de la convention fiscale franco-brésilienne ne font pas obstacle à l’application des dispositions des articles 4 A et 4 B du code général des impôts au regard desquelles il est considéré comme résident fiscal français.

12. Le requérant n’est pas fondé à se prévaloir, en application de l’article L. 80 A du livre des procédures fiscales, des prévisions des paragraphes 70, 80, 90 des instructions administratives référencées BOI-IR-CHAMP-10 du 28 juillet 2016, qui ne comportent aucune interprétation de la loi fiscale différente de celle qui lui est appliquée dans le présent jugement.

En ce qui concerne les pénalités :

13. Aux termes de l’article 1729-0 A du code général des impôts : « I. – Une majoration de 80 % s'applique aux droits dus en cas de rectification du fait : / a) Des sommes figurant ou ayant figuré sur un ou plusieurs comptes qui auraient dû être déclarés en application du deuxième alinéa de l'article 1649 A. Le montant de cette majoration ne peut être inférieur au montant de l'amende prévue au 2 du IV de l'article 1736 (…) ». Aux termes de l’article 1649 A du même code : « (…) Les personnes physiques, les associations, les sociétés n'ayant pas la forme commerciale, domiciliées ou établies en France, sont tenues de déclarer, en même temps que leur déclaration de revenus ou de résultats, les références des comptes ouverts, utilisés ou clos à l'étranger. Les modalités d'application du présent alinéa sont fixées par décret (…) ».

14. D’une part, il est constant que M. C... n’a pas déclaré les comptes bancaires qu’il détenait à l’étranger en méconnaissance des dispositions précitées. D’autre part, et ainsi qu’il a été dit aux points 8 et 11, le requérant était domicilié en France au titre des années 2017 et 2018. Par suite, c’est à bon droit que l’administration a appliqué la majoration prévue à l’article 1729-0 A du code général des impôts précité sur les sommes portées sur les comptes bancaires non déclarés du requérant au titre des années litigieuses.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu’une quelconque somme soit mise à la charge de l’État, qui n’est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Les conclusions présentées à ce titre par M. C... doivent, par suite, être rejetées.


D É C I D E :


Article 1er : Les requêtes de M. C... sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... C... et au directeur départemental des finances publiques du Val-d’Oise.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, Mme Gabez, première conseillère, et M. Chichportiche-Fossier, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2025.

Le rapporteur,
signé
C. CHICHPORTICHE-FOSSIER

Le président,
signé
K. KELFANI

La greffière,


signé

L. CHOUITEH

La République mande et ordonne au ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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