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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2304429

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2304429

lundi 24 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2304429
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationPole Social (JU)
Avocat requérantDESFARGES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 mars 2023, et des pièces complémentaires, enregistrées les 24 avril 2023 et 28 mai 2024, M. A B demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 juillet 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales (CAF) des Hauts-de-Seine lui a notifié un indu d'allocation de logement familiale (ALF) versée à tort entre le 1er mai 2022 et le 30 juillet 2022 pour la somme totale de 969 euros ;

2°) d'annuler la décision du 27 septembre 2022 par laquelle la CAF des Hauts-de-Seine lui a notifié un indu d'ALF versé à tort entre le 1er février 2022 et le 30 avril 2022 pour la somme totale de 969 euros ;

3°) d'annuler la décision implicite par laquelle le directeur de la CAF des Hauts-de-Seine a confirmé, sur recours administratif préalable obligatoire formé le 8 décembre 2022, qu'il était redevable d'un indu d'ALF de 969 euros pour la période du 1er février au 30 avril 2022 et un indu d'ALF du même montant pour la période du 1er mai au 30 juillet 2022 ;

4°) d'annuler la décision implicite par laquelle le président du conseil départemental des Hauts-de-Seine a maintenu, sur recours administratif préalable obligatoire formé le 8 décembre 2022, l'indu de revenu de solidarité active (RSA) mis à sa charge pour la somme totale de 9 060,62 euros ;

5°) d'annuler la décision du 9 juillet 2022 par laquelle le directeur de la CAF des Hauts-de-Seine a mis à sa charge un indu de prime exceptionnelle de fin d'année au titre de l'année 2021 de 228,67 euros ;

6°) de le décharger du paiement de ces indus ;

7°) d'enjoindre au département des Hauts-de-Seine de lui restituer les sommes déjà prélevées au titre du remboursement de ces indus ;

8°) d'enjoindre au département des Hauts-de-Seine de le rétablir dans ses droits au RSA ;

9°) d'annuler la décision par laquelle la CAF des Hauts-de-Seine et le département des Hauts-de-Seine ont refusé de lui accorder une remise gracieuse de ses dettes ;

10°) de lui accorder une remise gracieuse de l'ensemble de ses dettes ;

11°) de mettre à la charge du département des Hauts-de-Seine à son bénéfice la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

s'agissant de l'ensemble des décisions relatives aux indus:

- elles méconnaissent le principe du contradictoire, dès lors qu'il a sollicité en vain la communication du rapport d'enquête et les pièces de son dossier ;

- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale, dès lors qu'il n'a pas été informé de la teneur et de l'origine des informations et documents obtenus auprès de tiers sur lesquels la CAF s'est fondée pour mettre un indu à sa charge ;

s'agissant des décisions relatives aux indu d'ALF et de RSA :

- la décision d'indu de RSA est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'il n'est pas établi que la commission de recours amiable de la CAF ait été saisi pour avis ;

- les décisions initiales des 30 juillet et 27 septembre 2022 sont entachées d'un défaut de motivation ;

- les décisions d'indus sont entachées d'une erreur d'appréciation, dès lors qu'il n'est pas établi que les sommes litigieuses lui aient été versées, que leur montant n'est pas justifié et que la CAF a reconnu le 3 novembre 2022 que la créance d'ALF relative à la période allant du 1er février au 30 avril 2022 n'était pas justifiée.

s'agissant de la décision relative à l'indu de prime exceptionnelle de fin d'année :

- la décision est entachée d'un vice de forme, faute d'avoir été signé par le directeur de la CAF, conformément aux dispositions de l'article R. 133-9-2 du code de la sécurité sociale, et de comporter une motivation suffisante en droit et en fait au regard de sa rédaction stéréotypée ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors qu'il n'est pas établi que la somme litigieuse lui ait été versée et que leur montant n'est pas justifié.

s'agissant de la remise gracieuse :

- sa situation financière précaire ne lui permet pas de rembourser les indus en litige.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mars 2024, le département des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- le tribunal administratif n'est pas compétent pour statuer sur un indu d'allocation de logement familiale (ALF) ;

