lundi 27 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2303242 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Pole Social (JU) |
| Avocat requérant | MOUTOUSSAMY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 mars 2023 et 6 mai 2024, M. B C, représenté par Me Moutoussamy, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 26 octobre 2022 par laquelle le département des Hauts-de-Seine a confirmé, sur recours préalable obligatoire du 15 septembre 2022, qu'il était redevable d'un indu de revenu de solidarité active (RSA) d'un montant de 9 010,53 euros ;
2°) d'annuler l'avis des sommes à payer émis par la paierie départementale des Hauts-de-Seine le 3 août 2022 en vue du recouvrement de la somme de 9 010,53 euros correspondant à un indu RSA ;
3°) de le décharger du paiement de cette somme ;
4°) d'annuler la décision implicite par laquelle le département des Hauts-de-Seine a confirmé, sur recours préalable obligatoire, la décision du 25 août 2022 mettant fin au versement du RSA ;
5°) d'enjoindre au département des Hauts-de-Seine de lui verser le RSA à compter de l'année 2022 ;
6°) de mettre à la charge du département des Hauts-de-Seine la somme de 1 000 euros au bénéfice de son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
s'agissant de l'indu et du titre exécutoire réclamant son paiement :
- le titre exécutoire est entaché d'un vice de forme, dès lors qu'il n'est pas signé, que la régularité de la signature électronique n'est pas établie et qu'il ne précise pas les bases de liquidation de la créance ;
- les décisions attaquées ont méconnu le principe du contradictoire dès lors qu'il n'a pas reçu communication de son dossier d'allocataire en dépit de la demande qu'il a adressée en ce sens lors de son recours administratif préalable obligatoire ;
- elles sont entachées d'un vice de procédure faute pour le département d'établir que le contrôleur de la caisse d'allocations familiales (CAF) ayant procédé à l'enquête était dûment assermenté conformément aux dispositions de l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale ;
- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale, dès lors que le département des Hauts-de-Seine a refusé de communiquer la teneur et l'origine des informations auxquelles la CAF a eu accès lors de son contrôle ;
- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles, dès lors que la commission de recours amiable n'a pas été saisie de son recours préalable obligatoire ;
- l'indu n'est pas fondé, faut pour le département de préciser le montant des revenus fonciers qui lui sont imputés et de produire des pièces en attestant ;
- les sommes sont partiellement prescrites, s'agissant de celles versées antérieurement au 28 septembre 2019 ;
s'agissant de la décision de fin de droit au RSA:
- il est dépourvu de ressources avec deux enfants à charge, situation justifiant le versement du RSA.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 avril 2024, le département des Hauts-de-Seine conclut à ce qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions d'annulation de l'avis de sommes à payer du 3 août 2022 et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Il soutient que :
- il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions d'annulation de l'avis de somme à payer, dès lors que ce titre exécutoire a été retiré et que la paierie départementale a émis un nouveau titre de recette le 25 janvier 2024;
- aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu :
- la décision du 21 novembre 2022 par laquelle le président du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise a admis M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Monteagle, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;
- la décision par laquelle le rapporteur public a été, sur sa proposition, dispensé de prononcer ses conclusions à l'audience ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- l'arrêté du 27 juin 2007 portant application de l'article D. 1617-23 du code général des collectivités territoriales relatif à la dématérialisation des opérations en comptabilité publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Monteagle, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.
A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Par un courrier du 1er juillet 2022, la CAF des Hauts-de-Seine a notifié à M. C qu'il était redevable d'un indu de RSA pour la somme de 9 010,53 euros versé à tort entre le 1er décembre 2018 et le 31 août 2021 et que cette créance était transférée au département des Hauts-de-Seine. M. C s'est alors vu réclamer cette somme par le département par un avis de somme à payer daté du 3 août 2022. Il a également été destinataire d'une décision du 25 août 2022 l'informant qu'il était mis fin au versement à son bénéfice du RSA. M. C a formé le 15 septembre 2022 auprès du département des Hauts-de-Seine un recours préalable obligatoire en vue de contester cette dernière décision ainsi que l'indu mis à sa charge par l'avis de sommes à payer. Par une décision du 26 octobre 2022, le département des Hauts-de-Seine a rejeté ces recours. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de l'avis de sommes à payer du 25 août 2022 et du courrier du 26 octobre 2022 pour toutes les décisions qu'il contient.
