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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2304281

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2304281

lundi 25 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2304281
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationPole Social (JU)
Avocat requérantBROCHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 mars 2023, M. C F et Mme E F née G, en leurs noms propres ainsi qu'en leur qualité de représentant légal de leurs enfants A, B et D F, représentés par Me Brochard, demandent au tribunal :

1°) de condamner l'État à leur payer la somme de 48 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de leur absence de relogement, assortie des intérêts au taux légal ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros à verser à leur conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Ils soutiennent que :

- la responsabilité pour faute de l'État est engagée dès lors qu'ils n'ont reçu aucune proposition de logement, alors qu'ils ont été reconnus prioritaires par la commission de médiation du droit au logement opposable le 2 octobre 2019 et que l'ordonnance du tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 19 janvier 2021 n'a pas été exécutée avant le 2 mai 2022, date de leur relogement ;

- ils ont subi en conséquence des troubles de toute nature dans leurs conditions d'existence dès lorsqu'ils ont vécu avec leurs enfants dans un logement de deux pièces de 35 m² manifestement suroccupé et insalubre.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mars 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut à ce que l'indemnisation soit ramenée à de plus justes proportions.

Il fait valoir que les requérants ont été relogés le 29 avril 2022.

Vu :

- la décision du 13 juin 2022 par laquelle le président du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à M. F l'aide juridictionnelle totale ;

- l'ordonnance n° 2007638 du 19 janvier 2021 par laquelle le tribunal administratif de Cergy - Pontoise a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de reloger M. F sous astreinte de 200 euros par mois de retard ;

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Monteagle, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Monteagle, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. La commission de médiation des Hauts-de-Seine a, par une décision du 2 octobre 2019, désigné M. F comme prioritaire et devant être logé en urgence. Par un jugement du 19 janvier 2021, le tribunal, saisi par M. F, sur le fondement de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine d'assurer son relogement sous astreinte de 200 euros par mois de retard. N'ayant pas reçu de proposition de logement, M. et Mme F ont saisi le préfet d'une demande indemnitaire préalable par un courrier du 6 janvier 2023. Cette demande a été implicitement rejetée. M. et Mme F demandent au tribunal de condamner l'État à leur verser la somme de 48 000 euros en réparation des préjudices subis par eux-mêmes et leurs enfants mineurs.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.

En ce qui concerne la responsabilité :

4. En premier lieu, la carence fautive de l'État à assurer le logement du bénéficiaire de la décision de la commission de médiation dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence qu'elle a entraînés pour ce dernier. Il résulte de ce qui vient d'être dit que les conclusions indemnitaires présentées par Mme F ainsi que celles présentées par M. F au nom de ses enfants en sa qualité de représentant légal doivent être rejetées, alors qu'en tout état de cause son fils A F, né le 12 février 2002, était majeur à la date d'introduction de la requête. Il y a lieu, en revanche, de tenir compte de cette situation familiale pour apprécier le préjudice de M. F.

5. En deuxième lieu et d'une part, la commission de médiation a reconnu, le 2 octobre 2019, le caractère urgent et prioritaire de la demande de M. F au motif qu'il occupait un logement sur-occupé avec une personne mineure ou handicapée à charge. Toutefois, le préfet n'a fait aucune offre de logement à M. F avant le 2 avril 2020, date fixée par la commission de médiation. D'autre part, le jugement n° 2007638 du 19 janvier 2021 par lequel le tribunal administratif de Cergy - Pontoise a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine d'assurer le logement de M. F avant le 1er avril 2021 sous astreinte de 200 euros par mois n'a reçu aucune exécution.

6. Il résulte de ce qui précède que M. F est fondé, seul, à solliciter l'engagement de la responsabilité de l'État en raison des carences fautives dont il a fait preuve dans la mise en œuvre de son obligation de relogement.

En ce qui concerne l'évaluation des préjudices :

7. Il résulte de l'instruction que depuis le 4 mai 2019, M. F occupe avec son épouse et leurs 3 enfants nés en 2002, 2007 et 2019, un logement d'une superficie de 32 mètres carrés, lequel est donc sur-occupé. Le requérant est, dès lors, fondé à soutenir que la carence de l'État à assurer son relogement, fautive à compter du 2 avril 2020, a entraîné des troubles dans ses conditions d'existence devant être réparés.

8. Cependant, si le requérant soutient que ce logement est insalubre, les quelques photos produites sont insuffisantes à l'établir.

9. En outre, il résulte de l'instruction que le ménage a été relogé le 2 mai 2022 dans un logement d'une superficie habitable de 77 m², qui n'est donc pas sur-occupé et dont il ne résulte pas de l'instruction qu'il serait insalubre ou non-décent. La période d'indemnisation se termine dès lors à la date du relogement de M. F.

10. Il résulte de ce qui précède que, compte tenu des conditions de logement de M. F qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence, qui s'étend du 2 avril 2020 au 2 mai 2022, et de la composition de son foyer, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en évaluant l'indemnisation due à la somme totale de 2 600 euros.

11. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'État à verser à M. F la somme de 2 600 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

12. M. F a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susmentionnée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Brochard, conseil de M. F , renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Brochard de la somme de 1 080 euros.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : L'État est condamné à verser à M. F la somme de 2 600 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Article 2 : L'État versera la somme de 1 080 euros à Me Brochard, conseil de M. F, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C F, Mme E F née G, à Me Brochard et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mars 2024.

La magistrate désignée,

signé

M. MonteagleLa greffière,

signé

C. Mas

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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