Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2303080

vendredi 17 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2303080
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 mars 2023, M. B A, représenté par Me Jaslet, avocate, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision, en date du 12 janvier 2023, par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Cergy a prononcé la cessation de ses conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de le rétablir dans ses droits à l'allocation pour demandeur d'asile à compter de l'interruption du versement de cette allocation, dans un délai de sept jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que la décision contestée :

- n'est pas suffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- est entachée d'un vice de procédure tiré de la méconnaissance des articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il n'a pas été mis en mesure de présenter préalablement à son intervention ses observations écrites dans un délai de quinze jours ;

- est entachée d'un vice de procédure tiré de la méconnaissance des articles L. 551-9 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que des articles R. 551-23 et D. 551-16 du même code ;

- a été prise sur une procédure irrégulière en méconnaissance des articles L. 522-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en l'absence d'entretien personnel d'évaluation de vulnérabilité ;

- est entachée d'une erreur de fait ;

- méconnaît l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration a produit des pièces, enregistrées le 31 janvier 2024.

Par une décision en date du 22 mai 2023, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le Tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à M. A le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Kelfani, président, a été entendu, au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, demandeur d'asile de nationalité afghane, conteste la décision en date du 12 janvier 2023 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Cergy a prononcé la cessation des conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret () ". Aux termes de l'article D. 551-18 du même code : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter ses observations écrites dans un délai de quinze jours () ".

3. La décision contestée comporte l'énoncé des considérations de droit - notamment le visa de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile - et de fait - la circonstance que M. A n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de fournir les informations utiles à l'instruction de sa demande - qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de son insuffisante motivation doit, par suite, être écarté.

4. L'Office français de l'immigration et de l'intégration joint à son mémoire en défense la lettre intitulée " Notification d'intention de cessation des conditions matérielles d'accueil " en date du 8 novembre 2022 adressée à M. A par son directeur territorial à Cergy qui indique notamment à l'intéressé, à qui il est fait grief de n'avoir pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en dissimulant le fait qu'il avait déjà obtenu la protection internationale en Grèce, qu'il dispose d'un délai de quinze jours pour faire parvenir ses observations à la direction territoriale, dont l'adresse est précisée, et qu'à défaut la décision de cessation des conditions matérielles d'accueil deviendra effective. L'Office produit également la lettre d'observations, en date du 5 décembre 2022, reçue le 8 décembre 2022, que le requérant lui a adressée en réponse à ce courrier et que vise d'ailleurs la décision contestée. Les moyens tirés de la méconnaissance de la procédure contradictoire, prévue par les articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions sont rappelées au point 2, ne peuvent, ainsi, qu'être écartés.

5. Aux termes de l'article L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente. ". Aux termes de l'article L. 551-10 du même code : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16. ". Aux termes de l'article R. 551-23 du code précité : " Les modalités de refus ou de réouverture des conditions matérielles d'accueil sont précisées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration lors de l'offre de prise en charge dans une langue que le demandeur d'asile comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend. ". Enfin, l'article D. 551-16 du code mentionné ci-dessus dispose : " L'offre de prise en charge faite au demandeur d'asile en application de l'article L. 551-9 fait mention de la possibilité pour le demandeur d'asile de se voir refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou qu'il y soit mis fin dans les conditions prévues par les articles L. 551-15, L. 551-16 et D. 551-17 à R. 551-23. ".

6. Il ressort de l'examen du document versé au dossier par l'Office français de l'immigration et de l'intégration intitulé " Offre de prise en charge au titre du dispositif national d'accueil ", en date du 8 novembre 2022 et revêtu de la signature de M. A, que celui-ci y certifie " avoir été informé dans une langue (qu'il comprend) des conditions et modalités de refus et de cessation des conditions matérielles d'accueil ". Les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées ci-dessus ne peuvent, dès lors, qu'être écartés comme manquants en fait.

7. Aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " À la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables () ". Aux termes de l'article L. 522-2 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. ". Enfin, l'article L. 522-3 du code précité dispose : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. ".

8. L'Office français de l'immigration et de l'intégration n'est tenu par l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de procéder, dans les conditions prévues à l'article L. 522-2 du même code, à un entretien personnel d'évaluation de vulnérabilité avec le demandeur d'asile qu'à l'occasion de l'enregistrement de la première demande d'asile de celui-ci. En défense, l'Office français de l'immigration et de l'intégration soutient que, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile au guichet unique des demandeurs d'asile, le 8 novembre 2022, M. A a pu bénéficier d'un entretien avec un auditeur de l'Office formé spécifiquement et dans une langue qu'il comprend, en l'espèce le pachtou, au cours duquel sa situation a été évaluée. Il ressort de la fiche d'évaluation de vulnérabilité établie à cette occasion que M. A a alors fait état " spontanément d'un problème de santé ", qu'il n'a pas déposé de documents à caractère médical sous pli confidentiel mais qu'il s'est vu remettre un certificat médical vierge pour avis " Medzo ". Le même document indique que le requérant " déclare avoir été agressé physiquement par un groupe d'individus lors de son séjour en Grèce " et que " Suite à ces agressions " il " déclare avoir été opéré au niveau de la tête et des bras en Grèce " et " être actuellement suivi par un médecin sur Paris () et prendre des traitements dans ce cadre ". Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Cergy n'aurait pas procédé sérieusement, avant d'édicter la décision contestée, à l'évaluation de la vulnérabilité du requérant ne peut qu'être écarté.

9. Il ressort des éléments fournis en défense par l'Office français de l'immigration et de l'intégration que les autorités grecques ont accordé au requérant, le 28 février 2022, le bénéfice de la protection internationale. M. A ne conteste pas avoir omis d'indiquer aux autorités françaises chargées de l'asile qu'il avait déjà obtenu la protection internationale en Grèce ou à tout le moins qu'il avait engagé dans ce pays des démarches en vue d'y bénéficier d'une telle protection. N'apportant aucun élément de nature à justifier cette omission d'une information utile à l'instruction de sa demande, le requérant peut être regardé comme n'ayant pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile. Une telle circonstance pouvait justifier, sur le fondement du 3° de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions sont citées au point 2, une décision de cessation totale des conditions matérielles d'accueil.

10. Le requérant produit le certificat médical confidentiel destiné au médecin coordinateur de la direction territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration établi en date du 1er mars 2023 par un médecin de l'Hôtel-Dieu. Toutefois, cet unique document médical, s'il indique dans la partie " Diagnostic de la maladie " que le requérant présente " quelques symptômes de syndrome de stress postraumatique en cours d'exploration ; / Céphalée postraumatique " et comme " traitement envisagé " un " suivi psychologique ", est trop peu circonstancié pour pouvoir juger que le requérant, qui est né le 25 août 1997, se trouvait à la date de la décision contestée dans une situation d'une particulière vulnérabilité. Par suite, il ne ressort ni de ce document ni des autres pièces du dossier que le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Cergy aurait, en édictant la décision contestée, commis une erreur d'appréciation.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

12. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte de la requête de M. A ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 :

13. Les dispositions législatives visées ci-dessus font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 25 avril 2024 à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, Mme Louazel, conseillère, et M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2024.

Le rapporteur,

signé

K. KELFANI

La conseillère,

signé

M. LOUAZELLa greffière,

signé

A. CHANSON

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.