Sur les conclusions d'annulation :
En ce qui concerne le non-lieu à statuer sur le titre exécutoire :
2. Lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque le retrait a acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet. Le juge doit, en revanche, statuer sur les conclusions dirigées contre la nouvelle décision.
3. Le département fait valoir que le titre exécutoire, émis à l'encontre de M. C le 3 août 2022, a été retiré en cours d'instance pour être remplacé par un nouveau titre exécutoire, émis le 25 janvier 2024. Le retrait est devenu définitif. Par suite et comme le fait valoir le département en défense, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre le titre exécutoire émis le 3 août 2022. En revanche, dès lors que le nouveau titre émis le 25 janvier 2024 porte sur le même montant et est relatif à la même créance que celui émis le 3 août 2022, il doit être regardé comme ayant la même portée que ce dernier. Le requérant doit donc être regardéecomme demandant l'annulation de ce nouveau titre.
En ce qui concerne l'indu et le titre exécutoire émis pour son recouvrement :
2. En premier lieu et d'une part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. () Après la mise en œuvre de la procédure de recouvrement sur prestations à échoir, l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active transmet, dans des conditions définies par la convention mentionnée au I de l'article L. 262-25 du présent code, les créances du département au président du conseil départemental. () Le président du conseil départemental constate la créance du département et transmet au payeur départemental le titre de recettes correspondant pour le recouvrement ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ". Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " () le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénom et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. / Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation () ". Il résulte de ces dispositions que le titre de recettes individuel adressé au redevable doit mentionner les nom, prénom et qualité de la personne qui l'a émis et qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier, en cas de contestation, que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de l'émetteur.
4. Enfin, aux termes de l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions de l'administration peuvent faire l'objet d'une signature électronique () ". Aux termes de l'article D. 1617-23 du code général des collectivités territoriales : " Les ordonnateurs des organismes publics, visés à l'article D. 1617-19, lorsqu'ils choisissent de transmettre aux comptables publics, par voie ou sur support électronique, les pièces nécessaires à l'exécution de leurs dépenses ou de leurs recettes, recourent à une procédure de transmission de données et de documents électroniques, dans les conditions fixées par un arrêté du ministre en charge du budget pris après avis de la Cour des comptes, garantissant la fiabilité de l'identification de l'ordonnateur émetteur, l'intégrité des flux de données et de documents relatifs aux actes mentionnés en annexe I du présent code et aux deux alinéas suivants du présent article, la sécurité et la confidentialité des échanges ainsi que la justification des transmissions opérées. / () / La signature manuscrite, ou électronique conformément aux modalités fixées par arrêté du ministre en charge du budget, du bordereau récapitulant les titres de recettes emporte attestation du caractère exécutoire des pièces justifiant les recettes concernées et rend exécutoires les titres de recettes qui y sont joints conformément aux dispositions des articles L.252 A du livre des procédures fiscales et des articles R. 2342-4, R. 3342-8-1 et R. 4341-4 du présent code ". Aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 27 juin 2007 portant application de l'article D. 1617-23 du code général des collectivités territoriales relatif à la dématérialisation des opérations en comptabilité publique : " La signature électronique de l'ordonnateur est portée, selon les modalités prévues à l'article 4 du présent arrêté, soit sur chaque bordereau de mandats de dépenses et chaque bordereau de titres de recettes, soit sur le fichier contenant de tels bordereaux transmis au comptable public conformément au protocole d'échange standard dans sa version 2 ou dans une version ultérieure ".
5. Si le titre exécutoire émis le 25 janvier 2024, qui mentionne les nom, prénom et qualité de la personne qui l'a émis, n'est pas signé, il résulte de l'instruction que le bordereau du titre de recettes a été signé par Mme A D, cadre référent au sein de la cellule compte des Hauts-de-Seine, dûment habilitée par un arrêté de délégation de signature n°2023-DAJA-21 du 13 avril 2023, régulièrement publié. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que la signature électronique de l'ordonnateur n'aurait pas été portée sur le bordereau dans les conditions prévues par l'arrêté du 27 juin 2007 portant application de l'article D. 1617-23 du code général des collectivités territoriales, et notamment son article 4. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de signature de l'avis de sommes à payer par l'ordonnateur doit être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " La liquidation a pour objet de déterminer le montant de la dette des redevables. Les recettes sont liquidées pour leur montant intégral, sans contraction avec les dépenses. / Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation ".