- le département n'est pas compétent pour défendre sur les indu d'ALF et de prime exceptionnelle de fin d'année ;

- les conclusions à fin d'annulation de la décision du 30 juillet 2022 sont irrecevables dès lors que la décision implicite par laquelle le présent du conseil départemental des Hauts-de-Seine a implicitement rejeté son recours préalable administratif obligatoire, formé le 8 décembre 2022 contre ces décisions, s'y est entièrement substituée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2024, ainsi que des pièces, enregistrées le 5 avril 2024, la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine, représentée par Me Charluet-marais, conclut à sa mise hors de cause, en tant que le litige porte sur un indu de RSA et un refus de remise gracieuse d'une dette de RSA, et au rejet de surplus des conclusions la requête.

Elle fait valoir que :

- elle n'est pas compétente pour défendre sur l'indu de RSA ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par un courrier du 4 avril 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen qui, étant d'ordre public, doit être relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions demandant l'annulation des décisions du 27 septembre 2022 et 30 juillet 2022 en tant que la CAF a notifié à M. B des indus d'ALF, dès lors que la décision implicite par laquelle le directeur de la CAF des Hauts-de-Seine a implicitement rejeté son recours préalable administratif obligatoire, formé le 8 décembre 2022 contre ces décisions, s'y est entièrement substituée.

Vu :

- la décision du 24 avril 2023 par laquelle le président du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise a admis M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 55 % ;

- la lettre du 26 février 2024 par laquelle M. B a indiqué qu'il renonçait au bénéfice de l'aide juridictionnelle et ne souhaitait pas être assisté d'un avocat ;

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Monteagle, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa demande, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 2021-1657 du 15 décembre 2021,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Monteagle, magistrate désignée,

- les observations de M. B, présent.

La clôture de l'instruction a été reportée, à l'issue de l'audience publique, au 12 juin 2024 à 12h00, pour permettre aux parties d'apporter des pièces complémentaires au soutien de leurs écritures.

Des pièces ont été produites par M. B le 5 juin 2024, qui ont été communiquées.

Considérant ce qui suit :

1. La CAF des Hauts-de-Seine a procédé au contrôle de la situation de M. B en avril 2022. A l'issue du contrôle et de la procédure contradictoire qui s'en est suivie, la CAF a informé M. B, le 9 juillet 2022, qu'il était redevable d'un indu de prime exceptionnelle de fin d'année au titre de 2021 pour la somme de 228,67 euros et, le 30 juillet 2022, qu'il était redevable d'un indu de 9 060,62 euros de revenu de solidarité active (RSA) perçu à tort entre le 1er mai 2021 et le 30 juin 2022 ainsi que d'un indu d'allocation de logement familiale (ALF) versée à tort entre le 1er mai 2022 et le 30 juillet 2022, pour la somme de 969 euros. Le 27 septembre 2022, la CAF des Hauts-de-Seine lui a également notifié un second indu d'ALF, versé à tort entre le 1er février 2022 et le 30 avril 2022, pour la somme de 969 euros. Le 8 décembre 2022, par un courrier adressé au département des Hauts-de-Seine, le requérant a contesté l'ensemble des décisions d'indus et a sollicité une remise de ses dettes. En l'absence de réponse, des décisions implicites de rejet sont nés dont le requérant demande l'annulation.

Sur la compétence du juge administratif sur l'indu d'ALF:

2. D'une part, aux termes de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale : " Le contentieux de la sécurité sociale comprend les litiges relatifs : / 1° A l'application des législations et réglementations de sécurité sociale et de mutualité sociale agricole () ". Aux termes de l'article L. 211-16 du code de l'organisation judiciaire : " Des tribunaux judiciaires spécialement désignés connaissent : / 1° Des litiges relevant du contentieux de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale, à l'exception de ceux mentionnés au 7° du même article L. 142-1 () ".

