lundi 25 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2304438 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | Pole Social (JU) |
| Avocat requérant | BATTAIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 24 mars 2023, 13 novembre 2023 et 11 mars 2024, ainsi que des pièces complémentaires, enregistrées les 4 janvier 2024 et 12 janvier 2024, M. A B, représenté par Me Battais, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'État à lui payer la somme de 145 646 euros en réparation des préjudices subis du fait de son absence de relogement ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la responsabilité pour faute de l'État est engagée dès lors qu'il n'a reçu aucune proposition de logement, alors qu'il a été reconnu prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable le 3 octobre 2018 ;
- il subit en conséquence des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence dès lorsqu'il a résidé dans un logement trop petit pour l'accueillir avec sa femme, ses deux enfants mineurs et sa belle-mère et dont le loyer est excessif au regard de ses moyens financiers ;
- il a été expulsé de ce logement le 25 octobre 2023 puisqu'il n'arrivait plus à s'acquitter de son loyer dès lors qu'il a été placé en congé de maladie puis licencié le 22 juillet 2021.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mars 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- le requérant a été reconnu prioritaire au titre du délai anormalement long. Or, M. B ne démontre pas que son logement était inadapté à ses besoins et capacités, justifiant un préjudice à s'y être maintenu ;
- l'État devra indemniser le propriétaire de M. B dès lors que la décision d'expulsion concernant M. B ne sera pas exécutée, ce qui doit venir minorer, le cas échéant, l'indemnisation du préjudice ;
- le requérant s'est vu proposer un logement social le 4 avril 2023, mais au regard des incohérences de son dossier, dont il est responsable, ce logement n'a pu lui être attribué, ce qui témoigne d'un comportement de nature à faire obstacle à l'obligation de relogement.
Vu :
- la décision du 25 avril 2022 par laquelle le président du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à M. B l'aide juridictionnelle totale et la décision modificative du 3 février 2023 désignant Me Battais pour l'assister ;
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Monteagle, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;
- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Monteagle, magistrate désignée,
- et les observations de Me Battais, représentant M. B. qui maintient les conclusions et développe les moyens, soutenant que le mémoire en défense, qui témoigne d'un abus de droit au regard de la tardiveté de sa production, est irrecevable.
La clôture de l'instruction a été reportée, à l'issue de l'audience publique, au 21 mars 2024 à 12h00, pour permettre aux parties d'apporter des pièces complémentaires au soutien de leurs écritures.
Des pièces ont été produites par M. B le 11 mars 2024.
Considérant ce qui suit :
1. La commission de médiation des Hauts-de-Seine a, par une décision du 3 octobre 2018, désigné M. B comme prioritaire et devant être logé en urgence. N'ayant pas reçu de proposition de logement, M. B a saisi le préfet d'une demande indemnitaire préalable par un courrier du 21 décembre 2021. Cette demande a été implicitement rejetée. M. B demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 28 870 euros en réparation des préjudices subis.
Sur la recevabilité du mémoire en défense :
2. Aux termes de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, inséré dans le chapitre II bis intitulé " Les contentieux sociaux " : " L'instruction est close soit après que les parties ou leurs mandataires ont formulé leurs observations orales, soit, si ces parties sont absentes ou ne sont pas représentées, après appel de leur affaire à l'audience ".
3. Conformément à ces dispositions, le présent litige, qui relève du contentieux social, n'a fait l'objet d'aucune clôture d'instruction avant l'audience, chaque partie ayant la possibilité de produire jusqu'à la tenue de cette dernière. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le mémoire en défense serait tardif et à ce titre irrecevable au motif qu'il a été produit à quelques jours de l'audience après près d'une année d'instruction. L'exception d'irrecevabilité ne peut qu'être écartée.
Sur les conclusions indemnitaires :
4. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".
5. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement. Dans le cas où le demandeur a été reconnu prioritaire au seul motif que sa demande de logement social n'a pas reçu de réponse dans le délai réglementaire, son maintien dans le logement où il réside ne peut être regardé comme entraînant des troubles dans ses conditions d'existence lui ouvrant droit à réparation que si ce logement est inadapté au regard, notamment, de ses capacités financières et de ses besoins. Par ailleurs, la circonstance que l'absence de relogement a contraint le demandeur à supporter un loyer manifestement disproportionné au regard de ses ressources, si elle ne peut donner lieu à l'indemnisation d'un préjudice pécuniaire égal à la différence entre le montant du loyer qu'il a payé durant cette période et celui qu'il aurait acquitté si un logement social lui avait été attribué, doit, si elle est établie, être prise en compte pour évaluer le préjudice résultant des troubles dans les conditions d'existence.