7. En application de ce principe, l'administration ne peut mettre en recouvrement une créance sans indiquer, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul sur lesquels elle se fonde pour mettre les sommes en cause à la charge de ce débiteur.
8. L'avis de somme à payer émis le 25 janvier 2024 précise que la créance résulte de versements indus du RSA entre le 1er décembre 2018 et le 31 août 2021 et mentionne la somme totale que recouvre cet indu. Dans ces conditions, le titre litigieux indique bien les bases de liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il a été émis et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde permettant au requérant d'utilement le contester. Le moyen tiré de l'insuffisance dans les mentions des bases de liquidation ne peut dès lors qu'être écarté.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental ".
10. Il est constant que M. C a exercé le recours administratif préalable obligatoire prévu à l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles qui lui a permis de faire valoir ses observations, alors que le courrier du 28 septembre 2021 de la CAF lui a exposé avec précisions le motif pour lequel la CAF a revu ses droits au RSA pour la période litigieuse. Dès lors, si M. C soutient que son dossier allocataire complet ne lui a pas été communiqué comme il en avait fait la demande dans son recours préalable, cette seule circonstance n'est pas de nature à établir que le caractère contradictoire de la procédure a été méconnu, dès lors qu'il n'a pas été privé de la possibilité de faire valoir utilement des observations. Son moyen doit par suite être écarté.
11. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale : " Le droit de communication permet d'obtenir, sans que s'y oppose le secret professionnel, les documents et informations nécessaires : / 1° Aux agents des organismes de sécurité sociale pour contrôler la sincérité et l'exactitude des déclarations souscrites ou l'authenticité des pièces produites en vue de l'attribution et du paiement des prestations servies par lesdits organismes () ". Aux termes de l'article L. 114-21 : " L'organisme ayant usé du droit de communication en application de l'article L. 114-19 est tenu d'informer la personne physique ou morale à l'encontre de laquelle est prise la décision de supprimer le service d'une prestation ou de mettre des sommes en recouvrement, de la teneur et de l'origine des informations et documents obtenus auprès de tiers sur lesquels il s'est fondé pour prendre cette décision. Il communique, avant la mise en recouvrement ou la suppression du service de la prestation, une copie des documents susmentionnés à la personne qui en fait la demande ".
12. Il résulte de la combinaison des dispositions des articles L. 262-16 et L. 262-40 du code de l'action sociale et des familles et L. 114-19 et L. 114-21 du code de la sécurité sociale que les caisses d'allocations familiales et les caisses de mutualité sociale agricole, chargées du service du RSA, réalisent les contrôles relatifs à cette prestation d'aide sociale selon les règles, procédures et moyens d'investigation applicables aux prestations de sécurité sociale, au nombre desquels figurent le droit de communication instauré par l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale au bénéfice des organismes de sécurité sociale pour contrôler la sincérité et l'exactitude des déclarations souscrites ou l'authenticité des pièces produites en vue de l'attribution et du paiement des prestations qu'ils servent, ainsi que les garanties procédurales qui s'attachent, en vertu de l'article L. 114-21 du même code, à l'exercice de ce droit par un organisme de sécurité sociale. Il incombe ainsi à l'organisme ayant usé du droit de communication, avant la suppression du service de la prestation ou la mise en recouvrement, d'informer l'allocataire à l'encontre duquel est prise la décision de supprimer le droit au RSA ou de récupérer un indu de RSA, tant de la teneur que de l'origine des renseignements qu'il a obtenus de tiers par l'exercice de son droit de communication et sur lesquels il s'est fondé pour prendre sa décision. Cette obligation a pour objet de permettre à l'allocataire, notamment, de discuter utilement leur provenance ou de demander que les documents qui, le cas échéant, contiennent ces renseignements soient mis à sa disposition avant la récupération de l'indu ou la suppression du service de la prestation, afin qu'il puisse vérifier l'authenticité de ces documents et en discuter la teneur ou la portée. Les dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale instituent ainsi une garantie au profit de l'intéressé. Toutefois, la méconnaissance de ces dispositions par l'organisme demeure sans conséquence sur le bien-fondé de la décision prise s'il est établi qu'eu égard à la teneur du renseignement, nécessairement connu de l'allocataire, celui-ci n'a pas été privé, du seul fait de l'absence d'information sur l'origine du renseignement, de cette garantie.
