Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2303587

lundi 25 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2303587
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPole Social (JU)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 mars 2023 et 1er octobre 2023, ainsi que des pièces complémentaires enregistrées le 11 janvier 2024, M. B A demande au tribunal d'annuler la décision du 18 janvier 2023 en tant que la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a rejeté son recours gracieux tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement.

Il soutient que :

- le motif tiré de l'existence d'une décision du 31 août 2022 de reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande d'hébergement est entaché d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors que sa situation personnelle et familiale a changé puisqu'il perçoit désormais un salaire et qu'il a une fille née le 11 décembre 2022, justifiant qu'il soit reconnu prioritaire au titre du logement et non de l'hébergement ;

- le motif tiré de l'irrecevabilité de son recours est entaché d'une erreur de fait, puisque la mère de sa fille, en situation irrégulière, n'est pas sa conjointe et ne figure d'ailleurs pas sur sa demande de logement social, qui inclut seulement sa fille et lui-même ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 septembre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la conjointe du requérant ne remplit pas les conditions de permanence et de régularité de résidence en France ;

- le requérant bénéficie déjà d'une reconnaissance au titre de l'hébergement depuis le 31 août 2022, mieux adaptée à sa situation.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Monteagle, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision par laquelle le rapporteur public a été, sur sa proposition, dispensé de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- l'arrêté du 29 mai 2019 fixant la liste des titres de séjour prévue aux articles R. 300-1 et R. 300-2 du code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Monteagle a été présenté au cours de l'audience publique, à l'issue de laquelle la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 26 octobre 2022, la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a rejeté le recours présenté par M. A tendant à voir reconnaitre sa demande de logement comme prioritaire et devant être satisfaite en urgence. M. A a formé un recours gracieux le 28 décembre 2022. Par une décision du 18 janvier 2023, la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a, d'une part, retiré la décision du 26 octobre 2022, d'autre part, a rejeté le recours amiable présenté par M. A. Ce dernier demande l'annulation de cette décision en tant qu'elle refuse de reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'État, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ". Aux termes du II de l'article L. 441-2-3 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " II. La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. / () IV. Lorsque la commission de médiation est saisie d'une demande de logement dans les conditions prévues au II et qu'elle estime, au vu d'une évaluation sociale, que le demandeur est prioritaire mais qu'une offre de logement n'est pas adaptée, elle transmet au représentant de l'État dans le département ou, en Île-de-France, au représentant de l'État dans la région cette demande pour laquelle doit être proposé un accueil dans une structure d'hébergement, un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale. () ".

3. Les dispositions du IV de l'article L. 441-2-3 et du III de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation permettent à la commission de médiation et au juge administratif, saisis d'une demande de logement, de prévoir une mesure d'hébergement s'ils estiment qu'elle est mieux adaptée à la situation de l'intéressé.

4. Pour refuser de reconnaître la demande de logement social de M. A comme prioritaire et urgente, il résulte de l'instruction que la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a estimé qu'une offre d'hébergement était plus adaptée à sa situation, rappelant qu'il bénéficiait déjà d'une reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande d'hébergement. M. A, dont les revenus en 2021 s'élevaient à 6 300 euros et en 2022 à 9 846 euros, ne précise pas ses conditions actuelles d'hébergement, faisant seulement état d'une domiciliation postale, ni ne produit aucune pièce permettant d'établir qu'il ait jamais été locataire. En outre, s'il se prévaut d'une augmentation de ses revenus, cette circonstance ponctuelle, dont il fait état pour les seuls mois de janvier 2023 et de décembre 2023, est postérieure à la décision attaquée. Dès lors, c'est à bon droit que la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine l'a orienté vers un hébergement en application du IV de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, rejetant pour ce motif sa demande de reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande de logement dès lors qu'il avait déjà été reconnu prioritaire au titre de l'hébergement.

5. Par ailleurs si M. A conteste le second motif que lui a opposé la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine tiré de ce que sa compagne et mère de fille ne respectait pas la condition de permanence et de régularité de la résidence en France prévues à l'article L. 300-1 précité, il résulte de l'instruction que la commission de médiation aurait pris la même décision en se fondant seulement sur le motif mentionné au point 4.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A ne peut qu'être rejetée.

Par ces motifs, le tribunal décide:

Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mars 2024.

La magistrate désignée

signé

M. Monteagle

La greffière,

signé

C. Mas

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme,

La greffière