lundi 27 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2303511 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | Pole Social (JU) |
| Avocat requérant | CHARLUET-MARAIS FLORENCE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 mars 2023, 8 mars 2024 et 6 mai 2024, Mme B A, représentée par Me Bapceres, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la caisse d'allocations familiales (CAF) des Hauts-de-Seine a confirmé, sur recours préalable obligatoire du 15 mars 2022, qu'elle était redevable d'un indu d'allocation de logement sociale (ALS) d'un montant de 4 015 euros ;
2°) de la décharger du paiement de cette somme ;
3°) d'enjoindre à la CAF des Hauts-de-Seine de lui restituer les sommes déjà recouvrées au titre de l'indu ;
4°) de mettre à la charge de la CAF des Hauts-de-Seine la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles, dès lors que la CAF n'établit pas que la commission de recours amiable a été saisie de son recours préalable obligatoire et qu'elle était régulièrement composée lors de l'examen de sa demande ;
- il appartient à la CAF d'établir que ces sommes lui ont effectivement été versées ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit et de fait, dès lors qu'elle n'a jamais cessé de remplir les conditions lui ouvrant à l'allocation en cause.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 avril 2024, la CAF des Hauts-de-Seine, représentée par Me Charluet-Marais, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme A la somme de 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable, faute pour Mme A d'avoir formé le recours préalable obligatoire prévu par les dispositions de l'article L. 825-2 du code de la construction et de l'habitation ;
- aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu :
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Monteagle, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;
- la décision par laquelle le rapporteur public a été, sur sa proposition, dispensé de prononcer des conclusions à l'audience ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Monteagle, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été reportée, à l'issue de l'audience publique, au lundi 13 mai 2024 à 12h00, pour permettre aux parties d'apporter des pièces complémentaires au soutien de leurs écritures.
Mme A a produit un mémoire, enregistré le 6 mai 2024, qui a été communiqué après l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par un courrier du 20 janvier 2021, la CAF des Hauts-de-Seine a notifié à Mme A un indu d'allocation de logement sociale (ALS) pour la somme de 4 015 euros, versée à tort entre le 1er mars 2018 et le 31 décembre 2019. Le 19 janvier 2022, la caisse a informé Mme A qu'elle envisageait de lui infliger une pénalité pour fraude et souhaitait recueillir ses observations. Par un courrier du 15 mars 2022, Mme A a entendu contester " la fraude et l'indu " mis à sa charge. Ce recours a été implicitement rejeté par une décision dont Mme A demande l'annulation en tant qu'elle confirme l'indu d'ALS mis à sa charge
Sur les conclusions d'annulation :
En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " Les aides personnelles au logement ainsi que les primes accordées aux bénéficiaires de ces aides afin qu'ils déménagent pour s'assurer des conditions de logement plus adaptées sont régies par le présent livre. Les aides personnelles au logement comprennent : 1° L'aide personnalisée au logement ; 2° Les allocations de logement : a) L'allocation de logement familiale ; b) L'allocation de logement sociale () ". Aux termes de l'article L. 825-2 du code de la construction et de l'habitation : " Les contestations des décisions prises en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement par les organismes payeurs doivent faire l'objet d'un recours administratif préalable devant l'organisme payeur qui en est l'auteur () ".
3. Il résulte des dispositions citées au point 2 qu'un recours contentieux tendant à l'annulation de la décision du directeur d'une caisse d'allocations familiales ordonnant le reversement d'un indu d'allocation de logement sociale n'est recevable que si l'intéressé a préalablement exercé un recours administratif auprès de cette caisse dans les conditions qu'elles prévoient.
4. En l'espèce, par un courrier du 15 mars 2022, que Mme A a adressé à la CAF dans le cadre de la procédure contradictoire ouverte par la CAF en vue de statuer sur la qualification de fraude, la requérante a entendu non seulement faire valoir ses observations sur la qualification éventuelle de fraude, mais aussi contester l'indu, comme l'atteste l'objet de son courrier qui mentionne ces deux éléments distincts. Par conséquent, Mme A doit être regardée comme ayant formé le recours préalable prévu par les dispositions de de l'article L. 825-2 du code de la construction et de l'habitation, nonobstant la circonstance que sa contestation soit restée sans réponse, faisant ainsi naître une décision implicite de rejet qui a suffi à lier le contentieux. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la CAF des Hauts-de-Seine, tirée de l'absence de recours préalable obligatoire, doit être écartée.