En ce qui concerne la responsabilité :
6. La commission de médiation a reconnu, le 3 octobre 2018, le caractère urgent et prioritaire de la demande de M. B au motif qu'il n'avait pas reçu de proposition de logement dans le délai fixé en application des dispositions de l'article L. 441-1-4 du code de la construction et de l'habitation. Toutefois, le préfet n'a fait aucune offre de logement à M. B avant le 3 avril 2019, date butoir fixée par la commission de médiation.
7. Le préfet fait néanmoins valoir que M. B a fait obstacle, par son comportement, à la mise en œuvre de l'obligation de relogement dès lors que le dossier le concernant qui a été présenté à la commission d'attribution le 28 février 2024 en vue de l'attribution d'un T4 comportait des incohérences, le requérant se déclarant marié, mais apparaissant comme divorcé dans son avis d'impôt de 2022. Toutefois, le préfet n'allègue, ni n'établit que le requérant aurait été mis à même de clarifier cette situation ou aurait négligé de répondre aux demandes de l'administration ou du bailleur sur la composition de son foyer. La seule présence de ces incohérences n'est donc pas de nature à exonérer l'État de sa responsabilité.
8. Il résulte de ce qui précède que le requérant est fondé à solliciter l'engagement de la responsabilité de l'État en raison de la carence fautive dont il a fait preuve dans la mise en œuvre de son obligation de relogement.
En ce qui concerne l'évaluation des préjudices :
9. Il résulte de l'instruction qu'entre le 19 avril 2014 et son expulsion, M. B a occupé avec son épouse, leurs deux enfants nés en 2015 et 2020 et sa belle-mère un logement dont le loyer mensuel charges comprises prévu au contrat de bail de 1 160 euros était manifestement disproportionné au regard des ressources mensuelles du foyer perçues entre 2019 et 2022, composées du salaire de M. B d'un montant moyen annuel de 17 000 euros et de prestations de la caisse d'allocations familiales à hauteur de 800 euros par mois. En outre, il résulte de l'instruction que le requérant n'a plus réussi à s'acquitter de son loyer depuis le 3 septembre 2021 après son licenciement intervenu en juillet 2021, situation qui a généré une dette locative à l'origine de l'expulsion de son logement qui a été mise en œuvre le 25 octobre 2023. Le requérant est, dès lors, fondé à soutenir que la carence de l'État à assurer son relogement, fautive à compter du 3 avril 2019, a entraîné des troubles dans ses conditions d'existence lui ouvrant droit à réparation.
10. En outre, doivent être considérées comme personnes vivant au foyer le ou les titulaires du bail, ainsi que leur concubin notoire ou leur partenaire d'un PACS, mais aussi les personnes figurant sur les avis d'imposition de ces titulaires et les personnes réputées à charge au sens du code général des impôts. A cet égard, sont réputées à charge au sens des articles 194, 196, 196 A bis et 196 B du code général des impôts, les enfants majeurs de moins de 21 ans s'ils sont rattachés au foyer fiscal, les enfants de moins de 25 ans s'ils sont rattachés au foyer fiscal et justifient du statut d'étudiant et, enfin, les enfants de tout âge s'ils sont atteints d'une infirmité. En l'espèce, la belle-mère du requérant, dont il soutient qu'elle réside avec lui, ne peut être regardée, au vu des pièces produites, comme étant à la charge du requérant au sens du code général des impôts.
11. Enfin, si le préfet fait valoir que le bailleur de M. B pourra demander à être indemnisé par l'État pour la période pour laquelle le concours de la force publique ne lui a pas été accordé pour procéder à l'expulsion de ce dernier, les préjudices de ce bailleur et ceux de M. B reposent sur des faits générateurs distincts. Il ne peut donc aucunement être tenu compte de cette circonstance pour minorer l'indemnisation du requérant.
12. Il résulte de ce qui précède que, compte tenu des conditions de logement de M. B qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et de la composition de son foyer au cours de cette période, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en évaluant l'indemnisation due à la somme totale de 7 500 euros.
13. Il résulte de ce qui précède, sans qu' il y a lieu de condamner l'État à verser à M. B la somme de 7 500 euros.
Sur les frais liés au litige :
14. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susmentionnée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Battais, conseil de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Battais de la somme de 1 300 euros.
Par ces motifs, le tribunal décide:
Article 1er : L'État est condamné à verser à M. B la somme de 7 500 euros.
Article 2 : L'État versera la somme de 1 300 euros à Me Battais, conseil de M. B, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Battais et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mars 2024.
La magistrate désignée,
signé
M. MonteagleLa greffière,
signé
C. Mas
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
1
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026