3. Par ailleurs, l'article 23 de l'ordonnance du 17 juillet 2019, qui a créé l'article L. 825-1 du code de la construction et de l'habitation attribuant à la juridiction administrative la compétence pour connaître des recours contre les décisions prises en matière d'aides personnelles au logement, incluant les allocations de logement familiale et sociale désormais visées à l'article L. 821-1 de ce dernier code, dispose que le transfert de compétence des tribunaux judiciaires spécialement désignés aux tribunaux administratifs en ce qui concerne les aides personnelles au logement ne concerne que les décisions relatives à ces allocations nées à compter du 1er janvier 2020.

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation désormais applicable, " () Les aides personnelles au logement comprennent : 1° L'aide personnalisée au logement ; / 2° Les allocations de logement : a) L'allocation de logement familiale ; / b) L'allocation de logement sociale. ". Et aux termes de l'article L. 825-3 du code de la construction et de l'habitation dans sa version en vigueur depuis le 1er janvier 2020 : " Le directeur de l'organisme payeur statue, dans des conditions fixées par voie réglementaire, sur : / () 2° Les demandes de remise de dettes présentées à titre gracieux par les bénéficiaires des aides personnelles au logement ".

5. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que les litiges relatifs à l'allocation de logement familiale (ALF), prestation familiale appartenant au contentieux général de la sécurité sociale, peuvent faire l'objet de recours portés devant les tribunaux judiciaires spécialement désignés, si les services de la caisse d'allocations familiales se sont prononcés sur de tels indus par une décision antérieure au 1er janvier 2020.

6. Il résulte de l'instruction que l'indu en litige concernant ALF, procède de décisions initiales des 30 juillet et 27 septembre 2022 par laquelle la CAF des Hauts-de-Seine a indiqué à M. B qu'il était redevable de deux indus. Ces décisions étant postérieures au 1er janvier 2020, le juge administratif est compétent pour connaître des conclusions d'annulation de la décision implicite par laquelle la CAF a confirmé ces indus ainsi que la décision implicite par laquelle elle a refusé de remettre la dette de M. B les concernant. Par suite, l'exception d'incompétence opposée par le département des Hauts-de-Seine sur ce point doit être écartée.

Sur les conclusions d'annulation des décisions des 30 juillet et 27 septembre 2022 :

7. D'une part, aux termes du 1er alinéa de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale ".

8. D'autre part, aux termes de l'article R. 825-1 du code de la construction et de l'habitation: " L'introduction d'un recours contentieux dirigé contre des décisions prises par un organisme payeur en matière d'aides personnelles au logement () est subordonnée à l'exercice préalable d'un recours administratif auprès de la commission de recours amiable prévue à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale constituée auprès du conseil d'administration de l'organisme auteur de la décision contestée. / Ce recours administratif est régi par les dispositions des chapitres Ier et II du titre Ier du livre IV du code des relations entre le public et l'administration. La procédure définie par les articles R. 142-1 et R. 142-6 du code de la sécurité sociale lui est applicable. ".

9. L'institution par ces dispositions d'un recours administratif préalable obligatoire à la saisine du juge a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement le positionnement de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite de ce recours administratif préalable se substitue nécessairement à la décision initiale, et elle est seule susceptible d'être déférée au juge, ce que le département fait valoir en défense s'agissant de la décision du 30 juillet 2022.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions d'annulation des décisions du 30 juillet 2022 et du 27 septembre 2022 par laquelle la CAF des Hauts-de-Seine a initialement notifié à M. B deux indus d'ALF et à l'encontre desquelles il a formé un recours préalable qui a été implicitement rejeté sont irrecevables.

Sur les conclusions d'annulation relatives à l'indu d'ALF versé entre le 1er février 2022 et le 30 avril 2022 :

11. Aux termes de l'article L. 831-1 du code de la sécurité sociale: " Une allocation de logement est versée aux personnes de nationalité française mentionnées à l'article L. 831-2 en vue de réduire à un niveau compatible avec leurs ressources la charge de loyer afférente au logement qu'elles occupent à titre de résidence principale en France métropolitaine () ".

