Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2303228
vendredi 31 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2303228 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 mars 2023, M. C A, représenté par Me David, avocat, demande au Tribunal :
1°) de lui accorder, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision, en date du 9 janvier 2023, par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge a prononcé la cessation de ses conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui rétablir ses droits aux conditions matérielles d'accueil, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 2 000 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, qui renoncera à percevoir la part contributive de l'État. Si l'aide juridictionnelle ne lui était pas accordée, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la même somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que la décision contestée :
- ne comporte pas la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de son signataire, en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- n'est pas suffisamment motivée ;
- est entachée d'un vice de procédure, en l'absence de débat contradictoire préalable ;
- est entachée d'une erreur de fait, son absence aux rendez-vous fixés par l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne lui étant pas imputable, dès lors qu'il avait été mis à l'abri dans les Alpes-Maritimes ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- lui inflige une sanction disproportionnée, dès lors que l'Office français de l'immigration et de l'intégration pouvait moduler la sanction de cessation des conditions matérielles d'accueil ;
- porte atteinte au droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 janvier 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
L'Office français de l'immigration et de l'intégration fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par M. A n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Kelfani, président, a été entendu, au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, demandeur d'asile de nationalité afghane, conteste par la requête enregistrée sous le n° 2303228 la décision en date du 9 janvier 2023, par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge a prononcé la cessation de ses conditions matérielles d'accueil.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Contrairement à ce que soutient le requérant, la décision attaquée comporte en caractères lisibles les prénom, nom et qualité de son auteur et le tampon encreur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne recouvre ni le nom de l'auteur ni sa signature. En outre, Mme B, directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge, disposait, en vertu de la décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en date du 1er mai 2021 portant délégation de signature, publié le même jour sur le site internet de cet établissement public, d'une délégation à l'effet de signer la décision contestée.
3. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret () ". Aux termes de l'article D. 551-18 du même code : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter ses observations écrites dans un délai de quinze jours () ". Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent () ".
4. La décision contestée vise notamment le visa de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que M. A n'a " pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en (s') abstenant de (se) rendre aux entretiens personnels concernant (sa) procédure d'asile ". Elle comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée tant au regard des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile rappelées ci-dessus que de celles de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.
5. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge n'aurait pas procédé à un examen personnalisé et suffisamment approfondi de la situation particulière du requérant avant d'édicter la décision en date du 9 janvier 2023.
6. L'Office français de l'immigration et de l'intégration joint à son mémoire en défense la lettre intitulée " Notification d'intention de cessation des conditions matérielles d'accueil " en date du 2 décembre 2022 adressée à M. A par la directrice territoriale qui informe l'intéressé de son intention de mettre totalement fin aux conditions matérielles d'accueil dont il bénéficie, au motif qu'il n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se rendre aux entretiens personnels concernant sa procédure d'asile et lui indique qu'il dispose d'un délai de quinze jours pour faire parvenir ses observations à la direction territoriale, dont l'adresse est précisée et, qu'à défaut, la décision de cessation des conditions matérielles d'accueil deviendra effective. M. A ne conteste pas avoir reçu cette lettre - envoyée en recommandé avec demande d'avis de réception - plus de quinze jours avant le 9 janvier 2023. Au demeurant, le requérant soutient que " dès qu'il a eu connaissance de la mise en place de la procédure d'intention de suspension des conditions matérielles d'accueil " il a " présenté des observations écrites adressées à l'Office, via la Cimade ". Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision dont il demande l'annulation est entachée d'un vice de procédure, en l'absence de débat contradictoire préalable.
7. Aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " À la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables () ". Aux termes de l'article L. 522-2 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. ". Enfin, l'article L. 522-3 du code précité dispose : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. ".
