Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2304600

mardi 9 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2304600
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation7ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 avril 2023 et des pièces complémentaires enregistrées les 26 avril 2023, 12 juillet 2023 et 10 octobre 2023, M. E A, représenté par Me Rochiccioli, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 17 mai 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de cette date et de lui délivrer, dans cette attente et sans délai, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 250 euros à verser à son conseil, Me Rochiccioli, en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté attaqué dans son ensemble :

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur une décision portant refus de titre de séjour elle-même illégale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 octobre 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par ordonnance du 21 septembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 16 octobre 2023.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Moinecourt a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien né le 27 mars 1987, est entré sur le territoire français le 7 septembre 2017 muni d'un visa étudiant, plusieurs fois renouvelé et dont le dernier expirait le 4 novembre 2021. Le 1er octobre 2021, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, il demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 17 mai 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Il ressort des pièces du dossier que, par décision du 6 mars 2023, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, ses conclusions tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté attaqué dans son ensemble :

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A est célibataire, sans enfant, et que sa mère ainsi que sa fratrie résident en Côte-d'Ivoire, où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de trente ans. Il ne se prévaut pas de liens personnels et familiaux d'une particulière intensité sur le territoire français. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté litigieux a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris et aurait ainsi méconnu les stipulations précitées.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, par un arrêté n°22-121 du 13 mai 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Val-d'Oise du même jour, Mme D F, adjointe au directeur des migrations et de l'intégration, a reçu délégation à l'effet de signer notamment les actes relatifs au séjour, les obligations de quitter le territoire français avec fixation d'un délai de départ volontaire ainsi que les décisions fixant le pays de destination, en cas d'absence ou d'empêchement de M. C B, directeur des migrations et de l'intégration. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B n'était pas absent ou empêché lorsque l'arrêté attaqué a été signé. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays à destination duquel le requérant pourra être reconduit d'office, qui manque en fait, doit être écarté.

6. En deuxième lieu, il ne ressort pas de l'arrêté attaqué que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas, avant de l'édicter, procédé à un examen particulier et suffisamment approfondi de la situation de M. A. Si M. A soutient que l'arrêté attaqué mentionne à tort qu'il a été inscrit pour la troisième fois en première année de licence de mathématiques en 2021-2022, alors qu'il était inscrit en troisième année, cette erreur de plume, pour regrettable qu'elle soit, n'est pas susceptible d'avoir eu une incidence sur le sens de la décision contestée qui se fonde sur la stagnation des études de l'intéressé. Les moyens tirés du défaut d'examen de sa situation personnelle et de l'erreur de fait doivent dès lors être écartés.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Pour l'application de ces stipulations, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour présentée en qualité d'étudiant, d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies, en tenant compte, notamment, de l'assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. A poursuit des études en France depuis l'année 2017. Il a initialement suivi une première année de master de sciences et technologie, Santé, mention mathématiques, à l'université de Versailles-St-Quentin au cours de l'année universitaire 2017-2018 puis à nouveau une première année de master en mathématiques à l'université de Lorraine pour l'année universitaire 2018-2019 et a ensuite été inscrit en troisième année de licence de mathématiques à l'université Paris Cité pour trois années consécutives en 2019-2020, 2020-2021 et 2021-2022. S'il soutient que la stagnation dans ses études était liée à la crise sanitaire en 2020 puis au décès de son père en 2021, et justifie de son assiduité au cours des années 2017-2018, 2019-2020 et 2020-2021, il a néanmoins été ajourné deux années successives en master, a été inscrit trois années consécutives en troisième année de licence et n'a été admis que postérieurement à l'arrêté attaqué. C'est donc sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet a pu estimer, à la date de l'arrêté attaqué, le 17 mai 2022, que le requérant qui poursuivait en France des études depuis cinq ans sans obtenir le moindre diplôme et stagnait depuis trois ans au même niveau de licence, n'établissait pas une progression dans le cursus suivi ni, par suite, le caractère réel et sérieux de ses études. Si M. A soutient qu'il était inscrit en première année de mastère d'intelligence artificielle au sein de l'IA School de Lyon pour l'année universitaire 2022-2023, et avoir été admis à passer en deuxième année, ces circonstances sont néanmoins postérieures à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, le préfet du Val-d'Oise pouvait, sans faire une inexacte application des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni commettre à cet égard d'erreur d'appréciation, considérer que le caractère sérieux des études de M. A n'était pas établi et lui refuser la délivrance d'un titre de séjour. Pour les mêmes motifs, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Val-d'Oise a entaché son appréciation des conséquences de sa décision sur la situation de l'intéressé d'une erreur manifeste.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. L'illégalité de la décision portant refus de son titre de séjour n'étant pas établie, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions d'annulation dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écartée.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

11. Par voie de conséquence du rejet des conclusions à fin d'annulation, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par M. A, doivent également être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. L'État, n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions de M. A présentées à fin d'octroi d'une somme au titre des frais liés à l'instance et non compris dans les dépens sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

DECIDE :

Article 1 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant à son admission à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, à Me Rochiccioli et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 12 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Coblence, présidente,

Mme Fléjou, première conseillère, et Mme Moinecourt, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2024.

La rapporteure,

signé

L. Moinecourt

La présidente,

signé

E. CoblenceLa greffière,

signé

D. Charleston

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.