12. Il ressort des pièces du dossier que la CAF avait initialement mis à la charge de M. B, par une décision du 27 septembre 2022, un indu d'ALF pour la somme de 969 euros versée à tort entre le 1er février et le 30 avril 2022 au motif que M. B ne supportait pas effectivement de charge de logement, étant en situation d'impayé. Toutefois, M. B établit, par les quittances qu'il produit, s'être acquitté de son loyer sur cette période. En outre, la CAF a reconnu, le 3 novembre 2022, que la créance n'était pas justifiée sans toutefois l'annuler, se bornant à inciter M. B à présenter une remise de dettes. De plus, en rejetant implicitement le recours préalable obligatoire du 8 décembre 2022 de M. B, la CAF doit être regardée comme ayant nécessairement maintenu cet indu à sa charge. Dès lors, M. B est fondé à demander l'annulation de cette dernière décision.

13. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'indu d'ALF de 969 euros, correspondant aux allocations versées entre le 1er février 2022 et le 30 avril 2022, doit être annulé.

Sur le surplus des conclusions d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs:

14. En premier lieu, si M. B soutient que le principe du contradictoire a été méconnu, il ressort des pièces du dossier qu'à l'issue du contrôle de sa situation, la CAF a initié une procédure contradictoire le 8 juin 2022 informant le requérant des griefs retenus à son encontre et l'invitant à formuler des observations, ce que le requérant a eu demeurant fait le 14 juin 2022. En outre, il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'il ait sollicité en vain le rapport d'enquête, alors que la CAF n'a aucune obligation de le communiquer spontanément. Enfin, il est constant que M. B a pu faire valoir ses observations en présentant son recours préalable obligatoire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du caractère contradictoire de la procédure doit être écarté.

15. En second lieu, aux termes de l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction applicable au litige : " Le droit de communication permet d'obtenir, sans que s'y oppose le secret professionnel, les documents et informations nécessaires : / 1° Aux agents des organismes de sécurité sociale pour contrôler la sincérité et l'exactitude des déclarations souscrites ou l'authenticité des pièces produites en vue de l'attribution et du paiement des prestations servies par lesdits organismes () ". Aux termes de l'article L. 114-21 du même code : " L'organisme ayant usé du droit de communication en application de l'article L. 114-19 est tenu d'informer la personne physique ou morale à l'encontre de laquelle est prise la décision de supprimer le service d'une prestation ou de mettre des sommes en recouvrement, de la teneur et de l'origine des informations et documents obtenus auprès de tiers sur lesquels il s'est fondé pour prendre cette décision. Il communique, avant la mise en recouvrement ou la suppression du service de la prestation, une copie des documents susmentionnés à la personne qui en fait la demande ".

16. Il résulte de la combinaison des dispositions des articles L. 262-16 et L. 262-40 du code de l'action sociale et des familles et L. 114-19 et L. 114-21 du code de la sécurité sociale que les caisses d'allocations familiales et les caisses de mutualité sociale agricole, chargées du service du RSA, réalisent les contrôles relatifs à cette prestation d'aide sociale selon les règles, procédures et moyens d'investigation applicables aux prestations de sécurité sociale, au nombre desquels figurent le droit de communication instauré par l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale au bénéfice des organismes de sécurité sociale pour contrôler la sincérité et l'exactitude des déclarations souscrites ou l'authenticité des pièces produites en vue de l'attribution et du paiement des prestations qu'ils servent, ainsi que les garanties procédurales qui s'attachent, en vertu de l'article L. 114-21 du même code, à l'exercice de ce droit par un organisme de sécurité sociale. Il incombe ainsi à l'organisme ayant usé du droit de communication, avant la suppression du service de la prestation ou la mise en recouvrement, d'informer l'allocataire à l'encontre duquel est prise la décision de supprimer le droit au RSA ou de récupérer un indu de RSA, tant de la teneur que de l'origine des renseignements qu'il a obtenus de tiers par l'exercice de son droit de communication et sur lesquels il s'est fondé pour prendre sa décision. Cette obligation a pour objet de permettre à l'allocataire, notamment, de discuter utilement leur provenance ou de demander que les documents qui, le cas échéant, contiennent ces renseignements soient mis à sa disposition avant la récupération de l'indu ou la suppression du service de la prestation, afin qu'il puisse vérifier l'authenticité de ces documents et en discuter la teneur ou la portée. Les dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale instituent ainsi une garantie au profit de l'intéressé. Toutefois, la méconnaissance de ces dispositions par l'organisme demeure sans conséquence sur le bien-fondé de la décision prise s'il est établi qu'eu égard à la teneur du renseignement, nécessairement connu de l'allocataire, celui-ci n'a pas été privé, du seul fait de l'absence d'information sur l'origine du renseignement, de cette garantie.