13. En l'espèce, M. C soutient qu'il n'aurait pas été informé de la mise en œuvre par la CAF des Hauts-de-Seine du droit de communication prévu par les dispositions précitées. Toutefois et d'une part, en lui indiquant dans son courrier du 28 septembre 2021 qu'elle avait découvert qu'il était propriétaire d'un logement situé à Clichy-sous-Bois, qu'il louait ce bien pour un loyer hors charge de 590 euros par mois, la CAF l'a informé de la teneur des informations sur lesquelles l'indu est fondé. D'autre part, la CAF s'est fondée, pour déterminer ses ressources réelles et en déduire qu'il n'avait pas droit au RSA, sur des renseignements nécessairement connus de M. C, en l'espèce la circonstance qu'il était propriétaire et percevait des revenus locatifs, informations qu'il avait en outre déclarées à l'administration fiscale. Dès lors, s'il n'est pas établi que M. C aurait été informé de l'origine des renseignements obtenus par la caisse via l'exercice de son droit de communication, celui-ci n'a pas été privé, du seul fait de cette absence d'information, qu'il a eu, par ailleurs, la possibilité de solliciter auprès de l'agent de contrôle lors de ces échanges, de la garantie instituée par l'article L.114-21 du code de la sécurité sociale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L.114-21 du code de la sécurité sociale, qui n'est opérant qu'à l'encontre de la décision du 26 octobre 2022, doit être écarté.
14. En cinquième lieu, le requérant n'a fait l'objet ni d'une enquête sur place, ni d'une enquête sur pièce effectuée par un contrôleur assermenté, les incohérences détectées ayant résulté d'un croisement automatisé et systématique avec les données dont dispose l'administration fiscale. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 114-10 du code de la sécurité sociale, qui est inopérant tant à l'encontre de l'avis de sommes à payer qu'à l'encontre de la décision d'indu, ne peut qu'être écarté.
15. En sixième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil général. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 242-1 du code de la sécurité sociale. Les modalités d'examen du recours sont définies par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'article R. 262-89 du code de l'action sociale et des familles : " Sauf lorsque la convention mentionnée à l'article L. 262-25 en dispose autrement, ce recours est adressé par le président du conseil départemental pour avis à la commission de recours amiable mentionnée à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale. / Dans les cas prévus dans la convention mentionnée à l'article L. 262-25 dans lesquels la commission de recours amiable n'est pas saisie, le président du conseil départemental statue, dans un délai de deux mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. Cette décision est motivée ".
16. D'une part, la convention de gestion du revenu de solidarité active conclue le 18 janvier 2021 entre le département des Hauts-de-Seine et la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine prévoit, en son article 15, que le conseil départemental examine les recours administratifs des allocataires sans soumettre au préalable les dossiers pour avis à la caisse d'allocations familiales. Dans ces conditions, la consultation de cette commission n'était pas obligatoire et le président du conseil départemental pouvait, sans priver M. C d'une garantie, statuer sur ses recours administratifs sans les soumettre pour avis à la commission de recours amiable.
17. D'autre part, le département des Hauts-de-Seine n'avait aucune obligation de saisir la commission du recours amiable avant d'émettre l'avis de sommes à payer litigieux.
18. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré du défaut de saisine préalable de la commission de recours amiable instituée par les dispositions citées au point 15, inopérant, doit être écarté.
19. En septième lieu, l'indu litige résultent d'omissions déclaratives de M. C quant à ses ressources entre décembre 2018, date à laquelle il a commencé à percevoir le RSA, et le mois d'août 2021, date à laquelle l'omission déclarative a été détectée. Il résulte de l'instruction que M. C, qui était propriétaire d'un logement qu'il avait mis en location, n'a jamais déclaré ses revenus locatifs à la CAF alors qu'il percevait un loyer hors charge de 590 euros mensuel. Dès lors, c'est à bon droit que la CAF a mis à sa charge un indu de 9 304,53 euros.
20. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles : " L'action en vue du paiement du revenu de solidarité active se prescrit par deux ans. Cette prescription est également applicable, sauf en cas de fraude ou de fausse déclaration, à l'action intentée par l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active ou le département en recouvrement des sommes indûment payées. / La prescription est interrompue par une des causes prévues par le code civil. L'interruption de la prescription peut, en outre, résulter de l'envoi d'une lettre recommandée avec demande d'avis de réception, quels qu'en aient été les modes de délivrance () ". Aux termes de l'article L. 2224 du code civil : " Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer ".
21. Il résulte de ces dispositions que l'existence d'une fraude ou de fausses déclarations fait obstacle à l'application de la prescription biennale au profit de la prescription quinquennale de droit commun. Par ailleurs, si le délai de prescription court à compter du paiement de la prestation, l'existence d'une fraude ou de fausses déclarations est de nature à reporter, à la date de découverte de celles-ci, le point de départ de la prescription de l'action en répétition de l'indu. La notion de manœuvre frauduleuse ou de fausse déclaration doit s'entendre comme visant les inexactitudes ou omissions délibérément commises par l'allocataire dans l'exercice de son obligation déclarative.
22. M. C ne conteste aucunement ne pas avoir déclaré à la CAF être propriétaire d'un logement, ni n'avoir jamais fait état à cet organisme des revenus locatifs que ce bien lui procurait et ce, dès sa demande de RSA et pendant plusieurs années. L'indu de revenu de solidarité active doit dès lors être regardé comme résultant d'une fausse déclaration faisant obstacle à l'application de la prescription biennale prévue à l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles. En outre, il résulte de l'instruction que cette situation n'a pas été découverte après une déclaration spontanée du requérant, mais après un croisement de fichiers dont les conclusions ont été consignées le 28 septembre 2021. Le point de départ du délai de prescription quinquennale a dès lors été reporté à cette dernière date. Par suite, à la date des décisions attaquées, aucune prescription ne s'opposait à ce que le département se prévalent d'une créance auprès de M. C pour des sommes indûment versées entre le 1er décembre 2018 et le 31 août 2021. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la créance serait partiellement prescrite doit être écarté.
23. Il résulte de toute ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision du 26 octobre 2022 et l'avis de somme à payer du 3 août 2022 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées à fin de décharge.
En ce qui concerne la fin de droit du RSA :
24. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. " L'article L. 262-3 du même code dispose que : " Le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 est fixé par décret. Il est revalorisé le 1er avril de chaque année par application du coefficient mentionné à l'article L. 161-25 du code de la sécurité sociale. / L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active ". Enfin, l'article R. 262-40 du même code dispose que : " Le président du conseil départemental met fin au droit au revenu de solidarité active et procède à la radiation de la liste des bénéficiaires du revenu de solidarité active, selon les cas : () 2° Le premier jour du mois qui suit une période de quatre mois civils consécutifs d'interruption de versement de l'allocation, lorsque les ressources du foyer sont d'un montant supérieur à celui du montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 ".
25. Il résulte de l'instruction que les ressources financières de l'intéressé, qui percevait des revenus mobiliers qu'il n'avait pas déclarés, excédaient le montant forfaitaire, dès lors qu'il avait perçu en 2022 un montant de ressource de 13 727 euros, justifiant qu'il ait été mis fin au versement de l'allocation à compter du mois d'août 2022. Par ailleurs, le requérant ne produit aucun élément de nature à établir que, ainsi qu'il le soutient, pour le mois d'août 2022, ses ressources auraient été d'un montant inférieur à celui du montant forfaitaire. Ainsi, le 25 août 2022, le versement de l'allocation étant interrompu depuis quatre mois civils et les ressources de M. C étant supérieures au montant forfaitaire du RSA, il pouvait par conséquent légalement être mis fin au versement du RSA au bénéfice de M. C. Par suite, c'est à bon droit que le département des Hauts-de-Seine a mis fin aux droits de M. C au bénéfice du RSA.
26. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. C à l'encontre du rejet implicite de son recours préalable obligatoire contre la décision du 26 octobre 2022 mettant fin au RSA doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.
Sur les frais liés au litige :
27. Le présent jugement rejetant l'ensemble des conclusions de M. C, ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions d'annulation de l'avis de sommes à payer émis le 3 août 2022.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 3: Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Moutoussamy et au département des Hauts-de-Seine.
Copie sera adressée à la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mai 2024.
La magistrate désignée,
Signé
M. Monteagle La greffière,
Signé
C. Mas
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026