En ce qui concerne la consultation de la commission de recours amiable :
5. Aux termes de l'article L. 825-1 du code de la construction et de l'habitation : " () les décisions prises en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement par les organismes mentionnés à l'article L. 812-1 sont portés devant la juridiction administrative. ". Aux termes de l'article L. 825-2 du code de la construction et de l'habitation : " Les contestations des décisions prises en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement par les organismes payeurs doivent faire l'objet d'un recours administratif préalable devant l'organisme payeur qui en est l'auteur, selon des modalités fixées par voie réglementaire ". "Aux termes de l'article R. 825-1 du code de la construction et de l'habitation : " L'introduction d'un recours contentieux dirigé contre des décisions prises par un organisme payeur en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement est subordonnée à l'exercice préalable d'un recours administratif auprès de la commission de recours amiable prévue à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale constituée auprès du conseil d'administration de l'organisme auteur de la décision contestée. ". Et aux termes de l'article R. 825-2 du même code : " Le directeur de l'organisme payeur statue sur les recours administratifs mentionnés à l'article R. 825-1, après l'avis de la commission de recours amiable. / Ses décisions sont motivées ".
6. Mme A soutient, sans être contredite, que la commission de recours amiable n'a pas été saisie pour avis préalablement au rejet implicite de son recours administratif préalable obligatoire. Dès lors, elle est fondée à soutenir que la décision de rejet de son recours administratif préalable a été prise au terme d'une procédure irrégulière au regard des dispositions des articles précités du code de la construction et de l'habitation. Par suite, une telle omission de consultation préalable, qui a privé Mme A d'une garantie, constitue une irrégularité de nature à entacher la légalité de la décision attaquée.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision implicite par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine a maintenu à la charge de Mme A un indu d'ALS doit être annulée.
Sur les conclusions à fin de décharge :
8. Lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions tendant à l'annulation d'un indu d'une allocation, des conclusions à fin de décharge de la somme correspondant à la créance, il incombe au juge administratif d'examiner prioritairement les moyens mettant en cause le bien-fondé de la sanction qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de la décharge. Dans le cas où il ne juge fondé aucun des moyens qui seraient de nature à justifier le prononcé de la décharge mais retient un moyen mettant en cause la régularité formelle de la décision, le juge n'est tenu de se prononcer explicitement que sur le moyen qu'il retient pour annuler la sanction, statuant ainsi, son jugement écarte nécessairement les moyens qui assortissaient la demande de décharge de la somme litigieuse.
9. Au regard du motif d'annulation retenu par le présent jugement, il n'y a pas lieu de décharger Mme A du paiement de la somme que la décision contestée met à sa charge. Ses conclusions à fin de décharge ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. En cas d'annulation par le juge administratif, saisi d'un recours dirigé contre celle-ci, d'une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active ou d'aide exceptionnelle de fin d'année, il est loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement et dans le respect de l'autorité de la chose jugée, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision. Lorsque tout ou partie de l'indu d'allocation de revenu de solidarité active ou d'aide exceptionnelle de fin d'année a été recouvré avant que le caractère suspensif du recours n'y fasse obstacle, il appartient au juge, s'il est saisi de conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à l'administration de rembourser la somme déjà recouvrée ou s'il décide de prescrire cette mesure d'office, de déterminer le délai dans lequel l'administration, en exécution de sa décision, doit procéder à ce remboursement, sauf à régulariser sa décision de récupération si celle-ci n'a été annulée que pour un vice de légalité externe.
11. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, en application du principe exposé ci-dessus, que la CAF procède au remboursement des sommes qui auraient déjà été recouvrées, sauf à régulariser la décision de récupération de l'indu de son vice de procédure dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
12. D'une part, la CAF des Hauts-de-Seine versera à Mme A la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
13. D'autre part, Mme A n'étant pas la partie perdante, les conclusions présentées par la CAF des Hauts-de-Seine sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
14. Enfin, l'instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions de la CAF des Hauts-de-Seine visant à mettre ces derniers à la charge de Mme A ne pourront qu'être rejetées.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : La décision implicite par laquelle la CAF des Hauts-de-Seine a rejeté le recours administratif préalable formé par Mme A le 15 mars 2022 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la CAF des Hauts-de-Seine de restituer à Mme A les sommes qu'elle aurait déjà prélevées en vue d'apurer la dette initiale de Mme A, sauf à régulariser sa décision tendant à la récupération de cet indu et à la purger de son vice dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La CAF des Hauts-de-Seine versera la somme de 1 000 (mille) euros à Mme A en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Les conclusions présentées par la CAF des Hauts-de-Seine sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et au titre des dépens sont rejetées.
Article 6: Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mai 2024.
La magistrate désignée,
Signé
M. MonteagleLa greffière,
Signé
C. Mas
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026