17. En l'espèce, M. B soutient qu'il n'aurait pas été informé de la mise en œuvre par la CAF des Hauts-de-Seine du droit de communication prévu par les dispositions précitées. Il résulte toutefois de l'instruction, en particulier du rapport d'enquête, établi le 16 juin 2022, par un agent assermenté de la CAF, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, que le requérant a bien été informé de la mise en œuvre du droit dévolu à la caisse. En outre, le rapport mentionne les démarches réalisées, notamment les organismes contactés et les comptes bancaires consultés. S'il n'est pas établi que M. B aurait été informé tant de la teneur que de l'origine des renseignements obtenus par la caisse via l'exercice de son droit de communication, eu égard à la teneur des renseignements, nécessairement connus de M. B, tenant aux mentions figurant sur ses relevés bancaires ou à sa situation professionnelle, celui-ci n'a pas été privé, du seul fait de l'absence d'information sur l'origine du renseignement, qu'il a eu, par ailleurs, la possibilité de solliciter auprès de l'agent de contrôle lors de ces échanges, de la garantie instituée par l'article L.114-21 du code de la sécurité sociale. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure résultant de la méconnaissance de son droit à communication et de l'obligation d'informer l'allocataire sur la teneur et de l'origine des informations et documents obtenus par l'administration doit être écarté

En ce qui concerne le bien-fondé des indus de RSA et d'ALF versée entre le 1er mai au 30 juillet 2022 :

18. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil général. Ce recours est, dans les conditions et limites prévues par la convention mentionnée à l'article L. 262-25, soumis pour avis à la commission de recours amiable qui connaît des réclamations relevant de l'article L. 242-1 du code de la sécurité sociale. Les modalités d'examen du recours sont définies par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'article R. 262-89 du code de l'action sociale et des familles : " Sauf lorsque la convention mentionnée à l'article L. 262-25 en dispose autrement, ce recours est adressé par le président du conseil départemental pour avis à la commission de recours amiable mentionnée à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale. / Dans les cas prévus dans la convention mentionnée à l'article L. 262-25 dans lesquels la commission de recours amiable n'est pas saisie, le président du conseil départemental statue, dans un délai de deux mois, sur le recours administratif qui lui a été adressé. Cette décision est motivée ".

19. La convention de gestion du revenu de solidarité active conclue le 18 janvier 2021 entre le département des Hauts-de-Seine et la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine prévoit, en son article 15, que le conseil départemental examine les recours administratifs des allocataires sans soumettre au préalable les dossiers pour avis à la caisse d'allocations familiales. Dans ces conditions, la consultation de cette commission n'était pas obligatoire et le président du conseil départemental pouvait, sans priver M. B d'une garantie, statuer sur le recours administratif qu'il a présenté contre l'indu de RSA sans le soumettre pour avis à la commission de recours amiable.

20. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. (.) ". L'article L. 262-3 du même code dispose que : " [] L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active [] ". L'article R. 262-37 du même code précise que : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".

