lundi 26 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2304499 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | Pole Social (JU) |
| Avocat requérant | OUATTARA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 28 mars, 11 septembre 2023 et 2 février 2024, M. B A, représenté par Me Ouattara, demande au tribunal :
1°) de condamner l'État à lui payer la somme de 10 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de son absence d'hébergement, assortie des intérêts au taux légal ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la responsabilité pour faute de l'État est engagée dès lors qu'il n'a reçu aucune proposition d'hébergement, alors qu'il a été reconnu prioritaire par la commission de médiation le 24 septembre 2021 et que l'ordonnance du tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 12 mai 2022 ordonnant son hébergement n'a pas été exécutée ;
- il subit en conséquence des troubles de toute nature dans ses conditions d'existence dès lors qu'il est hébergé dans un logement qu'il sous-loue, avec son épouse et ses trois enfants, dont deux sont en situation de handicap ;
- si sa demande de titre de séjour a été rejetée et qu'il fait l'objet d'une mesure d'éloignement, ces décisions sont contestées devant la cour administrative d'appel de Versailles ;
- en tout état de cause, la régularité de sa situation administrative est sans incidence sur son droit opposable à l'hébergement.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 18 août 2023 et 3 janvier 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- si l'État n'a effectivement pas procédé à l'hébergement de M. A, ce dernier n'en a subi aucun préjudice dès lors qu'il s'est logé par ses propres moyens et qu'il n'établit pas que ses conditions actuelles d'hébergement lui préjudicient de manière directe et certaine ;
- M. A a fait l'objet d'une décision de refus de séjour le 5 mai 2022, confirmée par le présent tribunal le 7 novembre 2023, jugement actuellement frappé d'appel.
Vu :
- la décision du 24 juillet 2023 du président du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise par laquelle M. A, a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;
- l'ordonnance n° 2200508 du 12 mai 2022 par laquelle le tribunal administratif de Cergy - Pontoise a enjoint au préfet du Val-d'Oise d'héberger M. A sous astreinte de 25 euros par jour de retard ;
- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
- la décision par laquelle le président du tribunal par intérim a désigné Mme Monteagle, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Monteagle, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.
A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. La commission de médiation du département du Val-d'Oise a, par une décision du 24 septembre 2021, désigné M. A comme prioritaire et devant être accueilli dans une structure d'hébergement ou dans une résidence hôtelière à vocation sociale. Par une ordonnance du 12 mai 2022, le tribunal, saisi par l'intéressé sur le fondement de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, a enjoint au préfet du Val-d'Oise d'assurer son hébergement sous astreinte de 25 euros par jour de retard. N'ayant pas reçu de proposition d'hébergement, M. A a saisi le préfet d'une demande indemnitaire préalable par un courrier du 23 janvier 2023. Cette demande a été implicitement rejetée. M. A demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation des préjudices subis.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité :
2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".
3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être hébergée d'urgence par une décision d'une commission de médiation en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'État prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à compter de l'expiration du délai de six semaines à compter de la décision de la commission de médiation que les dispositions de l'article R. 441-18 du code de la construction et de l'habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre d'hébergement.
4. M. A a été reconnu comme prioritaire et devant être accueilli dans une structure d'hébergement, dans un logement de transition, un logement-foyer ou dans une résidence hôtelière à vocation sociale par une décision de la commission de médiation du département du Val-d'Oise du 24 septembre 2021. Le préfet du Val-d'Oise devait proposer un hébergement à M. A dans le délai de six semaines suivant la décision de la commission, soit en l'espèce, avant le 5 novembre 2021. L'absence de proposition d'hébergement à compter de cette date, est constitutive d'une carence fautive, de nature à engager la responsabilité de l'État.
En ce qui concerne la période à indemniser :
5. D'une part, la période à prendre en compte pour apprécier l'existence d'une carence de l'État dans l'exécution de son obligation d'hébergement du requérant court à l'expiration du délai de six semaines à compter de la décision de la commission de médiation, en l'espèce à compter du 5 novembre 2021.
6. D'autre part, les ressortissants étrangers qui font l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, ou dont la demande d'asile a été définitivement rejetée et qui doivent ainsi quitter le territoire en vertu des dispositions de l'article L. 743-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicables, n'ont pas vocation à bénéficier du dispositif d'hébergement prévu par les dispositions précitées, sauf circonstances exceptionnelles. En l'espèce, il résulte de l'instruction que M. A a fait l'objet le 4 mai 2022 d'une décision de refus de séjour et d'éloignement, dont il a demandé l'annulation par un recours suspensif ayant été rejeté par un jugement du présent tribunal n° 2301502 du 7 novembre 2023. Si M. A soutient qu'il a fait appel de cette décision, il est constant que cet appel n'a pas de caractère suspensif. Dès lors, la responsabilité de l'État a pris fin au 7 novembre 2023, date depuis laquelle M. A n'a plus vocation à bénéficier du dispositif d'hébergement.
En ce qui concerne l'évaluation des préjudices :
7. Il résulte de l'instruction que M. A, qui est entré en France avec sa famille le 21 juillet 2019, est, depuis le mois d'octobre 2019, logé avec son épouse et ses trois enfants à charge nés en 2003, 2006 et 2012, dans un appartement de deux-pièces d'une surface de 37 m², trop exigu pour une famille de cinq personnes et qu'il sous-loue. Eu égard au caractère précaire de ces conditions de logement et aux contraintes qui y sont liées, le requérant a nécessairement subi avec ses enfants des troubles dans ses conditions d'existence. Dès lors, compte tenu des conditions de logement de M. A qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence, qui a pris fin le 7 novembre 2023, et de la composition de son foyer, il sera fait une juste appréciation des troubles de toute nature dans les conditions d'existence subis par M. A, dont la réparation incombe à l'État en condamnant celui-ci à lui verser une somme de 5 000 euros tous intérêts compris au jour de la présente décision, pour la période allant du 5 novembre 2021 au 7 novembre 2023.
8. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'État à verser à M. A la somme de 5 000 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
9. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susmentionnée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Ouattara, conseil de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Ouattara de la somme de 1 080 euros.
Par ces motifs, le tribunal décide:
Article 1er : L'État est condamné à verser à M. A la somme de 5 000 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.
Article 2 : L'État versera la somme de 1 080 euros à Me Ouattara, conseil de M. A, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Ouattara et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 février 2024.
La magistrate désignée
signé
M. MonteagleLa greffière
signé
C. Mas
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
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01/06/2026
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01/06/2026