8. L'Office français de l'immigration et de l'intégration n'est pas tenu de procéder à un entretien personnel d'évaluation de vulnérabilité au sens de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et dans les conditions prévues à l'article L. 522-2 de ce code avant de prononcer la cessation des conditions matérielles d'accueil. Par ailleurs, l'Office français de l'immigration et de l'intégration justifie que, M. A a bénéficié le 23 septembre 2022, d'un entretien personnel d'évaluation de vulnérabilité au sens de l'article L. 522-2, effectué par un " auditeur ", avec l'assistance d'un interprète en langue pachtou. Il ressort de l'examen de la fiche d'évaluation de vulnérabilité rédigée à cette occasion que le requérant a alors fait état spontanément d'un problème de santé, sans autre précision, qu'il n'a remis aucun document à caractère médical sous pli confidentiel et qu'aucun certificat médical vierge pour avis " Medzo " ne lui a été remis. Toutefois, M. A, qui est né le 1er janvier 1996, n'établit pas, ni même n'allègue, s'être prévalu de son état de santé dans les observations qu'il soutient avoir produites en réponse à la lettre d'intention de cessation des conditions matérielles d'accueil en date du 2 décembre 2022 mentionnée au point 6 ou avoir joint des documents médicaux à l'appui desdites observations, et n'a produit aucun document médical à l'appui de sa requête. Le requérant n'est, dès lors, pas fondé à soutenir qu'il n'aurait pas bénéficié, avant l'intervention de la décision contestée, de l'entretien prévu à l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou que la décision contestée serait intervenue au terme d'une procédure irrégulière ou que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'aurait pas, avant l'édiction de la décision contestée, procédé à l'évaluation de sa vulnérabilité.
9. L'Office français de l'immigration et de l'intégration soutient que M. A ne s'est pas présenté à plusieurs entretiens qu'il lui avait fixés les 19 octobre et 2 et 28 novembre 2022 et qu'il n'a pas non plus déféré à deux convocations de la préfecture des Hauts-de-Seine en date des 26 octobre et 9 novembre 2022. En se bornant à soutenir que " son absence aux rendez-vous fixés par l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne lui était pas imputable, puisqu'il avait été mis à l'abri dans les Alpes-Maritimes " et qu'il " pouvait penser que sa mise à l'abri conduisait à une information concomitante de la direction territoriale de Montrouge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration " ne justifie pas de ses absences aux rendez-vous qui lui avaient été fixés par l'Office français de l'immigration et de l'intégration ni, en tout état de cause, de ses absences à la préfecture des Hauts-de-Seine. Enfin, le requérant ne saurait utilement se prévaloir de la circonstance qu'il s'est rendu, le 9 mars 2023, à une convocation de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides pour être entendu sur sa demande d'asile. Dans ces conditions, le requérant doit être regardé comme n'ayant pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile. Les refus de se présenter aux convocations pouvaient justifier, sur le fondement du 3° de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile une décision de cessation des conditions matérielles d'accueil.
10. Il ne ressort pas des pièces du dossier, compte tenu notamment de ce qui a été dit aux points 8 et 9, que la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge aurait entaché sa décision en date du 9 janvier 2023, par laquelle elle a prononcé la cessation des conditions matérielles d'accueil dont bénéficiait M. A, d'une erreur d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de celui-ci.
11. Il n'en ressort pas non plus qu'en décidant d'opter pour une cessation totale, comme le permet l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et non partielle, des conditions matérielles d'accueil, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Cergy aurait commis une erreur d'appréciation.
12. Compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus, le moyen tiré de ce que la décision du 9 janvier 2023 mettant totalement fin aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficiait le requérant porterait atteinte au droit d'asile doit également être écarté.
13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. A doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
14. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte de la requête de M. A ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.
Sur la demande d'admission, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle et sur les conclusions aux fins d'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique :
15. Eu égard à l'urgence de l'affaire, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle par application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
16. Les dispositions législatives visées ci-dessus font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.
D É C I D E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 13 mai 2024 à laquelle siégeaient :
M. Kelfani, président, Mme Louazel, conseillère, et M. Villette, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2024.
Le rapporteur,
signé
K. KELFANI
La conseillère,
signé
M. LOUAZELLa greffière,
signé
A. CHANSON
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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