21. Il ressort des pièces du dossier que les indus en litige de RSA et d'ALF résultent d'omissions déclaratives délibérées de M. B quant à sa situation professionnelle, dès lors qu'il n'avait pas déclaré qu'il était redevenu salarié après le 29 mai 2021 et quant à ses ressources dès lors qu'il n'a pas déclaré à la CAF les mêmes salaires que ceux qu'il a déclarés à l'URSSAF sur l'année 2020. Il ressort de ces mêmes pièces qu'il a également omis de déclarer, dans ses déclarations trimestrielles de ressources, le chiffre d'affaires issu de ses sociétés " Point cab " et " Royal service " ainsi que de nombreux dépôts d'espèce, de chèques et virements figurant sur ses relevés bancaires. M. B ne conteste aucunement ces omissions déclaratives. En outre, dans ses observations orales à l'audience et par la production de ses relevés bancaires après cette dernière, M. B confirme l'existence de nombreux virements et dépôts sur son compte bancaire personnel, notamment en provenance d'autre comptes bancaires à son nom mais également en provenance de tiers, mais soutient qu'une partie serait des prêts à titre amical ou familial ou alors qu'ils ne permettraient pas d'établir qu'il ait perçu des ressources, dès lors qu'il a utilisé ces fonds pour financer les charges courantes de ses sociétés, ainsi que les dettes de ces dernières. Ce dernier argument est cependant sans incidence, dès lors que la CAF n'a pas porté d'appréciation sur la manière dont M. B a employé ses ressources mais seulement sur leur existence et leur niveau. De plus, les seules annotations portées sur ses relevés bancaires, en l'absence de pièce justifiant l'origine de ces montant, ne permet pas de remettre en cause l'appréciation de l'agent assermenté de la CAF selon lequel il s'agit bien de ressources et non de prêts.

22. Il résulte de ce qui précède que c'est à bon droit que la CAF a procédé à un nouveau calcul de ressources de M. B et estimé qu'il avait indûment perçu le RSA entre mai 2021 et juin 2022 et l'ALF entre mai et juillet 2022.

En ce qui concerne la motivation et le bien-fondé de la décision d'indu de prime exceptionnelle de fin d'année pour 2021 :

23. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. / () ". Selon l'article L. 212-2 du même code : " Sont dispensés de la signature de leur auteur, dès lors qu'ils comportent ses prénom, nom et qualité ainsi que la mention du service auquel celui-ci appartient, les actes suivants : 1° Les décisions administratives qui sont notifiées au public par l'intermédiaire d'un téléservice conforme à l'article L. 112-9 et aux articles 9 à 12 de l'ordonnance n° 2005-1516 du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives et entre les autorités administratives ainsi que les actes préparatoires à ces décisions () ".

24. La décision du 9 juillet 2022 comporte l'indication des noms et qualité de son auteur, Mme C, directrice de la caisse d'allocations familiales (CAF) des Hauts-de-Seine et a été notifiée à M. B par l'intermédiaire du téléservice mis en œuvre par la caisse d'allocations familiales. Dès lors, elle était dispensée de comporter la signature manuscrite de son auteur. Par suite, le moyen tiré de ce que le défaut de signature de la décision méconnaît l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, inopérant, doit être écarté.

25. En deuxième lieu, la décision attaquée précise le motif pour lequel M. B n'avait pas droit au versement de la prime exceptionnelle, en l'espèce parce qu'il n'avait pas de droit ouvert au RSA pour les mois de novembre et décembre 2021. Le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée, infondé, ne peut qu'être écarté.

26. En dernier lieu, en application de l'article 3 du décret du 15 décembre 2021 visé ci-dessus, la prime exceptionnelle de fin d'année pour l'année 2021 est versée aux bénéficiaires du revenu de solidarité active qui perçoivent cette allocation pendant les mois de novembre ou décembre de l'année 2021. En outre, aux termes du I de l'article 6 de ce même décret : " Tout paiement indu d'une aide exceptionnelle attribuée en application du présent décret est récupéré pour le compte de l'Etat par l'organisme chargé du service de celle-ci ".

27. En l'espèce, les droits de M. B à la prime exceptionnelle de fin d'année ont été initialement ouverts du fait de ses droits au RSA pour l'année 2021. Il résulte toutefois de ce qui a été dit au point 21 que M. B n'avait aucun droit au RSA pour les mois de novembre et de décembre 2021, et, par conséquent, aucun droit à la prime exceptionnelle de fin d'année. Le moyen tiré de ce que l'indu n'est pas fondé ne pourra donc qu'être écarté.

28. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions d'annulation de M. B relatives aux indus de RSA, d'ALF s'agissant de l'allocation versée entre mai et juillet 2022 et de prime exceptionnelle de fin d'année pour l'année 2021 ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions visant à la remise de dette :

29. D'une part, aux termes de l'article L. 262-17 du code de l'action sociale et des familles : " Lors du dépôt de sa demande, l'intéressé reçoit, de la part de l'organisme auprès duquel il effectue le dépôt, une information sur les droits et devoirs des bénéficiaires du revenu de solidarité active () ". Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active / () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration () ".

30. Il résulte de ces dispositions qu'un allocataire ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives.

31. D'autre part, lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu de RSA, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction supplémentaire.

32. Il résulte des énonciations du présent jugement que les indus de RSA, d'ALF et de prime exceptionnelle de fin d'année au titre de 2021 ont pour origine des omissions déclaratives délibérées et répétées de M. B. Par suite, M. B qui ne saurait être regardé comme étant de bonne foi pour les motifs déjà énoncés au point 21 n'est pas fondé à solliciter une remise gracieuse de ses dettes, et ce sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition de précarité.

33. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de remise gracieuse doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin de décharge :

34. Lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions tendant à l'annulation d'un indu d'une allocation, des conclusions à fin de décharge de la somme correspondant à la créance, il incombe au juge administratif d'examiner prioritairement les moyens mettant en cause le bien-fondé de la sanction qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de la décharge. Dans le cas où il ne juge fondé aucun des moyens qui seraient de nature à justifier le prononcé de la décharge mais retient un moyen mettant en cause la régularité formelle de la décision, le juge n'est tenu de se prononcer explicitement que sur le moyen qu'il retient pour annuler la sanction, statuant ainsi, son jugement écarte nécessairement les moyens qui assortissaient la demande de décharge de la somme litigieuse.

35. Au regard du motif d'annulation retenu par le présent jugement, qui annule seulement la décision implicite par laquelle le directeur de la CAF des Hauts-de-Seine a confirmé, sur recours administratif préalable obligatoire formé le 8 décembre 2022, que M. B était redevable d'un indu d'ALF de 969 euros pour la période du 1er février au 30 avril 2022, il y a lieu de décharger M. B du paiement de cette somme et de rejeter les surplus de ses conclusions à fin de décharge.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

36. En cas d'annulation par le juge administratif, saisi d'un recours dirigé contre celle-ci, d'une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active ou d'aide exceptionnelle de fin d'année, il est loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement et dans le respect de l'autorité de la chose jugée, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision. Lorsque tout ou partie de l'indu d'allocation de revenu de solidarité active ou d'aide exceptionnelle de fin d'année a été recouvré avant que le caractère suspensif du recours n'y fasse obstacle, il appartient au juge, s'il est saisi de conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à l'administration de rembourser la somme déjà recouvrée ou s'il décide de prescrire cette mesure d'office, de déterminer le délai dans lequel l'administration, en exécution de sa décision, doit procéder à ce remboursement, sauf à régulariser sa décision de récupération si celle-ci n'a été annulée que pour un vice de légalité externe.

37. L'exécution du présent jugement implique seulement, mais nécessairement, en application du principe exposé ci-dessus, que la CAF procède au remboursement des sommes qui auraient déjà été recouvrées s'agissant de la dette de 969 euros d'ALF, dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Le surplus des conclusions à fin d'injonction est rejeté.

Sur les frais liés au litige :

38. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à a charge du département des Hauts-de-Seine ou de la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine la somme réclamée par M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 75 de la loi du 10 juillet 1991.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La décision implicite par laquelle le directeur de la CAF des Hauts-de-Seine a confirmé, sur recours administratif préalable obligatoire formé le 8 décembre 2022, que M. B était redevable d'un indu d'ALF de 969 euros pour la période du 1er février au 30 avril 2022 est annulée et M. B est déchargé du paiement de cette somme

Article 2 : Il est enjoint à la CAF des Hauts-de-Seine de restituer à M. B les sommes qu'elle aurait déjà prélevées en vue d'apurer la dette initiale de M. B mentionnée à l'article 1er dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, à la caisse d'allocations familiales des Hauts-de-Seine et au département des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juin 2024.

La magistrate désignée,

M. MonteagleLa greffière,

C. Mas

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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